Commentaire composé de la Fable de La Fontaine "Le Loup et le chien"

Commentaire composé de la Fable de La Fontaine "Le Loup et le chien"

Photo by Josh Felise on Unsplash
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Texte

LE LOUP ET LE CHIEN

 

Un loup n’avait que les os et la peau,

Tant les chiens faisaient bonne garde.

Ce loup rencontre un dogue aussi puissant que beau,

Gras, poli[1], qui s’était fourvoyé par mégarde.

L’attaquer, le mettre en quartiers,

Sire loup l’eût fait volontiers :

Mais il fallait livrer bataille ;

Et le mâtin était de taille

À se défendre hardiment.

Le loup donc l’aborde humblement,

Entre en propos, et lui fait compliment

Sur son embonpoint, qu’il admire.

Il ne tiendra qu’à vous, beau sire,

D’être aussi gras que moi, lui repartit le chien.

Quittez les bois, vous ferez bien :

Vos pareils y sont misérables,

Cancres, hères et pauvres diables,

Dont la condition est de mourir de faim.

Car, quoi ! rien d’assuré ! point de franche lippée !

Tout à la pointe de l’épée !

Suivez-moi, vous aurez un bien meilleur destin.

Le loup reprit : Que me faudra-t-il faire ?

Presque rien, dit le chien : donner la chasse aux gens

Portants bâtons, et mendiants ;

Flatter ceux du logis, à son maître complaire ;

Moyennant quoi votre salaire

Sera force reliefs[2] de toutes les façons,

Os de poulets, os de pigeons ;

Sans parler de mainte caresse.

Le loup déjà se forge une félicité

Qui le fait pleurer de tendresse.

Chemin faisant il vit le cou du chien pelé.

Qu’est-ce là ? lui dit-il. — Rien. — Quoi ! rien ! — Peu de chose. —

Mais encor ? — Le collier dont je suis attaché

De ce que vous voyez est peut-être la cause.

Attaché ! dit le loup : vous ne courez donc pas

Où vous voulez ? — Pas toujours ; mais qu’importe ?

Il importe si bien, que de tous vos repas

Je ne veux en aucune sorte,

Et ne voudrais pas même à ce prix d’un trésor.

 

Cela dit, maître loup s’enfuit, et court encor.

 

Jean de La Fontaine, Fables


Si vous étudiez les Fables de La Fontaine je vous recommande ce livre


Commentaire composé

Comment la forme fixe de la fable permet-elle à La Fontaine de délivrer un message fort ?

 

La fable est d’abord destinée à l'éducation des enfants (fables d’Esope et de Phèdre dans l'Antiquité) est reprise par La Fontaine, qui en fait un genre poétique en vers. Le récit est souvent très court, suggère un enseignement qui reste parfois implicite.  Nous allons nous demander comment la forme fixe de la fable permet-elle à la Fontaine de délivrer un message fort? Premièrement, nous verrons comment La Fontaine parvient-il à faire la vivacité du dialogue puis, nous verrons la stratégie argumentative  des deux protagonistes.

 

I La vivacité du dialogue

  • Les noms des animaux ont des majuscules-- les animaux sont personnifiés et humanisés

  • Vers hétérométriques - les vers de mètres différents (alexandrin, décasyllabe, octosyllabe) entraînent une diversité.

  • décasyllabe: Un loup n’avait que les os et la peau,

  • octosyllabe Sire loup l’eût fait volontiers :

  • alexandrin: Presque rien, dit le chien : donner la chasse aux gens

  • Les paroles des animaux sont rapportées au style direct, ce qui confère de la vivacité au récit.

  • La fable est dynamique (que des actions) et théâtrale car elle met en scène deux animaux (symbolique, allégorique)

  • Le chien est attaché et dépendant du maître pour sa nourriture et son affection. Il appartient au monde des domestiques, de la servitude.

  • Confort matériel, le chien incarne les courtisans qui obéissent aveuglément au Roi pour obtenir des faveurs, des récompenses.

  • Le loup est libre. Il est valorisé par l’emploi de « Maître Loup ».

  • La liberté est un trésor, le loup est affligé par le mot « attaché ».

  • allitération en [K] - consonne violente- “L’attaquer, le mettre en quartiers,”

  • opposition entre pauvre mais libre et opulent et soumis

  • Le discours est théâtralisé par des stichomythies qui accélèrent le rythme de la fable au vers: Qu’est-ce là ? lui dit-il. — Rien. — Quoi ! rien ! — Peu de chose. —

Mais encor ?

 

II Les deux personnages ont une stratégie argumentative:

  • Le chien essaye de convaincre le loup de devenir “esclave” de l’homme. Il essaye de le tenter en lui montrant la vie qu’il mène. Il démontre la situation du loup en la comparant  la sienne,

  • Le Chien fait une accumulation des bénéfices qu’il a pour tenter le loup: “Os de poulets, os de pigeons” “Sans parler de mainte caresse.”

  • et en lui disant qu’il aura un travail minimum à faire:

Presque rien, dit le chien : donner la chasse aux gens

Portants bâtons, et mendiants ;

Flatter ceux du logis, à son maître complaire ;

  • Le loup doit flatter le Chien pour pouvoir commencer la conversation :”Entre en propos, et lui fait compliment”- allusion aux gens de la Cour qui doivent être des flatteurs pour subsister

  • description en dyptique: - description négative et  description méliorative avec des antithèses: “Misérable [...] Cancres, hères et pauvres diables,” oppose a “bien meilleur destin, os de poulet, os de pigeon, mainte caresse”, différence de mode de vie



Conclusion : Cette fable donne une vision réaliste du monde et critique violente de la cour de Louis XIV. La Fontaine fait le portrait de deux personnages qui ont des valeurs opposées. Pour le Loup la  liberté exige un prix, ici celui de la faim. D’ailleurs La Fontaine a dit à propos de ses fables dans la Préface : “Je n’appelle pas gaieté ce qui excite le rire, mais un certain charme,un air agréable que l’on peut donner à toutes sortes de sujets, même les plus sérieux.”


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