Commentaire composé sur le poème Colloque sentimental de Verlaine dans Les Fêtes galantes

Commentaire composé sur le poème Colloque sentimental de Verlaine dans Les Fêtes galantes

Photo by Kevin Bluer on Unsplash
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Texte

Colloque sentimental

 

Dans le vieux parc solitaire et glacé

Deux formes ont tout à l'heure passé.

 

Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles,

Et l'on entend à peine leurs paroles.

 

Dans le vieux parc solitaire et glacé

Deux spectres ont évoqué le passé.

 

- Te souvient-il de notre extase ancienne ?

- Pourquoi voulez-vous donc qu'il m'en souvienne ?

 

- Ton coeur bat-il toujours à mon seul nom ?

Toujours vois-tu mon âme en rêve ? - Non.

 

-Ah ! les beaux jours de bonheur indicible

Où nous joignions nos bouches ! - C'est possible.

 

- Qu'il était bleu, le ciel, et grand, l'espoir !

- L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.

 

Tels ils marchaient dans les avoines folles,

Et la nuit seule entendit leurs paroles.

 

Verlaine

 

Les fêtes galantes

 


Pour apprendre à reconnaître les figures de style je vous recommande de lire ce livre


Commentaire composé

Comment Verlaine, dans ce poème, utilise-t-il un dialogue pour mettre en scène une désillusion amoureuse ?



I Une mise en scène théâtrale

 

Les rimes plates représentent le temps qui s’écoule tout au long du poème. Cela est similaire à une tragédie où le temps y est important. Mais, au lieu de rapprocher les personnages, ils sont séparés dans ce poème.

 

Les distiques (strophes de deux vers) donnent l’impression de percevoir une question et sa réponse. De plus il y a deux personnages qui essaient de dialoguer.

 

“Et l'on entend à peine leurs paroles.” : Cela annonce l’arrivée d’un dialogue entre les personnages, et il faut prêter attention pour bien les entendre.

 

Dans le vieux parc solitaire et glacé

Deux spectres ont évoqué le passé.” : Le premier vers est répété à l’identique pour créer une musique, par contre dans le deuxième, seul le dernier mot est répété.

 

Le dialogue commence au vers 7 ce qui donne une impression de pièce de théâtre au poème.

 

Tels ils marchaient dans les avoines folles,

Et la nuit seule entendit leurs paroles.” : Le dialogue est terminé et la forme traditionnelle de la poésie revient, la discussion des personnages est close. La nuit, représentant la mort, est la seule à les entendre car ils ne parlent plus. Ils se retrouvent ainsi seule, comme morts dans un tombeau.



II L’impossibilité du dialogue

 

Les sonorités en [s] indiquent la souffrance d’un des personnages.

 

Dans le vieux parc solitaire et glacé

Deux formes ont tout à l'heure passé.” : Le champ lexical de la vieillesse sert à évoquer les pensées pessimistes qu’ont les personnages. Leur amour est “vieux”, ils se sentent seuls et leur coeur est “glacé”. Les amoureux sont morts et font place à la solitude. L'évocation du mot “forme” insiste sur la déshumanisation de ces personnages qui ne sont plus reconnaissables.

 

“Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles,” : Le champ lexical de la mort est toujours présent pour accentuer l’aspect sinistre qu’ils dégagent.

 

Et l'on entend à peine leurs paroles.” : Les personnages sont mourants et disent leurs dernières paroles. Verlaine symbolise ainsi l’impossibilité de faire vivre une relation amoureuse.

 

Deux spectres ont évoqué le passé.” : Les formes deviennent des spectres, elles se dématérialisent, comme dans le processus de mort. Le mouvement est de moins en moins possible et les personnages se rappellent leur passé, puisqu’ils n’ont plus d’avenir.

 

“- Te souvient-il de notre extase ancienne ?

- Pourquoi voulez-vous donc qu'il m'en souvienne ?” : Le premier personnage est toujours amoureux de son partenaire, ce qui est accentué par le mot “extase”. En revanche, le deuxième ne l’aime plus, a tel point qu’il a oublié son amour. Sa réponse est ainsi cruelle envers le premier.

 

“- Ton coeur bat-il toujours à mon seul nom ?

Toujours vois-tu mon âme en rêve ? - Non.” : La réponse malpolie du deuxième personnage montre une envie de rompre la discussion, malgré l’envie de continuer du premier qui monopolise le dialogue. Le champ lexical de la mort réapparait car le coeur s'arrête de battre.

 

“-Ah ! les beaux jours de bonheur indicible

Où nous joignions nos bouches ! - C'est possible.” : Le premier utilise des points d’exclamation pour exprimer toute l’émotion qu’il éprouve, alors que le deuxième n’utilise qu’un point, il n’a donc aucune émotion. Sa réponse montre également une incertitude sur les évènements passés, comme s’il les avait oubliés.

 

“- Qu'il était bleu, le ciel, et grand, l'espoir !

- L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.” : L’utilisation de l’imparfait du premier montre un aspect non accompli qui évoque l’inachèvement, mais le passé composé pour le deuxième, qui a un aspect accomplit, le contre, leur amour est donc bien achevé. Le deuxième contredit également le premier en disant l’opposé. Le verbe vaincu prend plus d’importance car il se trouve détaché entre deux virgules.

 

Ainsi, Verlaine décrit la fin d’une histoire d’amour entre deux personnages par l’utilisation d’un style théâtral, rendant ce poème original. Son utilisation du dialogue montre les différences entre les personnages, rendant l’un fou amoureux, et l’autre indifférent au sort de son partenaire.


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