Commentaire composé de la mort de Jacques dans La Bête humaine de Zola

Commentaire composé de la mort de Jacques dans La Bête humaine de Zola

Photo by Russ Ward on Unsplash
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Texte

Mais Pecqueux, d'un dernier élan, précipita Jacques ; et celui-ci, sentant le vide, éperdu, se cramponna à son cou, si étroitement, qu'il l'entraîna. Il y eut deux cris terribles, qui se confondirent, qui se perdirent. Les deux hommes, tombés ensemble, entraînés sous les roues par la réaction de la vitesse, furent coupés, hachés, dans leur étreinte, dans cette effroyable embrassade, eux qui avaient si longtemps vécu en frères. On les retrouva sans tête, sans pieds, deux troncs sanglants qui se serraient encore, comme pour s'étouffer.

 

Et la machine, libre de toute direction, roulait, roulait toujours. Enfin, la rétive, la fantasque, pouvait céder à la fougue de sa jeunesse, ainsi qu'une cavale indomptée encore, échappée des mains du gardien, galopant par la campagne rase. La chaudière était pourvue d'eau, le charbon dont le foyer venait d'être rempli, s'embrasait ; et, pendant la première demi-heure, la pression monta follement, la vitesse devint effrayante. Sans doute, le conducteur chef, cédant à la fatigue, s'était endormi. Les soldats, dont l'ivresse augmentait, à être ainsi entassés, subitement s'égayèrent de cette course violente, chantèrent plus fort. On traversa Maromme, en coup de foudre. Il n'y avait plus de sifflet, à l'approche des signaux, au passage des gares. C'était le galop tout droit, la bête qui fonçait la tête basse et muette, parmi les obstacles. Elle roulait, roulait sans fin, comme affolée de plus en plus par le bruit strident de son haleine.

 

Emile ZOLA, La Bête humaine (1890)

Commentaire composé

 

I Un roman naturaliste

  1. Les personnages

“Mais Pecqueux, d'un dernier élan, précipita Jacques ; et celui-ci, sentant le vide, éperdu, se cramponna à son cou, si étroitement, qu'il l'entraîna.” : La première phrase de l’extrait commence par la description d’une action rapide et violente. Il y a une volonté de la part de Pecqueux de se venger de Jacques. L’action est menée sous le coup de la colère. On observe donc ici la volonté de Zola de retranscrire les sentiments humains, et plus particulièrement les mauvais sentiments humains. Le rythme saccadé de la phrase peut représenter ici la respiration haletante des personnages mais également le rythme de la locomotive qui va les déchiqueter.

 

“dans leur étreinte, dans cette effroyable embrassade, eux qui avaient si longtemps vécu en frères.” : Le narrateur insiste sur la relation fraternelle et soudée qu’ont les deux personnages. Les mots “étreinte” et “embrassade” qui appartiennent au champ lexical de l’amour sexuel nous rappellent que Jacques a des pulsions sexuelles meurtrières mais ici c’est lui la victime, et il paie pour avoir eu des relations intimes avec la femme de son meilleur ami.

 

“Les soldats, dont l'ivresse augmentait, à être ainsi entassés, subitement s'égayèrent de cette course violente, chantèrent plus fort.” : Les soldats vont à la guerre de 1870.



  1. Le souci de précisions techniques

“Les deux hommes, tombés ensemble, entraînés sous les roues par la réaction de la vitesse, furent coupés, hachés,” : Zola aime donner des détails sordides. Ici, il décrit précisément la scène pour que le lecteur puisse se représenter de façon la plus réaliste possible l’accident.

 

“On les retrouva sans tête, sans pieds, deux troncs sanglants qui se serraient encore, comme pour s'étouffer.” : Les corps sont démembrés et donc ne sont plus présentés comme humains. L’amitié entre Pecqueux et Jacques est déjà “morte” avant qu’ils ne tombent sur les rails, elle a été “étouffée” par la trahison de Jacques.

 

“La chaudière était pourvue d'eau, le charbon dont le foyer venait d'être rempli, s'embrasait ; et, pendant la première demi-heure, la pression monta follement, la vitesse devint effrayante.” : Zola détaille le fonctionnement d’une locomotive à vapeur.

 

“Sans doute, le conducteur chef, cédant à la fatigue, s'était endormi.” : Le discours indirect libre nous fait accéder aux pensées des personnages qui regardent le train passer. Le narrateur nous indique par ce biais une réalité qui a causé de nombreux accidents sur les passages à niveaux.

 

“On traversa Maromme, en coup de foudre. Il n'y avait plus de sifflet, à l'approche des signaux, au passage des gares.” : On apprend le fonctionnement du trafic ferroviaire au XIXème siècle.


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