Commentaire composé sur L'Ecole des femmes de Molière, acte IV scène 1

Commentaire composé sur L'Ecole des femmes de Molière, acte IV scène 1

Photo by Roksolana Zasiadko on Unsplash
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Texte

ACTE IV, Scène première

 

ARNOLPHE

 

J'ai peine, je l'avoue, à demeurer en place,

Et de mille soucis mon esprit s'embarrasse,

Pour pouvoir mettre un ordre et dedans et dehors

Qui du godelureau rompe tous les efforts.

De quel oeil la traîtresse a soutenu ma vue !

De tout ce qu'elle a fait elle n'est point émue ;

Et bien qu'elle me mette à deux doigts du trépas,

On dirait, à la voir, qu'elle n'y touche pas.

Plus en la regardant je la voyais tranquille,

Plus je sentais en moi s'échauffer une bile ;

Et ces bouillants transports dont s'enflammait mon coeur

Y semblaient redoubler mon amoureuse ardeur ;

J'étais aigri, fâché, désespéré contre elle :

Et cependant jamais je ne la vis si belle,

Jamais ses yeux aux miens n'ont paru si perçants,

Jamais je n'eus pour eux des désirs si pressants ;

Et je sens là dedans qu'il faudra que je crève

Si de mon triste sort la disgrâce s'achève.

Quoi ? j'aurai dirigé son éducation

Avec tant de tendresse et de précaution,

Je l'aurai fait passer chez moi dès son enfance,

Et j'en aurai chéri la plus tendre espérance,

Mon coeur aura bâti sur ses attraits naissants

Et cru la mitonner pour moi durant treize ans,

Afin qu'un jeune fou dont elle s'amourache

Me la vienne enlever jusque sur la moustache,

Lorsqu'elle est avec moi mariée à demi !

Non, parbleu ! non, parbleu ! Petit sot, mon ami,

Vous aurez beau tourner : ou j'y perdrai mes peines,

Ou je rendrai, ma foi, vos espérances vaines,

Et de moi tout à fait vous ne vous rirez point.

 

Molière, "L'Ecole des Femmes"


Pour maîtriser les figures de style je vous recommande de lire ce livre


Commentaire composé

Comment Molière fait-il de ce monologue délibératif une parodie de tragédie ?

 

I Un monologue délibératif

 

“J'ai peine, je l'avoue, à demeurer en place,

Et de mille soucis mon esprit s'embarrasse,” : Le personnage ne tient pas en place, on comprend qu’il est déjà en train de réfléchir.

 

“J'étais aigri, fâché, désespéré contre elle :

Et cependant jamais je ne la vis si belle,”: D’un côté Arnolphe est en colère envers Agnès et de l’autre il est toujours amoureux.

 

“Quoi ?”: C’est une question rhétorique, il se la pose à lui même. Cela montre son émotion.

 

“j'aurai dirigé son éducation

Avec tant de tendresse et de précaution,

Je l'aurai fait passer chez moi dès son enfance,

Et j'en aurai chéri la plus tendre espérance,

Mon coeur aura bâti sur ses attraits naissants

Et cru la mitonner pour moi durant treize ans,”: Dans ce passage Arnolphe nous raconte tout le bien qu’il croit avoir fait pour Agnès alors que le spectateur sait qu’il a fait par pur égoïsme pour son bien à lui. Cependant ce monologue n’est pas tragique car il nous fait rire notamment avec le verbe “mitonner”.

 

“Afin qu'un jeune fou dont elle s'amourache

Me la vienne enlever jusque sur la moustache,

Lorsqu'elle est avec moi mariée à demi !”: Il considère que Agnès est sa propriété, qu’elle lui appartient. Il dénigre les sentiments d’Agnès avec le verbe “s’amourache” comme ci celle-ci était un objet et ne pouvait pas en avoir. Enfin l’expression “mariée à demi” n’a aucun sens.

 

“Non, parbleu ! non, parbleu ! Petit sot, mon ami,

Vous aurez beau tourner : ou j'y perdrai mes peines,

Ou je rendrai, ma foi, vos espérances vaines,

Et de moi tout à fait vous ne vous rirez point.”: Il s’adresse à Horace mais celui-ci étant absent, il parle tout seul. On voit bien que c’est un monologue délibératif car il se trouve face à un choix “ou...ou”. On voit que ce qui est le plus important pour lui est son orgueil donc il n’est pas vraiment amoureux.

 

II La parodie d’une tragédie

 

“J'ai peine, je l'avoue, à demeurer en place,

Et de mille soucis mon esprit s'embarrasse,”: Arnolphe pense que son mariage est de la taille de mille soucis alors qu’il est juste amoureux de la mauvaise personne.

 

“Pour pouvoir mettre un ordre et dedans et dehors

Qui du godelureau rompe tous les efforts.”: Il veut mettre de l’ordre dans sa vie et dans ses pensées comme le ferait un héros tragique, mais le mot “godelureau” est comique donc nous sommes bien dans une parodie.

 

“De quel oeil la traîtresse a soutenu ma vue !”: Le mot “traîtresse” est un mot employé dans la tragédie, de plus Agnès n’est absolument pas fautive puisque elle refuse simplement d’épouser son père adoptif.

 

“Et bien qu'elle me mette à deux doigts du trépas,

On dirait, à la voir, qu'elle n'y touche pas.”: D’abord on observe une exagération ridicule car il ne va pas mourir d’amour pour elle. Ensuite il fait encore un reproche à Agnès mais il n’est pas mérité.

 

“Et ces bouillants transports dont s'enflammait mon coeur

Y semblaient redoubler mon amoureuse ardeur ;”: Une fois de plus il utilise le langage de la tragédie (champ lexical du feu pour parler de l’amour) pour s’exprimer mais cela est ridicule.

 

“désespéré” dans la tragédie signifie que le personnage est au bord du suicide, ce qui n’est pas le cas d’Arnolphe.

 

“Jamais ses yeux aux miens n'ont paru si perçants,

Jamais je n'eus pour eux des désirs si pressants ;

Et je sens là dedans qu'il faudra que je crève

 

Si de mon triste sort la disgrâce s'achève.”: Il y a une allusion au sexe à peine dissimulée ce qui ne serait pas possible dans une tragédie. Arnolphe sous entend que s’il n’arrive pas à coucher avec Agnès il pourrait en mourir.


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