Commentaire composé sur la mort du Père Goriot de Balzac

Commentaire composé sur la mort du Père Goriot de Balzac

Photo by Ian Espinosa on Unsplash
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Texte

Si elles ne viennent pas ? répéta le vieillard en sanglotant. Mais je serai mort, mort dans un accès de rage, de rage ! La rage me gagne ! En ce moment, je vois ma vie entière. Je suis dupe ! Elles ne m'aiment pas, elles ne m'ont jamais aimé ! Cela est clair.

Si elles ne sont pas venues, elles ne viendront pas. Plus elles auront tardé, moins elles se décideront à me faire cette joie. Je les connais.

Elles n'ont jamais su rien deviner de mes chagrins, de mes douleurs, de mes besoins, elles ne devineront pas plus ma mort ; elles ne sont seulement pas dans le secret de ma tendresse. Oui, je le vois, pour elles, l'habitude de m'ouvrir les entrailles a ôté du prix à tout ce que je faisais.

Elles auraient demandé à me crever les yeux, je leur aurais dit : " Crevez- les ! " Je suis trop bête. Elles croient que tous les pères sont comme le leur.

Il faut toujours se faire valoir. Leurs enfants me vengeront. Mais c'est dans leur intérêt de venir ici. Prévenez- les donc qu'elles compromettent leur agonie.

Elles commettent tous les crimes en un seul. Mais allez donc, dites- leur donc que, ne pas venir, c'est un parricide ! Elles en ont assez commis sans ajouter celui - là. Criez donc comme moi : " Hé, Nasie ! Hé, Delphine ! Venez à votre père qui a été si bon pour vous et qui souffre ! " Rien, personne.

Mourrai- je donc comme un chien ? Voilà ma récompense, l'abandon. Ce sont des infâmes, des scélérates ; je les abomine, je les maudis ; je me relèverai, la nuit, de mon cercueil pour les remaudire, car, enfin, mes amis, ai - je tort ? Elles se conduisent bien mal ! Hein ? Qu'est- ce que je dis ? Ne m'avez- vous pas averti que Delphine est là ? C'est la meilleure des deux.

Vous êtes mon fils, Eugène, vous ! Aimez- la, soyez un père pour elle.

L'autre est bien malheureuse. Et leurs fortunes ! Ah, mon Dieu ! J'expire, je souffre un peu trop ! Coupez- moi la tête, laissez- moi seulement le coeur.

 

 

Honoré de Balzac, Le Père Goriot


Si vous étudiez Le Père Goriot de Balzac en oeuvre intégrale je vous recommande de lire ce livre


Commentaire composé

Comment, à travers, le pathétique et le tragique, ce roman naturaliste, donne à voir une figure christique du Père Goriot ?

 

 

  1. Le pathétique

“Si elles ne viennent pas ?” :  Dans cette question rhétorique, le Père Goriot exprime son désespoir et sa peine.

 

“En ce moment, je vois ma vie entière.” : Le père Goriot voit sa vie défiler devant ses yeux comme s’il était sur le point de mourir.

 

“Je suis dupe ! Elles ne m'aiment pas, elles ne m'ont jamais aimé ! Cela est clair.” : Le père Goriot, sur son lit de mort, essaye d’exprimer sa rage. On observe que le rythme de la phrase est haletant, comme s’il était à bout de souffle.

 

“Si elles ne sont pas venues, elles ne viendront pas. Plus elles auront tardé, moins elles se décideront à me faire cette joie. Je les connais.” : Le personnage émet des hypothèses auxquelles il répond immédiatement par de courtes phrases. Le père Goriot, par la phrase “je les connais” exprime son quotidien, il montre qu’il a l’habitude d’être maltraité par ses filles et de souffrir.

 

“Elles n'ont jamais su rien deviner de mes chagrins, de mes douleurs, de mes besoins, elles ne devineront pas plus ma mort ; elles ne sont seulement pas dans le secret de ma tendresse.” : Elles ne se sont jamais intéressées à lui, elles ne lui ont jamais montré de l’amour, de l’affection qu’il devrait y avoir dans une relation enfant-parent normalement. Il montre qu’il est malheureux et qu’il l’a toujours été même en se dévouant entièrement à elles.

 

Oui, je le vois, pour elles, l'habitude de m'ouvrir les entrailles a ôté du prix à tout ce que je faisais.” : Le père Goriot s’est tellement dévoué pour ses filles, qu’elles ont fini par trouver ça normal.

 

Je suis trop bête.” : Le père Goriot regrette tous les sacrifices qu’il a fait car il se rend compte qu’il n’en reçoit rien en retour de la part de ses filles.

 

“Criez donc comme moi : " Hé, Nasie ! Hé, Delphine ! Venez à votre père qui a été si bon pour vous et qui souffre ! " Rien, personne.” : Il a beau leur offrir tout son amour, il ne reçoit rien en retour, ni amour, ni présence. Il montre la souffrance liée à cette absence filiale en s’appuyant sur des phrases exclamatives, courtes et concises.

 

“ Qu'est- ce que je dis ? Ne m'avez- vous pas averti que Delphine est là ? C'est la meilleure des deux.” : Le père Goriot hallucine. Il devient fou de douleur et de colère.



II. Le tragique

“Mais je serai mort, mort dans un accès de rage, de rage !” : Balzac, utilise des répétitions pour appuyer le sentiment de colère que ressent le personnage.

 

“La rage me gagne !” : Le père Goriot, comme un personnage tragique, lutte contre une force qui le dépasse.

“ Elles croient que tous les pères sont comme le leur.” : Elles sont passées à côté du bonheur : Elles ont été malheureuses avec leurs maris mais elles auraient pu être heureuses avec leur père.

 

Il faut toujours se faire valoir. Leurs enfants me vengeront.” : Les thèmes de vengeance et de la haine, qui peut succéder à l’amour si l’on a été fortement trahi et blessé, sont ici exprimés par le père Goriot.

 

Mais c'est dans leur intérêt de venir ici.” : Comme dans une tragédie où les personnages agissent soit par passion (Le Père Goriot) soit par intérêt politique (ses filles), le père Goriot suggère à Rastignac de dire à ses filles qu’elles auront quelque chose à gagner si elles viennent pour l’accompagner au moment de sa mort.

 

Elles commettent tous les crimes en un seul. Mais allez donc, dites- leur donc que, ne pas venir, c'est un parricide ! Elles en ont assez commis sans ajouter celui - là.” : Le père Goriot affirme que ses filles sont des meurtrières, il meurt à cause d’elles.

 

Ce sont des infâmes, des scélérates ; je les abomine, je les maudis ; je me relèverai, la nuit, de mon cercueil pour les remaudire, car, enfin, mes amis, ai - je tort ? Elles se conduisent bien mal ! Hein ?” : Le père Goriot se déchaîne, il libère toute la souffrance qu’il avait dignement contenue pendant des années de souffrance. Il appelle une malédiction sur ses filles, ce qui est un thème récurrent dans la tragédie.

 

“Vous êtes mon fils, Eugène, vous ! Aimez- la, soyez un père pour elle.

L'autre est bien malheureuse. Et leurs fortunes !” : On découvre que tous les personnages souffrent et qu’il n’est pas le seul.



III. Une figure christique

Elles auraient demandé à me crever les yeux, je leur aurais dit : " Crevez- les ! " : Le père Goriot s’est sacrifié volontairement par amour pour ses deux filles menant une vie de plaisirs et de luxe, à l’image du Christ qui a donné sa vie pour racheter les péchés des hommes.

 

“Prévenez- les donc qu'elles compromettent leur agonie.” : Le père Goriot, même sur son lit de mort, essaye encore de sauver leurs âmes.

 

“Mourrai- je donc comme un chien ? Voilà ma récompense, l'abandon.” : Il reprend les paroles du Christ sur la croix : “Mon père pourquoi m’as tu abandonné ?”

 

“Ah, mon Dieu ! J'expire, je souffre un peu trop ! Coupez- moi la tête, laissez- moi seulement le coeur.” : Le père Goriot, finalement, ne regrette rien de ce qu’il a pu faire et offrir à ses filles. Il reste, du père Goriot, son amour.


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