Commentaire composé de la Prière à Dieu de Voltaire

Commentaire composé de la Prière à Dieu de Voltaire

Photo by Andrew Dong on Unsplash
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Texte

Prière à Dieu

 

     Ce n’est donc plus aux hommes que je m’adresse ; c’est à toi, Dieu de tous les êtres, de tous les mondes et de tous les temps : s’il est permis à de faibles créatures perdues dans l’immensité, et imperceptibles au reste de l’univers, d’oser te demander quelque chose, à toi qui a tout donné, à toi dont les décrets sont immuables comme éternels, daigne regarder en pitié les erreurs attachées à notre nature ; que ces erreurs ne fassent point nos calamités. Tu ne nous as point donné un cœur pour nous haïr, et des mains pour nous égorger ; fais que nous nous aidions mutuellement à supporter le fardeau d’une vie pénible et passagère ; que les petites différences entre les vêtements qui couvrent nos débiles corps, entre tous nos langages insuffisants, entre tous nos usages ridicules, entre toutes nos lois imparfaites, entre toutes nos opinions insensées, entre toutes nos conditions si disproportionnées à nos yeux, et si égales devant toi ; que toutes ces petites nuances qui distinguent les atomes appelés hommes ne soient pas des signaux de haine et de persécution ; que ceux qui allument des cierges en plein midi pour te célébrer supporte ceux qui se contentent de la lumière de ton soleil ; que ceux qui couvrent leur robe d’une toile blanche pour dire qu’il faut t’aimer ne détestent pas ceux qui disent la même chose sous un manteau de laine noire ; qu’il soit égal de t’adorer dans un jargon formé d’une ancienne langue, ou dans un jargon plus nouveau ; que ceux dont l’habit est teint en rouge ou en violet, qui dominent sur une petite parcelle d’un petit tas de boue de ce monde, et qui possèdent quelques fragments arrondis d’un certain métal, jouissent sans orgueil de ce qu’ils appellent grandeur et richesse, et que les autres les voient sans envie : car tu sais qu’il n’y a dans ces vanités ni envier, ni de quoi s’enorgueillir.

 

     Puissent tous les hommes se souvenir qu’ils sont frères ! Qu’ils aient en horreur la tyrannie exercée sur les âmes, comme ils ont en exécration le brigandage qui ravit par la force le fruit du travail et de l’industrie paisible ! Si les fléaux de la guerre sont inévitables, ne nous haïssons pas, ne nous déchirons pas les uns les autres dans le sein de la paix, et employons l’instant de notre existence à bénir également en mille langages divers, depuis Siam jusqu'à la Californie, ta bonté qui nous a donné cet instant.

 

Voltaire, Traité sur la tolérance, Chapitre XXIII


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Commentaire composé

Comment, à travers une prière pour la paix, Voltaire dénonce t-il la violence des hommes ?

 

L’histoire de l’Europe est marquée depuis le moyen-âge par des guerres de religion, que ce soient les croisades médiévales ou le triste massacre de la Saint-Barthélémy, ces désastres nous portent à réfléchir sur la tolérance. Ainsi Voltaire écrit-il sa “Prière à Dieu” dans le but de pousser les hommes à en finir avec ces guerres et à vivre en paix ensemble. Nous verrons donc comment, à travers une prière pour la paix, Voltaire dénonce la violence des hommes et leur intolérance. Nous montrerons tout d’abord que cette prière s’adresse à Dieu, mais nous verrons ensuite qu’elle est aussi adressée aux hommes, et enfin nous étudierons comment Voltaire définit la vraie foi à travers son texte.



I Une prière adressée à Dieu

 

“Ce n’est donc plus aux hommes que je m’adresse ; c’est à toi, Dieu de tous les êtres, de tous les mondes et de tous les temps” : Voltaire dit clairement qu’il s’adresse à Dieu.

 

“daigne regarder en pitié les erreurs attachées à notre nature ; que ces erreurs ne fassent point nos calamités.” : L’auteur demande à Dieu d’avoir pitié des hommes et de leur pardonner leurs actes.

 

“fais que nous nous aidions mutuellement à supporter le fardeau d’une vie pénible et passagère” : Il demande l’aide de Dieu pour changer les mentalités des hommes. Il fait une prière d’intercession.



II Une prière adressée aux hommes

 

“Ce n’est donc plus aux hommes que je m’adresse” : Avec cette phrase, Voltaire écrit en réalité cette prière pour pousser les hommes à faire la paix.

 

“Tu ne nous as point donné un cœur pour nous haïr, et des mains pour nous égorger” : Voltaire dénonce les hommes qui n’arrêtent pas de s’entretuer et de se détester entre eux. Il en appelle à la foi des hommes pour leur faire comprendre que nous sommes créés pour l’amour et pas pour la guerre.

 

“fais que nous nous aidions mutuellement à supporter le fardeau d’une vie pénible et passagère” : Il demande aux hommes de vivre en paix. Il rappelle aux hommes que la vie est trop courte pour l’employer à mauvais escient.

 

Voltaire reproche aux hommes de se faire la guerre pour des choses sans importance : “que les petites différences entre les vêtements qui couvrent nos débiles corps, entre tous nos langages insuffisants, entre tous nos usages ridicules, entre toutes nos lois imparfaites, entre toutes nos opinions insensées, entre toutes nos conditions si disproportionnées à nos yeux, et si égales devant toi”. Les guerres sont causées par des différences de coutumes, d’usage, de pensées, de règles, d’habillement.

 

“Puissent tous les hommes se souvenir qu’ils sont frères !” : L’utilisation du subjonctif rappelle que le texte est une prière. Voltaire dit que les hommes appartiennent tous à la même famille, et que donc ils devraient s’entraider.

 

“Qu’ils aient en horreur la tyrannie exercée sur les âmes, comme ils ont en exécration le brigandage qui ravit par la force le fruit du travail et de l’industrie paisible !” : Les hommes ont un sens de la justice envers les voleurs, mais n’en ont pas envers la liberté de penser.

 

“Si les fléaux de la guerre sont inévitables, ne nous haïssons pas, ne nous déchirons pas les uns les autres dans le sein de la paix, et employons l’instant de notre existence à bénir également en mille langages divers, depuis Siam jusqu'à la Californie, ta bonté qui nous a donné cet instant.” : Voltaire termine son texte en s’adressant directement aux hommes, et en leur demandant de cesser les combats et de vivre en harmonie dans le monde entier et de consacrer leur existence à remercier Dieu de leur avoir prêté vie.



III La foi selon Voltaire : le déisme

 

“s’il est permis à de faibles créatures perdues dans l’immensité, et imperceptibles au reste de l’univers, d’oser te demander quelque chose, à toi qui a tout donné, à toi dont les décrets sont immuables comme éternels,” : Voltaire pense que les hommes ont été crée par Dieu, et tout ce qu’ils possèdent viennent de lui.

 

“que toutes ces petites nuances qui distinguent les atomes appelés hommes ne soient pas des signaux de haine et de persécution” : Il dénonce les guerres de religion, en disant que nos différences ne doivent pas être une raison pour se battre.

 

“que ceux qui allument des cierges en plein midi pour te célébrer supporte ceux qui se contentent de la lumière de ton soleil ; que ceux qui couvrent leur robe d’une toile blanche pour dire qu’il faut t’aimer ne détestent pas ceux qui disent la même chose sous un manteau de laine noire ; qu’il soit égal de t’adorer dans un jargon formé d’une ancienne langue, ou dans un jargon plus nouveau”: Voltaire décrit tour à tour les rituels catholiques (les vêtements blancs, la messe en latin, les cierges) et protestants (les vêtements noirs, la messe en français, pas de besoin d’être dans une église pour prier) pour dire que tous prient le même Dieu donc ils est absurde de se battre.

 

“que ceux dont l’habit est teint en rouge ou en violet,” : les cardinaux et les évèques,  “qui dominent sur une petite parcelle d’un petit tas de boue de ce monde, et qui possèdent quelques fragments arrondis d’un certain métal” : qui administrent politiquement une région qui leur est allouée et qui en reçoivent un gros salaire en pièces d’or, “jouissent sans orgueil de ce qu’ils appellent grandeur et richesse, et que les autres les voient sans envie : car tu sais qu’il n’y a dans ces vanités ni envier, ni de quoi s’enorgueillir.” : les personnes pauvres ne devraient pas envier les personnes riches même si ils pensent que cette richesse est injuste, car Voltaire rappelle que pour Dieu l’argent est sans importance.

 

“la tyrannie exercée sur les âmes” : Voltaire condamne toute forme d’oppression religieuse. Il nous invite à cultiver notre foi en nous préservant des travers de la religion présentée comme un moyen pour des hommes puissants d’en opprimer de plus faibles.


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