Commentaire composé du portrait du Père Goriot, Balzac

Commentaire composé du portrait du Père Goriot, Balzac

Photo by Pro Image Photography on Unsplash
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Texte

Il devint progressivement maigre ; ses mollets tombèrent ; sa figure, bouffie par le contentement d'un bonheur bourgeois, se rida démesurément ; son front se plissa, sa mâchoire se dessina. Durant la quatrième année de son établissement rue Neuve Sainte-Geneviève, il ne se ressemblait plus. Le bon vermicellier de soixante-deux ans qui ne paraissait pas en avoir quarante, le bourgeois gros et gras, frais de bêtise, dont la tenue égrillarde réjouissait les passants, qui avait quelque chose de jeune dans le sourire, semblait être un septuagénaire hébété, vacillant, blafard. Ses yeux bleus si vivaces prirent des teintes ternes et gris-de-fer, ils avaient pâli, ne larmoyaient plus, et leur bordure rouge semblait pleurer du sang. Aux uns, il faisait horreur ; aux autres, il faisait pitié. De jeunes étudiants en médecine, ayant remarqué l'abaissement de sa lèvre inférieure et mesuré le sommet de son angle facial, le déclarèrent atteint de crétinisme, après l'avoir longtemps houspillé sans en rien tirer. Un soir, après le dîner, madame Vauquer lui ayant dit en manière de raillerie "Eh bien ! Elles ne viennent donc plus vous voir, vos filles ?" en mettant en doute sa paternité, le père Goriot tressaillit comme si son hôtesse l'eût piqué avec un fer.

"Elles viennent quelquefois", répondit-il d'une voix émue.

"Ah ! Ah ! Vous les voyez encore quelquefois ! s'écrièrent les étudiants. Bravo, père Goriot !"

Mais le vieillard n'entendit pas les plaisanteries que sa réponse lui attirait, il était retombé dans un état méditatif que ceux qui l'observaient superficiellement prenaient pour un engourdissement sénile dû à son défaut d'intelligence.

 

Balzac, Le Père Goriot


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Commentaire composé

Comment la description réaliste du père Goriot illustre-t-elle sa vie pathétique ?

 

I-Une description réaliste

 

Il devint progressivement maigre ; ses mollets tombèrent [...] se rida démesurément ; son front se plissa, sa mâchoire se dessina.” : Balzac nous fait une description réaliste dans le sens où on arrive à imaginer le corps du Père Goriot avec un point de vue médical.

 

semblait être un septuagénaire hébété, vacillant, blafard” : Le narrateur omniscient a le souci du détail et de la précision.

 

“et leur bordure rouge semblait pleurer du sang” : A force de pleurer le Père Goriot a une inflammation oculaire.

“Aux uns, il faisait horreur ; aux autres, il faisait pitié.” : Le narrateur utilise un rythme binaire pour montrer que les avis au sujet du Père Goriot sont partagés.

 

“De jeunes étudiants en médecine, ayant remarqué l'abaissement de sa lèvre inférieure et mesuré le sommet de son angle facial, le déclarèrent atteint de crétinisme, après l'avoir longtemps houspillé sans en rien tirer.”: Le narrateur utilise des termes scientifiques pour dire que le Père Goriot n’arrive plus à sourire et que son visage ne tient aucune expression. Les étudiants en médecine semblent lui faire passer une visite médicale.



II-L’empreinte d’une vie pathétique

 

sa figure, bouffie par le contentement d'un bonheur bourgeois, se rida démesurément” : On nous apprend que le Père Goriot était heureux et riche mais que petit à petit il devient pauvre, vieux et malheureux.

 

“Durant la quatrième année de son établissement rue Neuve Sainte-Geneviève, il ne se ressemblait plus.” : On apprend ici que ça fait déjà quatre ans que le Père Goriot vie ici et qu’au fur et à mesure du temps sa santé s’est tellement dégradé qu’on ne le reconnait plus, il devient quelqu’un d’autre.

 

“Le bon vermicellier de soixante-deux ans qui ne paraissait pas en avoir quarante, le bourgeois gros et gras, frais de bêtise, dont la tenue égrillarde réjouissait les passants, qui avait quelque chose de jeune dans le sourire, semblait être un septuagénaire hébété, vacillant, blafard.”: Autrefois le père Goriot était quelqu’un d’actif puisqu’il est qualifié par sa profession, riche et bien portant car il mangeait bien, joyeux et élégant donc il paraissait moins que son âge ; aujourd’hui il est plutôt pauvre car il n’a même plus de quoi se payer à manger, il est devenu maigre et a l’air d’être plus vieux qu’il ne l’est vraiment à cause de sa mauvaise santé.

 

“Ses yeux bleus si vivaces prirent des teintes ternes et gris-de-fer, ils avaient pâli, ne larmoyaient plus, et leur bordure rouge semblait pleurer du sang”: Il a tellement pleuré que ses yeux ont perdu leur couleur comme le linge qu’on a trop lavé, il n’arrive plus à pleurer parce qu’il aurait pleuré toutes les larmes de son corps. La métaphore pathétique des larmes de sang évoque le futur du Père Goriot qui va mourir de chagrin, c’est donc une prolepse.

 

“le déclarèrent atteint de crétinisme, après l'avoir longtemps houspillé sans en rien tirer.” : Le Père Goriot est tellement malheureux que les moqueries ne lui font plus rien, il ne réagit plus.

 

“Un soir, après le dîner, madame Vauquer lui ayant dit en manière de raillerie "Eh bien ! Elles ne viennent donc plus vous voir, vos filles ?" en mettant en doute sa paternité, le père Goriot tressaillit comme si son hôtesse l'eût piqué avec un fer.” : Le Père Goriot est blessé par la remise en cause de sa paternité par madame Vauquer qui insinue que les deux belles jeunes femmes qui lui ont rendu quelques rares visites seraient des prostituées. En effet même si elles le font souffrir, le Père Goriot est très fier de ses filles qui sont très belles, élégantes et richement parées. Elles sont tout ce qui lui reste donc il peut tout endurer sauf qu’on se moque de ses filles ou de sa paternité. Les étudiants enfoncent le clou dans le coeur du Père Goriot : “"Ah ! Ah ! Vous les voyez encore quelquefois ! s'écrièrent les étudiants. Bravo, père Goriot !"”

 

“"Elles viennent quelquefois", répondit-il d'une voix émue.” : Le narrateur nous montre le désespoir du Père Goriot qui déplore les trop rares visites de ses filles. Il souffre tant qu’il en vient à se déconnecter du réel et des remarques blessantes des autres pensionnaires : “Mais le vieillard n'entendit pas les plaisanteries que sa réponse lui attirait, il était retombé dans un état méditatif que ceux qui l'observaient superficiellement prenaient pour un engourdissement sénile dû à son défaut d'intelligence.”


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