Commentaire composé sur le dénouement de Rhinocéros de Ionesco

Commentaire composé sur le dénouement de Rhinocéros de Ionesco

Photo by Andy Martin on Unsplash
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Texte

 

Je ne suis pas beau, je ne suis pas beau. (Il décroche les tableaux, les jette par terre avec fureur, il va vers la glace.) Ce sont eux qui sont beaux. J'ai eu tort ! Oh, comme je voudrais être comme eux. Je n'ai pas de corne, hélas ! Que c'est laid, un front plat. Il m'en faudrait une ou deux, pour rehausser mes traits tombants. Ça viendra peut-être, et je n'aurai plus honte, je pourrai aller tous les retrouver. Mais ça ne pousse pas ! (Il regarde les paumes de ses mains.) Mes mains sont moites. Deviendront-elles rugueuses ? (Il enlève son veston, défait sa chemise, contemple sa poitrine dans la glace.) J'ai la peau flasque. Ah, ce corps trop blanc, et poilu ! Comme je voudrais avoir une peau dure et cette magnifique couleur d'un vert sombre, une nudité décente, sans poils, comme la leur ! (Il écoute les barrissements.) Leurs chants ont du charme, un peu âpre, mais un charme certain ! Si je pouvais faire comme eux. (Il essaye de les imiter.) Ahh, Ahh, Brr ! Non, ça n'est pas ça ! Essayons encore plus fort ! Ahh, Ahh, Brr ! non, non, ce n'est pas ça, que c'est faible, comme cela manque de vigueur ! Je n'arrive pas à barrir. Je hurle seulement. Ahh, Ahh, Brr ! Les hurlements ne sont pas des barrissements ! Comme j'ai mauvaise conscience, j'aurais dû les suivre à temps. Trop tard maintenant ! Hélas, je suis un monstre, je suis un monstre. Hélas, jamais je ne deviendrai rhinocéros, jamais, jamais ! Je ne peux plus changer. Je voudrais bien, je voudrais tellement, mais je ne peux pas. Je ne peux plus me voir. J'ai trop honte ! (Il tourne le dos à la glace.) Comme je suis laid ! Malheur à celui qui veut conserver son originalité ! (Il a un brusque sursaut.) Eh bien tant pis ! Je me défendrai contre tout le monde ! Ma carabine, ma carabine ! (Il se retourne face au mur du fond où sont fixées les têtes des rhinocéros, tout en criant) Contre tout le monde, je me défendrai, contre tout le monde, je me défendrai ! Je suis le dernier homme, je le resterai jusqu'au bout ! Je ne capitule pas ! - Rideau.

 

 

Rhinocéros, Ionesco, dénouement

Commentaire composé

 

  1. L’apparence d’un anti-héros

 

a) Un personnage partagé

 

 Ce monologue commence par la répétition d’une insulte du personnage à lui-même et par conséquence la race humaine “Je ne suis pas beau, je ne suis pas beau.”, ce qui intrigue le spectateur puisqu’il était jusque là le premier à défendre cette race. Et il continue tout au long du texte  “je suis un monstre, je suis un monstre”. On voit ainsi la force de la propagande des rhinocéros.

 

 A travers ce monologue délibératif, le spectateur entre dans les pensées de Bérenger. En effet, cet extrait peint un personnage tiraillé entre deux partis “je voudrais être comme eux” , “Je ne capitule pas !”. Par ailleurs la répétition du mot “hélas !” montre le désespoir du personnage.

   

 Il y a un mélange de registres : le désarroi de Bérenger est pathétique, on a pitié de lui. Il se sent laid, il se dévalorise physiquement, en passant tout son corps en revue de la tête aux pieds: « Je n'ai pas de corne », « Mes mains sont moites. Deviendront-elles rugueuses ? Ah, ce corps trop blanc et poilu ! ». « Je ne suis pas beau ! », « J’ai la peau flasque ».


Moralement aussi, il renie tout ce qu'il pensait auparavant, se traite de « monstre », il a honte de lui. Il souhaite ardemment devenir rhinocéros, car il redoute la solitude et car ce serait beaucoup plus confortable, plus facile, plus rassurant, d'être comme tout le monde.


Au milieu de ce registre pathétique, l'humour subsiste pourtant lorsqu'il essaie de barrir et lorsqu'il affirme que les rhinocéros sont plus beaux que lui : « Que c'est laid, un front plat ! », ou lorsqu'il admire leur peau : « Comme je voudrais avoir une peau dure et cette magnifique couleur d'un vert sombre ! » 

 

b)  La perte de son identité

 

 Ce personnage ridicule ne sait plus qui il est puisqu’il ne sait plus quoi penser “J'ai eu tort !”, “Je me défendrai contre tout le monde !”. Il en devient fou comme le montre le ton de voix “en criant”.

 

 Il se rend compte lui-même qu’il perd peu à peu son identité puisqu’il dénonce le manque d’originalité “Malheur à celui qui veut conserver son originalité !”. Ionesco met en avant un vice de son époque : l’uniformisation.


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