Commentaire composé sur Britannicus de Racine acte II scène 6

Commentaire composé sur Britannicus de Racine acte II scène 6

Photo by Dario Veronesi on Unsplash
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Texte

RACINE : BRITANNICUS : ACTE II

SCENE VI - JUNIE, BRITANNICUS, NARCISSE

BRITANNICUS

Madame, quel bonheur me rapproche de vous ?

Quoi ! je puis donc jouir d'un entretien si doux ?

Mais, parmi ce plaisir, quel chagrin me dévore !

Hélas ! puis-je espérer de vous revoir encore ?

Faut-il que je dérobe avec mille détours,

Un bonheur que vos yeux m'accordaient tous les jours.

Quelle nuit ! quel réveil ! Vos pleurs, votre présence

N'ont point de ces cruels désarmé l'insolence !

Que faisait votre amant ? Quel démon envieux

M'a refusé l'honneur de mourir à vos yeux ?

Hélas ! dans la frayeur dont vous étiez atteinte,

M'avez-vous en secret adressé quelque plainte ?

Ma princesse, avez-vous daigné me souhaiter ?

Songiez-vous aux douleurs que vous m'alliez coûter ?

Vous ne me dites rien ! Quel accueil ! Quelle glace !

Est-ce ainsi que vos yeux consolent ma disgrâce ?

Parlez : nous sommes seuls. Notre ennemi, trompé,

Tandis que je vous parle, est ailleurs occupé.

Ménageons les moments de cette heureuse absence.

 

JUNIE

Vous êtes en des lieux tout pleins de sa puissance :

Ces murs mêmes, Seigneur, peuvent avoir des yeux ;

Et jamais l'empereur n'est absent de ces lieux.

 

BRITANNICUS

Et depuis quand, madame, êtes-vous si craintive ?

Quoi ! déjà votre amour souffre qu'on le captive ?

Qu'est devenu ce coeur qui me jurait toujours

De faire à Néron même envier nos amours ?

Mais bannissez, madame, une inutile crainte :

La foi dans tous les coeurs n'est pas encore éteinte ;

Chacun semble des yeux approuver mon courroux ;

La mère de Néron se déclare pour nous.

Rome, de sa conduite elle-même offensée...

 

JUNIE

Ah ! Seigneur ! vous parlez contre votre pensée.

Vous-même, vous m'avez avoué mille fois

Que Rome le louait d'une commune voix ;

Toujours à sa vertu vous rendiez quelque hommage.

Sans doute la douleur vous dicte ce langage.

 

BRITANNICUS

Ce discours me surprend, il le faut avouer :

Je ne vous cherchais pas pour l'entendre louer.

Quoi ! pour vous confier la douleur qui m'accable,

A peine je dérobe un moment favorable ;

Et ce moment si cher, madame, est consumé

A louer l'ennemi dont je suis opprimé !

Qui vous rend à vous-même, en un jour, si contraire ?

Quoi ! même vos regards ont appris à se taire ?

Que vois-je ? Vous craignez de rencontrer mes yeux !

Néron vous plairait-il ? Vous serais-je odieux ?

Ah ! si je le croyais !... Au nom des dieux, madame,

Eclaircissez le trouble où vous jetez mon âme.

Parlez. Ne suis-je plus dans votre souvenir ?

 

JUNIE

Retirez-vous, Seigneur ; l'empereur va venir.

 

BRITANNICUS

 

Après ce coup, Narcisse, à qui dois-je m'attendre ?


Pour bien comprendre le tragique je vous recommande de lire ce livre


Commentaire composé

Comment la double énonciation porte-t-elle le tragique dans cette scène ?

I Britannicus, un personnage tragique aveuglé par la passion

  1. le discours amoureux

Britannicus est heureux de retrouver Junie ”Madame, quel bonheur me rapproche de vous ? Quoi ! je puis donc jouir d'un entretien si doux ?”

Cependant Britannicus sait que leurs rencontres ne se feront qu’exceptionnellement : “Mais, parmi ce plaisir, quel chagrin me dévore ! Hélas ! puis-je espérer de vous revoir encore ? “

Britannicus regrette de devoir maintenant retrouver sa maîtresse en cachette : “Faut-il que je dérobe avec mille détours, Un bonheur que vos yeux m'accordaient tous les jours.”

Britannicus pense qu’il est dans un lieu qu’il croit privé de l'écoute de ses ennemis : “Parlez : nous sommes seuls. Notre ennemi, trompé, Tandis que je vous parle, est ailleurs occupé.” A cause de son ignorance Britannicus se met en danger.

Britannicus est attristé par l'indifférence de Junie et il lui rappelle leur amour qui devait rendre Neron jaloux : “Qu'est devenu ce coeur qui me jurait toujours De faire à Néron même envier nos amours ?”

Britannicus est fou de jalousie car il pense que Junie aime Néron ce qui est, pour lui la seul justification de son comportement élogieux envers celui-ci : “Néron vous plairait-il ? Vous serais-je odieux ? “Ah ! si je le croyais !... Au nom des dieux, madame, Eclaircissez le trouble où vous jetez mon âme. Parlez. Ne suis-je plus dans votre souvenir ?”

 

  1. les reproches d’un amant qui se croit trahi

Britannicus commence une longue série de reproches adressée à Junie car il croit que Junie n’a pas essayé d’organiser un rendez-vous avec lui et qu’elle ne se préoccupe pas de ses sentiments et de  la peine qu’elle lui cause par son absence : “M'avez-vous en secret adressé quelque plainte ? Ma princesse, avez-vous daigné me souhaiter ? Songiez-vous aux douleurs que vous m'alliez coûter ? “

Britannicus pense que Junie le soutient pas malgré la “disgrâce” que Néron lui fait subir : “Vous ne me dites rien ! Quel accueil ! Quelle glace ! Est-ce ainsi que vos yeux consolent ma disgrâce ?“

Malgré l’avertissement de Junie, Britannicus lui reproche d’être soumise à Néron et de lui obéir “Et depuis quand, madame, êtes-vous si craintive ? Quoi ! déjà votre amour souffre qu'on le captive ?” Ceci montre que Britannicus est aveuglé par sa passion amoureuse.

Britannicus reproche a Junie de ne pas être de son côté alors que tout Rome le soutient : “La foi dans tous les coeurs n'est pas encore éteinte ; Chacun semble des yeux approuver mon courroux”.

Britannicus ne reconnait pas Junie. Il la retrouve enfin pour entendre l'éloge de son ennemi : “Ce discours me surprend, il le faut avouer : Je ne vous cherchais pas pour l'entendre louer.” Il est fou de rage. C’est le point culminant de ce qu’il croit être une trahison : “Quoi ! pour vous confier la douleur qui m'accable, A peine je dérobe un moment favorable ; Et ce moment si cher, madame, est consumé A louer l'ennemi dont je suis opprimé !” Britannicus reproche à Junie de gaspiller un moment précieux qu’ils partagent pour complimenter son ennemi.

Britannicus pense devenir fou car la personne qu’il aime le plus le trahit pour son oppresseur : “Qui vous rend à vous-même, en un jour, si contraire ? Quoi ! même vos regards ont appris à se taire ?”.

Britannicus reste ignorant et perdu, il n’a rien compris à la véritable raison derrière le comportement inhabituel de Junie : “Après ce coup, Narcisse, à qui dois-je m'attendre ?”

 

II Junie, un personnage tragique qui se sacrifie par amour

  1. le discours adressé à Britannicus

Junie essaye de prévenir Britannicus que Néron est dans la pièce et qu’ils ne sont pas libres de communiquer sincèrement  : “Vous êtes en des lieux tout pleins de sa puissance : Ces murs mêmes, Seigneur, peuvent avoir des yeux ; Et jamais l'empereur n'est absent de ces lieux.”

Junie tente d'éviter de regarder Britannicus en face car elle souffre et elle a du mal a lui cacher ses sentiments : “Quoi ! même vos regards ont appris à se taire ? Que vois-je ? Vous craignez de rencontrer mes yeux !” Cependant Britannicus, lui, ne comprend pas cela, il pense que c’est parce qu'elle aime dorénavant Néron : “Néron vous plairait-il ? Vous serais-je odieux ?”

junie vient clore la discussion avec Britannicus lui disant en quelque sorte qu’il en a trop dit : “Retirez-vous, Seigneur ; l'empereur va venir.”

 

  1. le discours adressé à Néron

Tout en essayant d’avertir Britannicus de la présence de Néron, Junie flatte l’empereur pour lui démontrer sa loyauté “Vous êtes en des lieux tout pleins de sa puissance”.

Junie tente de disculper Britannicus aux yeux de Néron : “Ah ! Seigneur ! vous parlez contre votre pensée. Vous-même, vous m'avez avoué mille fois Que Rome le louait d'une commune voix ; Toujours à sa vertu vous rendiez quelque hommage. Sans doute la douleur vous dicte ce langage.” Junie sacrifie son bonheur et son honnêteté pour sauver Britannicus qui, lui, reste dans l’aveuglement de sa passion.

 

Junie termine de discuter avec Britannicus d’une manière formelle pour montrer à Néron qu’ils ne sont plus proches : “Retirez-vous, Seigneur ; l'empereur va venir.”


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