Commentaire composé sur l'incipit de Un Barrage contre le Pacifique de Marguerite Duras

Commentaire composé sur l'incipit de Un Barrage contre le Pacifique de Marguerite Duras

Photo by Ruslan Bardash on Unsplash
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Texte

Il leur avait semblé à tous les trois que c'était une bonne idée d'acheter ce cheval. Même si ça en devait servir qu'à payer les cigarettes de Joseph. D'abord, c'était une idée, ça prouvait qu'ils pouvaient encore avoir des idées. Puis ils se sentaient moins seuls, reliés par ce cheval au monde extérieur, tout de même capables d'en extraire quelque chose, de ce monde, même si c'était misérable, d'en extraire quelque chose qui n'avait pas été à eux jusque-là, et de l'amener jusqu'à leur coin de plaine saturée de sel, jusqu'à eux trois saturés d'ennui et d'amertume. C’était ça les transports : même d'un désert, où rien ne pousse, on pouvait encore faire sortir quelque chose, en le faisant traverser à ceux qui vivent ailleurs, à ceux qui sont du monde.
  Cela dura huit jours. Le cheval était trop vieux, bien plus vieux que la mère pour un cheval, un vieillard centenaire. Il essaya honnêtement de faire le travail qu'on lui demandait et qui était bien au-dessus de ses forces depuis longtemps, puis il creva.
  Ils en furent dégoûtés, si dégoûtés, en se retrouvant sans cheval sur leur coin de plaine, dans la solitude et la stérilité de toujours, qu'ils décidèrent le soir même qu'ils iraient tous les trois le lendemain à Ram, pour essayer de se consoler en voyant du monde.
  Et c'est le lendemain à Ram qu'ils devaient faire la rencontre qui allait changer leur vie à tous.
  Comme quoi une idée est toujours une bonne idée, du moment qu'elle fait faire quelque chose, même si tout est entrepris de travers, par exemple avec des chevaux moribonds. Comme quoi une idée de ce genre est toujours une bonne idée, même si tout échoue lamentablement, parce qu'alors il arrive au moins qu'on finisse par devenir impatient, comme on ne le serait jamais devenu si on avait commencé par penser que les idées qu'on avait étaient de mauvaises idées.

 

Marguerite Duras, Un barrage contre le Pacifique, 1950

Commentaire composé

 

Introduction

Marguerite Duras est une auteure du XIX siècle. Elle nous délivre à travers Un barrage contre le Pacifique un roman autobiographique.

 

I Un incipit in medias res

  1. Un cadre imprécis et clos

On apprend le lieu de vie “à leur coin de plaine saturée de sel”. Ils habitent près de “Ram”. Ils vivent dans la “plaine” ce qui prouve leur enfermement.

 

Ils sont à l’écart  comme le montre l’opposition entre eux et le monde extérieur. Ils sont isolés géographiquement mais aussi socialement “ à ceux qui vivent ailleurs, à ceux qui sont du monde.”


La ville de Ram montre la rupture avec la solitude de leur plaine, cela représente la vie par apport à la mort.

 

     b. L’ennui et la solitude des personnages

A travers cet incipit, le lecteur a une description très floue des personnages.

 

En effet on connaît uniquement leur nombre, ils sont “trois” et seulement un est nommé “Joseph”.

 

Leur personnalité n’est aucunement décrite. On sait juste que Joseph fume “servir qu'à payer les cigarettes”.

 

Duras aborde dans cet incipit le problème de la solitude en montrant des personnages seul “ils se sentaient moins seuls”. L’utilisation du verbe “amener dans “et de l'amener jusqu'à leur coin de plaine saturée de sel” accentue la distance qui les séparent du “monde extérieur”.

 

La solitude présente tout au long du texte et elle est souvent marquée par l’utilisation d’adverbes de temps comme “toujours”  “dans la solitude et la stérilité de toujours”.

 

c. Le style au service de la description

 

Le style d’écriture de Duras est assez simple, elle utilise des verbes basiques tels que “être”, “faire” et n’hésite pas à employer un langage familier “il creva”.

 

Elle a un style proche de l’oralité comme le montre l’utilisation de subordonnées sans principales : “Même si ça en devait servir qu'à payer les cigarettes de Joseph”.

 

Le narrateur est très présent et commente les choix des personnages : “Comme quoi une idée est toujours une bonne idée”.

 

Par ailleurs, elle fait une prolepse qui annonce un grand bouleversement dans la vie des personnages : “Et c'est le lendemain à Ram qu'ils devaient faire la rencontre qui allait changer leur vie à tous.”


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