Commentaire composé sur la lettre 161 des Lettres Persanes de Montesquieu

Commentaire composé sur la lettre 161 des Lettres Persanes de Montesquieu

Photo by Naganath Chiluveru on Unsplash
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Texte

Montesquieu, Lettres Persanes, lettre 161

 

ROXANE A USBEK

A Paris.



     Oui, je t'ai trompé ; j'ai séduit tes eunuques ; je me suis jouée de ta jalousie ; et j'ai su de ton affreux sérail faire un lieu de délices et de plaisirs.

     Je vais mourir ; le poison va couler dans mes veines: car que ferais-je ici, puisque le seul homme qui me retenait à la vie n'est plus? Je meurs; mais mon ombre s'envole bien accompagnée: je viens d'envoyer devant moi ces gardiens sacrilèges, qui ont répandu le plus beau sang du monde.

     Comment as-tu pensé que je fusse assez crédule, pour m'imaginer que je ne fusse dans le monde que pour adorer tes caprices ? que, pendant que tu te permets tout, tu eusses le droit d'affliger tous mes désirs ? Non : j'ai pu vivre dans la servitude ; mais j'ai toujours été libre: j'ai réformé tes lois sur celles de la nature; et mon esprit s'est toujours tenu dans l'indépendance.

     Tu devrais me rendre grâces encore du sacrifice que je t'ai fait ; de ce que je me suis abaissée jusqu'à te paraître fidèle ; de ce que j'ai lâchement gardé dans mon coeur ce que j'aurais dû faire paraître à toute la terre ; enfin de ce que j'ai profané la vertu en souffrant qu'on appelât de ce nom ma soumission à tes fantaisies.

     Tu étais étonné de ne point trouver en moi les transports de l'amour: si tu m'avais bien connue, tu y aurais trouvé toute la violence de la haine.

     Mais tu as eu longtemps l'avantage de croire qu'un coeur comme le mien t'était soumis. Nous étions tous deux heureux; tu me croyais trompée, et je te trompais.

     Ce langage, sans doute, te paraît nouveau. Serait-il possible qu'après t'avoir accablé de douleurs, je te forçasse encore d'admirer mon courage ? Mais c'en est fait, le poison me consume, ma force m'abandonne ; la plume me tombe des mains ; je sens affaiblir jusqu'à ma haine ; je me meurs.

 

Du sérail d'Ispahan, le 8 de la lune de Rebiab 1, 1720.  

Commentaire composé

 

I Une parodie de roman sentimental

 

 “Oui, je t'ai trompé ; j'ai séduit tes eunuques ; je me suis jouée de ta jalousie ; et j'ai su de ton affreux sérail faire un lieu de délices et de plaisirs.”: ces premières paroles de Roxane sont un aveu qui place les relations entre les personnages. 

 

“car que ferais-je ici, puisque le seul homme qui me retenait à la vie n'est plus?”:  cette phrase prononcée par Roxane nous confirme la relation amoureuse entre elle et Usbek.

 

“qui ont répandu le plus beau sang du monde.”: ici Roxane parle de son amant qui a été assassiné par les eunuques d’Usbek.

 

 “de ce que j'ai lâchement gardé dans mon coeur ce que j'aurais dû faire paraître à toute la terre ;”: il y a ici un champ lexical de la passion amoureuse ( “mon coeur”, “toute la terre”, le plus beau sang du monde”). De plus Roxane dédaigne Usbek par son langage et les actions qu’elle relate.

 

“enfin de ce que j'ai profané la vertu en souffrant qu'on appelât de ce nom ma soumission à tes fantaisies.” : elle fait de la vertu quelque chose de sacré qu’elle aurait profané en acceptant d’avoir l’air fidèle alors qu’elle n’était que soumise. 

 

“Tu étais étonné de ne point trouver en moi les transports de l’amour : si tu m'avais bien connue, tu y aurais trouvé toute la violence de la haine.” : Roxane reproche à Usbek de ne pas du tout la connaître car il s’est étonné de son comportement qu’il a pris pour de l’indifférence alors que Roxane exprimait dignement la plus violente aversion.

 

 “Nous étions tous deux heureux; tu me croyais trompée, et je te trompais.”: Le chiasme appuie la duperie de Roxane.


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