Commentaire composé sur Le Cid de Corneille, acte III, scène 4

Commentaire composé sur Le Cid de Corneille, acte III, scène 4

Photo by Kelly Sikkema on Unsplash
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Texte

Le Cid, Acte III, scène 4, (1637), Corneille

 

Don Rodrigue

Que je meure !

 

Chimène

Va-t’en.

 

Don Rodrigue

À quoi te résous-tu ?

 

Chimène

Malgré des feux si beaux qui troublent ma colère,

Je ferai mon possible à bien venger mon père ;

Mais, malgré la rigueur d’un si cruel devoir,

Mon unique souhait est de ne rien pouvoir.

 

Don Rodrigue

Ô miracle d’amour !

 

Chimène

Ô comble de misères !

 

Don Rodrigue

Que de maux et de pleurs nous coûteront nos pères !

 

Chimène

Rodrigue, qui l’eût cru ?

 

Don Rodrigue

Chimène, qui l’eût dit ?

 

Chimène

Que notre heur fût si proche et sitôt se perdît ?

 

Don Rodrigue

Et que si près du port, contre toute apparence,

Un orage si prompt brisât notre espérance ?

 

Chimène

Ah ! mortelles douleurs !

 

Don Rodrigue

Ah ! regrets superflus !

 

Chimène

Va-t’en, encore un coup, je ne t’écoute plus.

 

Don Rodrigue

Adieu : je vais traîner une mourante vie,

Tant que par ta poursuite elle me soit ravie.

 

Chimène

Si j’en obtiens l’effet, je t’engage ma foi

De ne respirer pas un moment après toi.

 

Adieu ; sors, et surtout garde bien qu’on te voie.

Commentaire composé

 

I Chimène, un personnage tiraillé entre honneur et amour

 

  1. Le devoir de l’honneur

 

“Va-t’en.” : Chimène est dans un premier temps résolue à sauver l’honneur de son père, ainsi elle ne peut plus parler avec l’homme qui a tué son père même si celui-ci se trouve être l’être dont elle est éperdument amoureuse…

 

“Malgré des feux si beaux qui troublent ma colère,

Je ferai mon possible à bien venger mon père ;

Mais, malgré la rigueur d’un si cruel devoir,

Mon unique souhait est de ne rien pouvoir.” : Chimène explique à Rodrigue que son amour pour lui est dorénavant impossible puisqu’il a tué son père.

 

“Va-t’en, encore un coup, je ne t’écoute plus.” Chimène lutte pour ne pas tomber dans les bras de son bien-aimé puisque cette phrase sonne comme un coup de poing après des paroles d’apparences douces.  

 

“Adieu ; sors, et surtout garde bien qu’on te voie.” Chimène finit ce dialogue en sauvant l’honneur de son père.

 

  1. L’appel de l’amour

 

“Ô miracle d’amour !”, “Ô comble de misères !” : On retrouve dans ce dialogue de nombreuses structures identiques utilisées à la suite par les deux protagonistes. On se rend ainsi compte de l’intensité de leur amour puisqu’ils ne semblent faire qu’un.

 

“Rodrigue, qui l’eût cru ?”, “Chimène, qui l’eût dit ?”: Ces deux personnages sont perdus.

 

“Si j’en obtiens l’effet, je t’engage ma foi

De ne respirer pas un moment après toi.” : Chimène est à jamais liée à Rodrigue puisque si ce dernier meurt elle mourra avec lui. Cette dernière réplique de Chimène résume sa situation : “Adieu ; sors, et surtout garde bien qu’on te voie.” Elle veut sauver l’honneur de son père sans pour autant perdre Rodrigue.


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