Commentaire composé sur le dénouement de Dom Juan de Molière acte V scènes 4, 5, 6

Commentaire composé sur le dénouement de Dom Juan de Molière acte V scènes 4, 5, 6

Photo by Roman Kraft on Unsplash
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Texte

Molière, Dom Juan, acte V

 

Scène IV

DOM JUAN, SGANARELLE.

 

SGANARELLE  Monsieur, quel diable de style prenez-vous là ? Ceci est bien pis que le reste, et je vous aimerais bien mieux encore comme vous étiez auparavant. J'espérais toujours de votre salut ; mais c'est maintenant que j'en désespère ; et je crois que le Ciel, qui vous a souffert jusqu'ici, ne pourra souffrir du tout cette dernière horreur.

 

DOM JUAN  Va, va, le Ciel n'est pas si exact que tu penses ; et si toutes les fois que les hommes…

 

SGANARELLE  Ah ! Monsieur, c'est le Ciel qui vous parle, et c'est un avis qu'il vous donne.

 

DOM JUAN  Si le Ciel me donne un avis, il faut qu'il parle un peu plus clairement, s'il veut que je l'entende.

 

Scène V

DOM JUAN, UN SPECTRE en femme voilée, SGANARELLE.

 

LE SPECTRE, en femme voilée

Dom Juan n'a plus qu'un moment à pouvoir profiter de la miséricorde du Ciel ; et s'il ne se repent ici, sa perte est résolue.

 

SGANARELLE  Entendez-vous, Monsieur ?

 

DOM JUAN  Qui ose tenir ces paroles ? Je crois connaître cette voix.

 

SGANARELLE  Ah ! Monsieur, c'est un spectre : je le reconnais au marcher.

 

DOM JUAN  Spectre, fantôme, ou diable, je veux voir ce que c'est.

 

Le Spectre change de figure, et représente le temps avec sa faux à la main.

 

SGANARELLE  O Ciel ! voyez-vous, Monsieur, ce changement de figure ?

 

DOM JUAN  Non, non, rien n'est capable de m'imprimer de la terreur, et je veux éprouver avec mon épée si c'est un corps ou un esprit.

 

Le Spectre s'envole dans le temps que Dom Juan le veut frapper.

 

SGANARELLE  Ah ! Monsieur, rendez-vous à tant de preuves, et jetez-vous vite dans le repentir.

 

DOM JUAN  Non, non, il ne sera pas dit, quoi qu'il arrive, que je sois capable de me repentir. Allons, suis-moi.

 

Scène VI

LA STATUE, DOM JUAN, SGANARELLE.

 

LA STATUE  Arrêtez, Dom Juan : vous m'avez hier donné parole de venir manger avec moi.

 

DOM JUAN  Oui. Où faut-il aller ?

 

LA STATUE  Donnez-moi la main.

 

DOM JUAN  La voilà.

 

LA STATUE  Dom Juan, l'endurcissement au péché traîne une mort funeste, et les grâces du Ciel que l'on renvoie ouvrent un chemin à sa foudre.

 

DOM JUAN  O Ciel ! que sens-je ? Un feu invisible me brûle, je n'en puis plus, et tout mon corps devient un brasier ardent. Ah !

 

Le tonnerre tombe avec un grand bruit et de grands éclairs sur Dom Juan ; la terre s'ouvre et l'abîme ; et il sort de grands feux de l'endroit où il est tombé.

 

SGANARELLE  Ah ! mes gages ! mes gages !  Voilà par sa mort un chacun satisfait : Ciel offensé, lois violées, filles séduites, familles déshonorées, parents outragés, femmes mises à mal, maris poussés à bout, tout le monde est content. Il n'y a que moi seul de malheureux. Mes gages ! Mes gages ! Mes gages !

Commentaire composé

 

I Les caractéristiques de la comédie

 

“DOM JUAN  Si le Ciel me donne un avis, il faut qu'il parle un peu plus clairement, s'il veut que je l'entende.”: Dom Juan est toujours ironique dans ses paroles.

 

DOM JUAN  Non, non, rien n'est capable de m'imprimer de la terreur, et je veux éprouver avec mon épée si c'est un corps ou un esprit.”: A force de nier l’évidence il en devient ridicule.

 

“LA STATUE  Arrêtez, Dom Juan : vous m'avez hier donné parole de venir manger avec moi.”: Cette réplique de la statue montre à quel point Dom Juan est un personnage sans honneur et donc aux antipodes du héros tragique.

 

“DOM JUAN  O Ciel ! que sens-je ? Un feu invisible me brûle, je n'en puis plus, et tout mon corps devient un brasier ardent. Ah !”: La règle de bienséance n’est pas respectée.

 

“SGANARELLE  Ah ! mes gages ! mes gages !  Voilà par sa mort un chacun satisfait : Ciel offensé, lois violées, filles séduites, familles déshonorées, parents outragés, femmes mises à mal, maris poussés à bout, tout le monde est content. Il n'y a que moi seul de malheureux. Mes gages ! Mes gages ! Mes gages !”: Il y a un comique de répétition au début de la réplique de Sganarelle. La plainte du valet nous montre le côté égoïste du personnage. Il conclut aussi la scène car c’est lui qui explique la morale de la même façon que c’était lui qui avait commencé à parler dans la scène d’exposition.  


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