Commentaire composé de l'excipit de L'Assommoir de Zola, la mort de Gervaise

Commentaire composé de l'excipit de L'Assommoir de Zola, la mort de Gervaise

Photo by Alfonso Scarpa on Unsplash
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Texte

Gervaise dura ainsi pendant des mois. Elle dégringolait plus bas encore, acceptait les dernières avanies, mourait un peu de faim tous les jours. Dès qu’elle possédait quatre sous, elle buvait et battait les murs. On la chargeait des sales commissions du quartier. Un soir, on avait parié qu’elle ne mangerait pas quelque chose de dégoûtant ; et elle l’avait mangé, pour gagner dix sous. M. Marescot s’était décidé à l’expulser de la chambre du sixième. Mais, comme on venait de trouver le père Bru mort dans son trou, sous l’escalier, le propriétaire avait bien voulu lui laisser cette niche. Maintenant, elle habitait la niche du père Bru. C’était là-dedans, sur de la vieille paille, qu’elle claquait du bec, le ventre vide et les os glacés. La terre ne voulait pas d’elle, apparemment. Elle devenait idiote, elle ne songeait seulement pas à se jeter du sixième sur le pavé de la cour, pour en finir. La mort devait la prendre petit à petit, morceau par morceau, en la traînant ainsi jusqu’au bout dans la sacrée existence qu’elle s’était faite. Même on ne sut jamais au juste de quoi elle était morte. On parla d’un froid et chaud. Mais la vérité était qu’elle s’en allait de misère, des ordures et des fatigues de sa vie gâtée. Elle creva d’avachissement, selon le mot des Lorilleux. Un matin, comme ça sentait mauvais dans le corridor, on se rappela qu’on ne l’avait pas vue depuis deux jours ; et on la découvrit déjà verte, dans sa niche.

 

   Justement, ce fut le père Bazouge qui vint, avec la caisse des pauvres sous le bras, pour l’emballer. Il était encore joliment soûl, ce jour-là, mais bon zig tout de même, et gai comme un pinson. Quand il eut reconnu la pratique à laquelle il avait affaire, il lâcha des réflexions philosophiques, en préparant son petit ménage.

 

   — Tout le monde y passe… On n’a pas besoin de se bousculer, il y a de la place pour tout le monde… Et c’est bête d’être pressé, parce qu’on arrive moins vite… Moi, je ne demande pas mieux que de faire plaisir. Les uns veulent, les autres ne veulent pas. Arrangez un peu ça, pour voir… En v’la une qui ne voulait pas, puis elle a voulu. Alors, on l’a fait attendre… Enfin, ça y est, et, vrai ! elle l’a gagné ! Allons-y gaiement !

 

   Et, lorsqu’il empoigna Gervaise dans ses grosses mains noires, il fut pris d’une tendresse, il souleva doucement cette femme qui avait eu un si long béguin pour lui. Puis, en l’allongeant au fond de la bière avec un soin paternel, il bégaya, entre deux hoquets :

 

   — Tu sais… écoute bien… c’est moi, Bibi-la-Gaieté, dit le consolateur des dames… Va, t’es heureuse. Fais dodo, ma belle !

 

Emile Zola - L'assommoir, excipit

Commentaire composé

 

I L’interminable descente aux enfers de Gervaise

 

“Gervaise dura ainsi pendant des mois.”: Cela montre que le personnage de Gervaise met du temps à mourir, comme si l’on ne voulait pas d’elle, mais on arrive pas a s’en débarrasser. “En v’la une qui ne voulait pas, puis elle a voulu. Alors, on l’a fait attendre…”, “mourait un peu de faim tous les jours.”: Cela nous montre la pauvreté du personnage de Gervaise, car mourir de faim est la mort des pauvres et cela prend du temps. “La mort devait la prendre petit à petit, morceau par morceau, en la traînant ainsi jusqu’au bout dans la sacrée existence qu’elle s’était faite.”: L’utilisation du mot, “traînant” montre à quel point la souffrance du personnage de Gervaise dure et s'étire pendant très longtemps. Le mot “sacrée” est ici employé dans son sens ironique et familier.

 

“La terre ne voulait pas d’elle, apparemment.”: Tout au long du texte, on voit que le personnage de Gervaise est rejetée par tout le monde, même par la nature. On dirait qu’elle n’arrive pas à mourir.

 

“Dès qu’elle possédait quatre sous, elle buvait et battait les murs.” : Le peu d’argent que Gervaise possède est utilisé pour boire plutôt que pour manger ce qui montre à quel point Gervaise est devenue alcoolique et combien ce fléau l’a plongée dans la folie. “Elle devenait idiote, elle ne songeait seulement pas à se jeter du sixième sur le pavé de la cour, pour en finir.”: Le personnage de Gervaise boit tellement qu’il perd tout discernement et ne pense même pas à se suicider pour abréger ses souffrances. “Elle creva d’avachissement, selon le mot des Lorilleux.”: L’utilisation de  cette expression très familière montre l’horreur de la mort du personnage de Gervaise.

 

“Un matin, comme ça sentait mauvais dans le corridor, on se rappela qu’on ne l’avait pas vue depuis deux jours ; et on la découvrit déjà verte, dans sa niche.”: Encore une fois, on voit la répétition du mot “niche” ce qui renvoie à la métaphore animalière. Puis le fait qu’on s’aperçoit qu’elle soit morte seulement après deux jours montre qu’elle était rejetée par la société, et donc elle était presque invisible.

 

“Elle dégringolait plus bas encore,”: On voit ici l’interminable descente aux enfers du personnage de Gervaise car le mot “dégringolait” montre qu’elle ne fait que descendre, et que maintenant, il n’y a plus d'amélioration possible. “M. Marescot s’était décidé à l’expulser de la chambre du sixième.”: Au XIXe siècle, plus l’appartement était haut, moins c’était cher car difficile d’accès, très chaud en été et très froid en hiver. Donc le personnage de Gervaise habitait dans l’appartement le plus pauvre, mais elle était si pauvre qu’elle ne pouvait plus y résider. Le personnage de Gervaise n’est plus considéré comme humain car on la jette dans une “niche” comme un chien dont on ne veut pas dans la maison : “Mais, comme on venait de trouver le père Bru mort dans son trou, sous l’escalier, le propriétaire avait bien voulu lui laisser cette niche.” On dirait que Gervaise prend déjà la place du mort dans son “trou”, image de la tombe (ou plutôt de la fosse commune) qui l’attend. Le mot “niche” est mentionné à trois reprises pour bien insister : “Maintenant, elle habitait la niche du père Bru.” Le narrateur continue la métaphore animalière “claquait du bec” et la métaphore de la mort “os glaces”.  

 

“acceptait les dernières avanies,”: Le personnage de Gervaise accepte d’être humilié par les autres personnages car elle a perdu toute dignité. “Un soir, on avait parié qu’elle ne mangerait pas quelque chose de dégoûtant ; et elle l’avait mangé, pour gagner dix sous.”

“Mais la vérité était qu’elle s’en allait de misère, des ordures et des fatigues de sa vie gâtée.”: Le narrateur veut ici montrer que la misère peut tuer.


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