Commentaire composé sur la résurrection du Colonel Chabert de Balzac

Commentaire composé sur la résurrection du Colonel Chabert de Balzac

Photo by Daniel Jensen on Unsplash
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Texte

Balzac, Le colonel Chabert

 

Le peu d’air que je respirais était méphitique. Je voulus me mouvoir, et ne trouvai point d’espace. En ouvrant les yeux, je ne vis rien. La rareté de l’air fut l’accident le plus menaçant, et qui m’éclaira le plus vivement sur ma position. Je compris que là où j’étais, l’air ne se renouvelait point, et que j’allais mourir. Cette pensée m’ôta le sentiment de la douleur inexprimable par laquelle j’avais été réveillé. Mes oreilles tintèrent violemment. J’entendis, ou crus entendre, je ne veux rien affirmer, des gémissements poussés par le monde de cadavres au milieu duquel je gisais.

Quoique la mémoire de ces moments soit bien ténébreuse, quoique mes souvenirs soient bien confus, malgré les impressions de souffrances encore plus profondes que je devais éprouver et qui ont brouillé mes idées, il y a des nuits où je crois encore entendre ces soupirs étouffés ! Mais il y a eu quelque chose de plus horrible que les cris, un silence que je n’ai jamais retrouvé nulle part, le vrai silence du tombeau. Enfin, en levant les mains, en tâtant les morts, je reconnus un vide entre ma tête et le fumier humain supérieur. Je pus donc mesurer l’espace qui m’avait été laissé par un hasard dont la cause m’était inconnue. Il paraît, grâce à l’insouciance ou à la précipitation avec laquelle on nous avait jetés pêle-mêle, que deux morts s’étaient croisés au-dessus de moi de manière à décrire un angle semblable à celui de deux cartes mises l’une contre l’autre par un enfant qui pose les fondements d’un château. En furetant avec promptitude, car il ne fallait pas flâner, je rencontrai fort heureusement un bras qui ne tenait à rien, le bras d’un Hercule ! un bon os auquel je dus mon salut. Sans ce secours inespéré, je périssais ! Mais, avec une rage que vous devez concevoir, je me mis à travailler les cadavres qui me séparaient de la couche de terre sans doute jetée sur nous, je dis nous, comme s’il y eut eu des vivants ! J’y allais ferme, monsieur, car me voici ! Mais je ne sais pas aujourd’hui comment j’ai pu parvenir à percer la couverture de chair qui mettait une barrière entre la vie et moi. Vous me direz que j’avais trois bras ! Ce levier, dont je me servais avec habileté, me procurait toujours un peu de l’air qui se trouvait entre les cadavres que je déplaçais, et je ménageais mes aspirations. Enfin je vis le jour, mais à travers la neige, monsieur ! En ce moment, je m’aperçus que j’avais la tête ouverte.


Comment reconnaître le réalisme


Commentaire composé

I.La renaissance de Chabert

1.La descente aux enfers

 

“Le peu d’air que je respirais était méphitique.”: On voit que comme dans un tombeau, il n’y a pas d'oxygène. “La rareté de l’air fut l’accident le plus menaçant, et qui m’éclaira le plus vivement sur ma position.”

“En ouvrant les yeux, je ne vis rien”: Chabert cherche la lumière, ce qui symbolise Dieu, mais ne la trouve pas, ce qui montre que Dieu l’a abandonné.

“Je compris que là où j’étais, l’air ne se renouvelait point, et que j’allais mourir.”: Chabert prend conscience du fait qu’il ne survivra pas s’il reste dans la position ou il est.

“des gémissements poussés par le monde de cadavres au milieu duquel je gisais.”: Cela devient un récit d’horreur, il y a une abondance de morts, comme si Chabert avait changé de monde et il est aux Enfers.

“Mais il y a eu quelque chose de plus horrible que les cris, un silence que je n’ai jamais retrouvé nulle part, le vrai silence du tombeau.”: Chabert est entouré de morts, et l’utilisation du mot “tombeau” nous fait croire que Chabert lui-même est enterré vivant. Chabert insiste en utilisant un champ lexical de l’horreur pour que le lecteur comprenne l’intensité de ce qu’il a vécu. “en tâtant les morts,”, “fumier humain”.  



2.Le miracle

 

“Enfin, en levant les mains, en tâtant les morts, je reconnus un vide entre ma tête et le fumier humain supérieur.”: La découverte d’un espace entre Chabert et les cadavres  s’apparente à un miracle.

“Je pus donc mesurer l’espace qui m’avait été laissé par un hasard dont la cause m’était inconnue.”: Chabert insiste sur l’aspect inattendu et donc miraculeux de ce qui s’apparent à une résurrection.

Chabert utilise un vocabulaire religieux pour décrire ce miracle qui est une “grâce” qu’il a reçue. Cette idée est renforcée par l’emploi du mot “salut” quelques phrases plus tard.

“En furetant avec promptitude, car il ne fallait pas flâner, je rencontrai fort heureusement un bras qui ne tenait à rien, le bras d’un Hercule !”: Chabert rencontre un bras aussi fort que celui d’Hercule, ce qui est extraordinaire voire surnaturel, et ce bras lui permet de remonter et de survivre.

“Sans ce secours inespéré, je périssais !”: C’est comme si Dieu lui-même lui avait tendu la main à travers ce bras si robuste qu’il a pu attraper.

“Mais je ne sais pas aujourd’hui comment j’ai pu parvenir à percer la couverture de chair qui mettait une barrière entre la vie et moi.”: Il aurait été impossible à Chabert de se sortir du trou dans lequel il était enseveli avec ses seules forces. Il a fallu une intervention divine pour lui donner la force surnaturelle de remonter à la surface et rester en vie.



II.La description de ses émotions

1.Des souvenirs confus

 

“J’entendis, ou crus entendre, je ne veux rien affirmer,”: En racontant son témoignage, Chabert hésite, ce qui renforce l’aspect réaliste.

“Quoique la mémoire de ces moments soit bien ténébreuse, quoique mes souvenirs soient bien confus,”: Encore une fois, Chabert montre qu’il ne se rappelle pas de tous les détails et il est prudent en racontant son histoire pour avoir l'adhésion du lecteur et de Derville.

“malgré les impressions de souffrances encore plus profondes que je devais éprouver et qui ont brouillé mes idées, il y a des nuits où je crois encore entendre ces soupirs étouffés !”: Chabert avoue que cette expérience l’a complètement traumatisé, et elle continue à le hanter.



2.La sollicitation des sens

 

“Le peu d’air que je respirais était méphitique.”: L’air qu’il respire a l’odeur de la mort.

“Je voulus me mouvoir, et ne trouvai point d’espace.”: Chabert essaye de bouger, mais il est compressé sous un tas de morts.

“En ouvrant les yeux, je ne vis rien.”: Tous les sens sont sollicités, sauf la vue.

“Cette pensée m’ôta le sentiment de la douleur inexprimable par laquelle j’avais été réveillé.”: Chabert souffre physiquement et on comprend donc qu’il est gravement blessé.

“Mes oreilles tintèrent violemment.”: L’utilisation du mot “violemment” montre à quel point ses sens sont exacerbés du fait qu’il n’y voit pas et concentre donc toute son attention sur ses autres organes sensoriels.



3.L’ironie de Chabert

 

“Il paraît, grâce à l’insouciance ou à la précipitation avec laquelle on nous avait jetés pêle-mêle, que deux morts s’étaient croisés au-dessus de moi de manière à décrire un angle semblable à celui de deux cartes mises l’une contre l’autre par un enfant qui pose les fondements d’un château.”: Chabert utilise de l’humour noir pour se mettre à distance de l’horreur en comparant les corps à des cartes à jouer.

“Vous me direz que j’avais trois bras !”: Il s’approprie le bras du cadavre qu’il utilise comme un outil complètement déshumanisé dans l’urgence vitale où il se trouve : “Ce levier, dont je me servais avec habileté”.


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