Commentaire composé sur le poème "Crépuscule" de Guillaume Apollinaire

Commentaire composé sur le poème "Crépuscule" de Guillaume Apollinaire

Photo by xiaole Zheng on Unsplash
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Texte

Crépuscule

 

Guillaume Apollinaire

 

À Mademoiselle Marie Laurencin.

 

Frôlée par les ombres des morts

Sur l’herbe où le jour s’exténue

L’arlequine s’est mise nue

Et dans l’étang mire son corps

Un charlatan crépusculaire

Vante les tours que l’on va faire

Le ciel sans teinte est constellé

D’astres pâles comme du lait

Sur les tréteaux l’arlequin blême

Salue d’abord les spectateurs

Des sorciers venus de Bohême

Quelques fées et les enchanteurs

Ayant décroché une étoile

Il la manie à bras tendu

Tandis que des pieds un pendu

Sonne en mesure les cymbales

L’aveugle berce un bel enfant

La biche passe avec ses faons

Le nain regarde d’un air triste

Grandir l’arlequin trismégiste

 

 

Guillaume Apollinaire, Alcools, 1913


Pour maîtriser les figures de style je vous recommande de lire ce livre


Commentaire composé

I Un poème construit comme un tableau (dédicacé à un peintre)

a) La dimension picturale (les images et les couleurs)

 

Ce poème est dédicacé à un peintre, Marie Laurencin. Ce poème est construit tel un tableau, on peut retrouver du vert avec l’herbe et du bleu avec le lac: “Sur l’herbe où le jour s’exténue” ; “Et dans l’étang mire son corps”. Au centre une femme nue : ”L’arlequine s’est mise nue”. Il y a un décor bucolique: “La biche passe avec ses faons”. 

 

b) L’univers du cirque (thème du tableau)

 

Le tableau est basé sur le thème du cirque comme nous le montre le champ lexical très présent : “ : “L’arlequine”, “charlatan”, “Vante les tours que l’on va faire”,

“Sur les tréteaux l’arlequin”, “Salue d’abord les spectateurs”, “Tandis que des pieds un pendu”, “Sonne en mesure les cymbales”, “Le nain,”, “l’arlequin”.

Le cirque est un univers très coloré comme le costume de l’arlequin, il y a donc une vrai mise en scène picturale autour de ce tableau.

 

 

II Une atmosphère inquiétante (entre la vie et la mort)

a) La magie

 

Dans son poème, Apollinaire, introduit la magie. Il mentionne “Des sorciers” ce qui rend le poème inquiétant, car les sorciers sont souvent maléfiques. Il parle également de “fées” et “d’enchanteurs”, ce qui est moins effrayant mais tout de même surnaturelle.  

 

b) La présence de la mort

 

La mort est présente tout au long du poème. Tout d’abord au vers 1 avec: “Frôlée par les ombres des morts”, cela nous fait penser à des fantômes. 

Le jour “s’extenue” évoque que la vie symbolisée par le jour va bientôt disparaître, idée renforcée par le mot “crépusculaire”. Il semble que l’on assiste à une lutte entre la vie et la mort et que cette dernière va l’emporter. Le champ lexical de la mort est très présent. “Le ciel sans teinte” cela peut laisser penser que le soleil ne se lèvera plus jamais, qu’il fera toujours sombre.

Ensuite on peut retrouver le champ lexical du cadavre comme le soulignent les expressions : “pâles comme du lait”, “blême”.

Le fait de “décroché une étoile” est impossible, on peut imaginer qu’il est au ciel, mort.

Au vers 4 “l’étang” fait penser au mythe d’Ophélie, personnage de Shakespeare dans Hamlet qui se noie.  “L’aveugle” a l’air mutilé, quelqu’un lui a peut être crevé les yeux. Et enfin le “pendu” semble mort. On voit donc une gradation de l'horreur au fil du poème.

 

 

Ainsi, Apollinaire dresse un tableau sur le thème du cirque avec un décor bucolique. Cela est rapidement contredit par l'atmosphère étrange et inquiétante qui se met en place. 


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