Commentaire composé sur la révolution manquée dans l'Education sentimentale de Flaubert, partie II chapitre 6

Commentaire composé sur la révolution manquée dans l'Education sentimentale de Flaubert, partie 2 chapitre 6

Photo by KaLisa Veer on Unsplash
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Texte

−− " Mille pardons! " dit Frédéric, en lui saisissant la taille dans les deux mains.
−− " Comment? que fais−tu? " balbutia la Maréchale, à la fois surprise et égayée par ces manières.
Il répondit:
−− " Je suis la mode, je me réforme. "
Elle se laissa renverser sur le divan, et continuait à rire sous ses baisers.
Ils passèrent l'après−midi à regarder, de leur fenêtre, le peuple dans la rue. Puis il l'emmena dîner aux Trois−Frères−Provençaux. Le repas fut long, délicat. Ils s'en revinrent à pied, faute de voiture.
A la nouvelle d'un changement de ministère, Paris avait changé. Tout le monde était en joie; des promeneurs circulaient, et des lampions à chaque étage faisaient une clarté comme en plein jour. Les soldats regagnaient lentement leurs casernes, harassés, l'air triste. On les saluait, en criant: " Vive la ligne! " Ils continuaient sans répondre. Dans la garde nationale, au contraire, les officiers, rouges d'enthousiasme,
brandissaient leur sabre en vociférant: " Vive la réforme! " et ce mot−là, chaque fois, faisait rire les deux
amants. Frédéric blaguait, était très gai.
Par la rue Duphot, ils atteignirent les boulevards. Des lanternes vénitiennes, suspendues aux maisons,
formaient des guirlandes de feux. Un fourmillement confus s'agitait en dessous; au milieu de cette ombre,
par endroits, brillaient des blancheurs de baïonnettes. Un grand brouhaha s'élevait. La foule était trop
compacte, le retour direct impossible; et ils entraient dans la rue Caumartin, quand, tout à coup, éclata
derrière eux un bruit, pareil au craquement d'une immense pièce de soie que l'on déchire. C'était la fusillade du boulevard des Capucines.
−− " Ah! on casse quelques bourgeois ", dit Frédéric tranquillement, car il y a des situations où
l'homme le moins cruel est si détaché des autres, qu'il verrait périr le genre humain sans un battement de
coeur.
La Maréchale, cramponnée à son bras, claquait des dents. Elle se déclara incapable de faire vingt pas de
plus. Alors, par un raffinement de haine, pour mieux outrager en son âme Mme Arnoux, il l'emmena jusqu'à
l'hôtel de la rue Tronchet, dans le logement préparé pour l'autre.
Les fleurs n'étaient pas flétries. La guipure s'étalait sur le lit. Il tira de l'armoire les petites pantoufles.
Rosanette trouva ces prévenances fort délicates.
Vers une heure, elle fut réveillée par des roulements lointains; et elle le vit qui sanglotait, la tête
enfoncée dans l'oreiller.
−− " Qu'as−tu donc, cher amour? "
−− " C'est excès de bonheur ", dit Frédéric." . Il y avait trop longtemps que je te désirais! " .

Commentaire composé

I Un anti-héros

a) Des personnages spectateurs

-23 février 1848 : c'est le début de la révolution de 1848 mais Frédéric er Rosanette ne font qu'observer sans comprendre ni participer.

- champ lexical du regard "de la fenêtre"...

- Frédéric est passif devant cet événement historique "on casse du bourgeois [...] tranquillement".

- son insensibilité est choquante : "car il y a des situations où

l'homme le moins cruel est si détaché des autres, qu'il verrait périr le genre humain sans un battement de

coeur."

 

b) Les amours ratées

- Frédéric se venge et se console avec Rosanette, une prostituée, car Madame Arnoux, son grand amour, n'est pas venue au rendez-vous.

- Il emmène Rosanette dans la chambre qu'il avait préparée pour l'autre "pour mieux l'outrager en son âme", mais c'est à lui-même qu'il fait du mal : "elle le vit qui sanglotait, la tête enfoncée dans l'oreiller."

- Frédéric hésite entre plusieurs femmes, il n'a pas de volonté, il vit dans ses rêves.

Frédéric est le contraire du héros traditionnel de roman, énergique, lucide et conquérant.

 

II Une révolution ratée

a) Un cadre réaliste : la révolution de 1848 a balayé en trois jours le régime de Louis Philippe :

- 22 février : manifestation

- 23 février : les soldats ("la ligne") tuent des manifestants, début de la révolution ("la réforme")

- 23 février : Louis Philippe abdique et s'exile en Angleterre.

 

b) Frédérique rate cet événement historique

- Il croit qu'il s'agit d'une fête : "Tout le monde était en joie", "enthousiasme", "lampions", "lanternes vénitiennes", "guirlandes"...

- Le peuple écrit l'histoire mais Frédéric n'y comprend rien "fourmillement confus", "brouhaha", "foule trop compacte"...

Les deux personnages observent  tranquillement par la fenêtre puis ils dînent dans un restaurant de luxe et vont se promener au lieu de participer.

 

Conclusion :

- Anti-héros, Frédéric rate un double rendez-vous, avec Madame Arnoux et avec l'histoire.

- L'Education sentimentale est révélatrice du pessimisme de Flaubert : l'anti-roman déconstruit à la fois l'histoire et le héros.

- Frederic est une Madame Bovary au masculin, il ne fait que rêver sa vie.


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