Commentaire composé sur le poème "Clair de lune" de Victor Hugo

Commentaire composé sur le poème "Clair de lune" de Victor Hugo

Photo by Anders Jildén on Unsplash
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Texte

Clair de lune

 

La lune était sereine et jouait sur les flots. -

La fenêtre enfin libre est ouverte à la brise,

La sultane regarde, et la mer qui se brise,

Là-bas, d'un flot d'argent brode les noirs îlots.

 

De ses doigts en vibrant s'échappe la guitare.

Elle écoute... Un bruit sourd frappe les sourds échos.

Est-ce un lourd vaisseau turc qui vient des eaux de Cos,

Battant l'archipel grec de sa rame tartare ?

 

Sont-ce des cormorans qui plongent tour à tour,

Et coupent l'eau, qui roule en perles sur leur aile ?

Est-ce un djinn qui là-haut siffle d'une voix grêle,

Et jette dans la mer les créneaux de la tour ?

 

Qui trouble ainsi les flots près du sérail des femmes ? -

Ni le noir cormoran, sur la vague bercé,

Ni les pierres du mur, ni le bruit cadencé

Du lourd vaisseau, rampant sur l'onde avec des rames.

 

Ce sont des sacs pesants, d'où partent des sanglots.

On verrait, en sondant la mer qui les promène,

Se mouvoir dans leurs flancs comme une forme humaine... -

La lune était sereine et jouait sur les flots.

 

 

Victor Hugo (1802-1885) - Les Orientales

 

Commentaire composé

I) L’exotisme

a) Le décor de rêve

Le poète pose le cadre de rêve de ce poème “La lune était sereine et jouait sur les flots.” Ce vers laisse penser à une suite calme comme une berceuse à cause de l’imagerie du reflet de la lune sur l’eau qui ressemble à un tableau romantique. De plus l’image de la fenêtre ouverte nous laisse penser à la rêverie: “La fenêtre enfin libre est ouverte à la brise”. La description des oiseaux plongeant dans la mer ajoute au côté exotique de la scène : “Sont-ce des cormorans qui plongent tour à tour”. De plus “près du sérail des femmes” montre que nous sommes bien en Orient.  Le vers : “la mer qui les promène,” laisse penser que le poète évoque une ballade en mer.

 

 

b) La musicalité

Les alexandrins donnent un ton solennel au poème. La musicalité du texte est irrégulière comme nous le montrent les deux derniers vers de la première strophe: “La sultane regarde, et la mer qui se brise,Là-bas, d'un flot d'argent brode les noirs îlots.” Les pauses de ces deux vers sont irrégulières pour a la fois mimer le ressac de la mer et le rythme des battements d’un coeur qui a peur. Le vers suivant insiste sur la peur en montrant que toute musique et rythme régulier sont impossibles quand l’on est terrorisé : “De ses doigts en vibrant s'échappe la guitare.” D’autre part, dans le quatrième quatrain le rythme des vers mime le bateau qui tangue: “Ni le noir cormoran, sur la vague bercé, Ni les pierres du mur, ni le bruit cadencé”.

 

 

II) La dénonciation de l’horreur

a) La mise en place d’une atmosphère angoissante

Le vers : “La fenêtre enfin libre est ouverte à la brise,” a plusieurs sens hormis le côté positif et rêveur du vers, le fait que l’auteur emploie les mots “enfin libre” laisse penser à une longue captivité. De plus la répétition des mots “sourd”, “lourd” et l’utilisation des verbes “frappe” et “battant” sous entend les violences que les Turcs infligent aux Grecs. L'allitération en [s] fait référence  à un serpent à sonnette qui s’approche des Grecs ceci est renforcé par l’utilisation des mots “rampant sur l'onde”. Chez Victor Hugo comme dans la Bible le serpent est l’image du diable dont la présence est également évoquée par le mot Djinn qui signifie démon. Ensuite il y a une allitération en[r] pour renforcer le caractère effrayant de l’approche d’un bateau Turc : “Est-ce un lourd vaisseau turc qui vient des eaux de Cos, Battant l'archipel grec de sa rame tartare ?”. “Par ailleurs le vers : “Et coupent l'eau, qui roule en perles sur leur aile” contient une mise en garde pour ceux qui voudraient s'échapper car ils se feraient décapiter aussitôt. Le poète use de questions rhétoriques pour témoigner de l’inquiétude, renforcée par le verbe “troubler” : “Qui trouble ainsi les flots près du sérail des femmes ?”

 

 

b) L’effet de surprise

 

La dernière strophe introduit un effet de surprise puisque l’on comprend que les Turcs ont enlevé des femmes Grecques pour les conduire dans leur sérail où elles seront prisonnières : “Ce sont des sacs pesants, d'où partent des sanglots.” De plus le vers “Se mouvoir dans leurs flancs comme une forme humaine…” montre que ces femmes qui ont été réduites en esclaves et ont perdu toute dignité humaine en étant transportées comme des objets dans des sacs.


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