Commentaire composé sur Les Liaisons dangereuses - Laclos, lettre 67

Commentaire composé sur Les Liaisons dangereuses - Laclos, lettre 67

Photo by Carli Jeen on Unsplash
Photo by Carli Jeen on Unsplash

Texte

LETTRE LXVII (67)

 

LA PRESIDENTE DE TOURVEL AU VICOMTE DE VALMONT

 

    Je ne voulais plus vous répondre, Monsieur, et peut-être l'embarras que j'éprouve en ce moment est-il lui-même une preuve qu'en effet je ne le devrais pas. Cependant je ne veux vous laisser aucun sujet de plainte contre moi; je veux vous convaincre que j'ai fait pour vous tout ce que je pouvais faire.

    Je vous ai permis de m'écrire, dites-vous ? j'en conviens; mais quand vous me rappelez cette permission, croyez-vous que j'oublie à quelles conditions elle vous fut donnée ? Si j'y eusse été aussi fidèle que vous l'avez été peu, auriez- vous reçu une seule réponse de moi ? Voilà pourtant la troisième; et quand vous faites tout ce qu'il faut pour m'obliger à rompre cette correspondance, c'est moi qui m'occupe des moyens de l'entretenir. Il en est un, mais c'est le seul ; et si vous refusez de le prendre, ce sera, quoi que vous puissiez dire, me prouver assez combien peu vous y mettez de prix.

    Quittez donc un langage que je ne puis ni ne veux entendre; renoncez à un sentiment qui m'offense et m'effraie, et auquel, peut-être, vous devriez être moins attaché en songeant qu'il est l'obstacle qui nous sépare. Ce sentiment est-il donc le seul que vous puissiez connaître, et l'amour aura-t-il ce tort de plus à mes yeux, d'exclure l'amitié ? vous-même, auriez-vous celui de ne pas vouloir pour votre amie celle en qui vous avez désiré des sentiments plus tendres ? Je ne veux pas le croire: cette idée humiliante me révolterait, m'éloignerait de vous sans retour.

    En vous offrant mon amitié, Monsieur, je vous donne tout ce qui est à moi, tout ce dont je puis disposer. Que pouvez-vous désirer davantage ? Pour me livrer à ce sentiment si doux, si bien fait pour mon cœur, je n'attends que votre aveu ; et la parole que j'exige de vous, que cette amitié suffira à votre bonheur. J'oublierai tout ce qu'on a pu me dire; je me reposerai sur vous du soin de justifier mon choix.

    Vous voyez ma franchise, elle doit vous prouver ma confiance; il ne tiendra qu'à vous de l'augmenter encore : mais je vous préviens que le premier mot d'amour la détruit à jamais, et me rend toutes mes craintes ; que surtout il deviendra pour moi le signal d'un silence éternel vis-à-vis de vous.

    Si, comme vous le dites, vous êtes revenu de vos erreurs , n'aimerez-vous pas mieux être l'objet de l'amitié d'une femme honnête, que celui des remords d'une femme coupable ? Adieu, Monsieur ; vous sentez qu'après avoir parlé ainsi je ne puis plus rien dire que vous ne m'ayez répondu.

De ..., ce 9 septembre 17**

 

 

Les Liaisons dangereuses - Laclos

Commentaire composé

Le roman épistolaire, genre à la mode au 18ème siècle, a une intrigue très complexe autour de plusieurs personnages. Ainsi, Laclos écrit Les Liaisons dangereuses dénonçant les ravages du libertinage mettant en scène un couple de libertins  qui, à la suite d’un défi qu’ils se lancent, va causer la perte de tous les personnages du roman. Nous nous demandons alors comment les faiblesses de la présidente de Tourvel sont-elles révélées à travers son argumentation? Nous verrons tout d’abord comment fonctionne l’argumentation de la présidente de Tourvel. Puis, nous montrerons comment elle se trahit et révèle malgré elle son combat intérieur montrant ses forces et ses faiblesses.

 

 

1- L’argumentation de la présidente de Tourvel

 

“Cependant”, “mais” : Elle utilise des marqueurs d’oppositions qui montrent sa résistance. 

 

“En vous offrant mon amitié” : La présidente de Tourvel souhaite devenir l’amie du Vicomte pour renoncer à son amour même si ce terme reste ambigu à l’époque.

 

“ Quittez”, “renoncez” : La présidente menace le Vicomte en lui donnant des ordres, ce qui montre qu’elle essaye de le convaincre. 

 

“Si j'y eusse été aussi fidèle que vous l'avez été peu, auriez- vous reçu une seule réponse de moi ?” : Elle le menace également en utilisant des questions rhétoriques.

 

2- Un combat intérieur montrant ses forces et ses faiblesses

 

“Je ne voulais plus vous répondre, Monsieur, et peut-être l'embarras que j'éprouve en ce moment est-il lui-même une preuve qu'en effet je ne le devrais pas.” : La présidente de Tourvel se contredit puisqu’elle écrit cette lettre au Vicomte de Valmont. 

 

“vous faites tout ce qu'il faut pour m'obliger à rompre cette correspondance, c'est moi qui m'occupe des moyens de l'entretenir.” : La présidente se contredit encore une fois. Cela montre la lutte qu’elle mène en elle entre la raison et la passion.

 

“ Vous voyez ma franchise” : Elle révèle également sa force qui est contradictoire au sentiment de faiblesse qu’elle ressent au départ : “l'embarras que j'éprouve”.

 

“Si j'y eusse été aussi fidèle que vous l'avez été peu, auriez- vous reçu une seule réponse de moi ?” : Les questions rhétoriques que pose la présidente de Tourvel au Vicomte peuvent aussi être des questions qu’elle se pose à elle-même. Ce qui montre toujours le combat intérieur qu’elle mène.

 

“renoncez à un sentiment qui m'offense et m'effraie” : L’amour que la présidente éprouve pour le Vicomte est une grande faiblesse pour celle-ci qui essaye de lutter contre ses sentiments.

 

 

“Pour me livrer à ce sentiment si doux, si bien fait pour mon cœur, je n'attends que votre aveu” : La présidente, qui éprouve des sentiments amoureux pour le Vicomte, veut la fidélité de celui-ci tout en sachant qu’elle ne pourra pas l’obtenir. 


Écrire commentaire

Commentaires: 0