Commentaire composé sur Paul Scarron - Le Roman comique , le portrait de la Bouvillon

Commentaire composé sur Paul Scarron - Le Roman comique , le portrait de la Bouvillon

Photo by Daniel von Appen on Unsplash
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Texte

 L'ayant fait comme elle l'avait dit, elle approcha de Destin son gros visage fort enflammé et ses petits yeux fort étincelants, et lui donna bien à penser de quelle façon il se tirerait à son honneur de la bataille que vraisemblablement elle lui allait présenter. La grosse sensuelle ôta son mouchoir de col et étala aux yeux du Destin, qui n'y prenait pas grand plaisir, dix livres de tétons pour le moins, c'est-à-dire la troisième partie de son sein, le reste étant distribué à poids égal sous ses deux aisselles. Sa mauvaise intention la faisant rougir (car elles rougissent aussi les dévergondées), sa gorge n'avait pas moins de rouge que son visage et l'un et l'autre ensemble auraient été pris de loin pour un tapabor d'écarlate. Destin rougissait aussi, mais de pudeur, au lieu que la Bouvillon, qui n'en avait plus, rougissait je vous laisse à penser de quoi. Elle s'écria qu'elle avait quelque petite bête dans le dos et se remuant en son harnais comme quand on y sent quelque démangeaison, elle pria Destin d'y fourrer la main. Le pauvre garçon le fit en tremblant, et cependant la Bouvillon, lui tâtant les flancs au défaut du pourpoint, lui demanda s'il n'était point chatouilleux. Il fallait combattre ou se rendre, quand Ragotin se fit ouïr de l'autre côté de la porte, frappant des pieds et des mains comme s'il l'eût voulu rompre et criant à Destin qu'il ouvrît promptement. Destin tira sa main du dos suant de la Bouvillon pour aller ouvrir à Ragotin qui faisait toujours un bruit de diable ; et voulant passer entre elle et la table, assez adroitement pour ne la pas toucher, il rencontra du pied quelque chose qui le fit broncher et se choqua la tête contre un banc, assez rudement pour en être quelque temps étourdi. La Bouvillon cependant, ayant repris son mouchoir à la hâte, alla ouvrir à l'impétueux Ragotin qui, en même temps, poussant la porte de l'autre côté de toute sa force, la fit donner si rudement contre le visage de la pauvre dame qu'elle en eut le nez écaché et de plus une bosse au front grosse comme le poing. Elle cria qu'elle était morte. 

 

 

Paul Scarron - Le Roman comique - 1651-1657 

Commentaire composé

I Le portrait caricatural de la matrone

 

“son gros visage fort enflammé et ses petits yeux fort étincelants” : L’auteur utilise des adjectifs négatifs pour qualifier le visage de la Bouvillon. Il met en avant la rondeur de son visage en créant un contraste entre le visage et les yeux. La répétition de “fort” montre que tout est exagéré sur son visage.

“La grosse sensuelle” : L’auteur ne dit pas le nom de la femme mais la qualifie de “grosse”, ce qui montre qu’elle ne sait pas se modérer. La Bouvillon est comparée à une matrone puisqu’elle est grosse, ne contrôle pas ses désirs et très dominatrice. C’est donc un personnage de farce. 

“dix livres de tétons pour le moins, c'est-à-dire la troisième partie de son sein, le reste étant distribué à poids égal sous ses deux aisselles” : L’auteur décrit la Bouvillon de façon grotesque en mettant en avant qu’elle est très grosse, elle en devient écoeurante. Elle met en avant ses attributs sexuels d’une manière grotesque.

“Sa mauvaise intention la faisant rougir (car elles rougissent aussi les dévergondées), sa gorge n'avait pas moins de rouge que son visage et l'un et l'autre ensemble auraient été pris de loin pour un tapabor d'écarlate” : La Bouvillon laisse son désir s’exprimer sur son visage. On a l’impression qu’elle est très laide puisqu’elle perd sa féminité. 

“Elle s'écria qu'elle avait quelque petite bête dans le dos et se remuant en son harnais comme quand on y sent quelque démangeaison, elle pria Destin d'y fourrer la main” : La Bouvillon veut à tout prix séduire Destin et le force donc de la toucher. 

 

 

II Une parodie de combat épique

 

“il se tirerait à son honneur de la bataille” : On retrouve un vocabulaire lié au combat: “tirerait” et “bataille”. 

“la Bouvillon, lui tâtant les flancs” : La Bouvillon se permet de toucher Destin sans retenue comme si elle voulait l’attrapper. 

“l fallait combattre ou se rendre, quand Ragotin se fit ouïr de l'autre côté de la porte, frappant des pieds et des mains comme s'il l'eût voulu rompre et criant à Destin qu'il ouvrît promptement”: Ragotin est le sauveur de Destin, il arrive tel un chevalier qui va sauver une femme. Mais ici, il vient sauver l’homme de la femme.

“la fit donner si rudement contre le visage de la pauvre dame qu'elle en eut le nez écaché et de plus une bosse au front grosse comme le poing” : La Bouvillon perd finalement la bataille en se prenant des coups à cause de Ragotin qui entre de façon théâtrale. 

“Elle cria qu'elle était morte” : La Bouvillon exagère sa douleur et avoue être vaincue. 

 

“il rencontra du pied quelque chose qui le fit broncher et se choqua la tête contre un banc, assez rudement pour en être quelque temps étourdi” : La chute de Destin est aussi ridiculisée que les coups que se prend La Bouvillon. On retrouve un comique de situation dans ce chaos, ce passage est donc théâtralisé. 


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