Commentaire composé du poème Stances à Marquise de Corneille

Commentaire composé du poème Stances à Marquise de Corneille

Photo by Daiga Ellaby on Unsplash
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Texte

Stances à Marquise

 

Marquise, si mon visage

A quelques traits un peu vieux,

Souvenez-vous qu'à mon âge

Vous ne vaudrez guère mieux.

 

Le temps aux plus belles choses

Se plaît à faire un affront :

Il saura faner vos roses

Comme il a ridé mon front.

 

Le même cours des planètes

Règle nos jours et nos nuits :

On m'a vu ce que vous êtes

Vous serez ce que je suis.

 

Cependant j'ai quelques charmes

Qui sont assez éclatants

Pour n'avoir pas trop d'alarmes

De ces ravages du temps.

 

Vous en avez qu'on adore ;

Mais ceux que vous méprisez

Pourraient bien durer encore

Quand ceux-là seront usés.

 

Ils pourront sauver la gloire

Des yeux qui me semblent doux,

Et dans mille ans faire croire

Ce qu'il me plaira de vous.

 

Chez cette race nouvelle

Où j'aurai quelque crédit,

Vous ne passerez pour belle

Qu'autant que je l'aurai dit.

 

Pensez-y, belle Marquise,

Quoiqu'un grison fasse effroi,

Il vaut bien qu'on le courtise

Quand il est fait comme moi.

 

 

 

Pierre Corneille - 1658

Commentaire composé

I Le carpe Diem et la fuite du temps

 

“Souvenez-vous qu'à mon âge

Vous ne vaudrez guère mieux.” : Corneille commence son poème par une menace, celle du temps qui passe.  Il s'adresse à la marquise. 

 

“Le temps aux plus belles choses

Se plaît à faire un affront” : Le poète enchaîne avec une leçon de mise en garde contre la fuite du temps. Cela montre que Corneille étant plus âgé, connaît davantage la vie. 

 

“Il saura faner vos roses

Comme il a ridé mon front.” : Corneille fait une métaphore des charmes de la femme, décrits à la manière d'une rose, tel Ronsard dans son poème “Mignonne allons voir si la rose” qui utilise également le thème du carpe diem pour séduire une femme, Cassandre Salviati. 

 

“Le même cours des planètes

Règle nos jours et nos nuits :

On m'a vu ce que vous êtes

Vous serez ce que je suis.” : Il fait une comparaison entre le cours de l'univers et le cours de la vie pour faire comprendre à la marquise, qu'un jour elle aussi deviendra vieille. 

 

 

II La supériorité du poète

 

“Cependant j'ai quelques charmes

Qui sont assez éclatants

Pour n'avoir pas trop d'alarmes

De ces ravages du temps” : On voit que le poète est orgueilleux, il a conscience de son génie qui lui apportera à coup sur l'immortalité car ses écrits ne seront pas ternis par le temps.

 

“Vous en avez qu'on adore ;

Mais ceux que vous méprisez

Pourraient bien durer encore

Quand ceux-là seront usés.” : Corneille fait un faux compliment à la marquise, qui est en fait une moquerie, car son génie restera éternellement, en revanche la beauté de la marquise ne perdurera pas. 

 

“Ils pourront sauver la gloire

Des yeux qui me semblent doux” : La poésie confère à celui qui l'écrit le pouvoir de faire ou de défaire une réputation.

 

“Et dans mille ans faire croire

Ce qu'il me plaira de vous.” : Corneille fait une menace à la marquise, il peut écrire ce qu’il veut à son sujet et ainsi la déshonorer si bon lui semble. 

 

“Chez cette race nouvelle

Où j'aurai quelque crédit,

Vous ne passerez pour belle

Qu'autant que je l'aurai dit” : Le poète joue de sa puissance, il peut transmettre des messages aux générations futures. Il s'amuse ainsi avec la marquise, qu’il peut à tout moment dévaloriser. 

 

“Pensez-y, belle Marquise,

Quoiqu'un grison fasse effroi,

Il vaut bien qu'on le courtise

Quand il est fait comme moi” : Corneille impose à la marquise de réfléchir par deux fois avant de le repousser complètement, car elle pourrait avoir une image négative dans le futur. Cette dernière strophe dévoile l’orgueil de Corneille, certain de sa gloire éternelle qui le place au-dessus des autres hommes qu’il perçoit comme de simples mortels.

 


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