Commentaire composé sur Alfred de Musset,Lorenzaccio, Acte IV, scène XI

Commentaire composé sur Alfred de Musset, Lorenzaccio, Acte 4, scène 11

Photo by Joel Filipe on Unsplash
Photo by Joel Filipe on Unsplash

Texte

Alfred de Musset,Lorenzaccio(1834), Acte IV, scène XI

 

LE DUC. — Je suis transi, - il fait vraiment froid. (Il ôte son épée). Eh bien, mignon, qu'est-ce que tu fais donc ?

LORENZO. —  Je roule votre baudrier autour de votre épée, et je la mets sous votre chevet. Il est bon d'avoir toujours une arme sous la main. (Il entortille le baudrier de manière à empêcher l'épée de sortir du fourreau.)

LE DUC. — Tu sais que je n'aime pas les bavardages, et il m'est revenu que la Catherine était une belle parleuse. Pour éviter les conversations, je vais me mettre au lit. - A propos, pourquoi donc as-tu fait demander des chevaux de poste à l'évêque de Marzi ?

LORENZO. — Pour aller voir mon frère, qui est très malade, à ce qu'il m'écrit.

LE DUC. — Va donc chercher ta tante.

LORENZO. — Dans un instant. (Il sort.)

LE DUC, seul. — Faire la cour à une femme qui vous répond « oui » lorsqu'on lui demande « oui ou non » cela m'a toujours paru très sot, et tout à fait digne d'un Français. Aujourd'hui, surtout que j'ai soupé comme trois moines, je serais incapable de dire seulement : « Mon cœur, ou mes chères entrailles », à l'infante d'Espagne. Je veux faire semblant de dormir ; ce sera peut-être cavalier, mais ce sera commode. (Il se couche. - Lorenzo rentre l'épée à la main.)

LORENZO. — Dormez-vous, seigneur ? (Il le frappe.)

LE DUC. — C'est toi, Renzo ?

LORENZO. — Seigneur, n'en doutez pas. (Il le frappe de nouveau. - Entre Scoronconcolo).

SCORONCONCOLO. — Est-ce fait ?

LORENZO. — Regarde, il m'a mordu au doigt. Je garderai jusqu'à la mort cette bague sanglante, inestimable diamant.

SCORONCONCOLO. — Ah ! mon Dieu ! c'est le duc de Florence !

LORENZO, s'asseyant sur le bord de la fenêtre. — Que la nuit est belle ! Que l'air du ciel est pur ! Respire, respire, cœur navré de joie !

SCORONCONCOLO. — Viens, Maître, nous en avons trop fait ; sauvons-nous.

LORENZO. — Que le vent du soir est doux et embaumé ! Comme les fleurs des prairies s'entrouvrent ! O nature magnifique, ô éternel repos !

SCORONCONCOLO. — Le vent va glacer sur votre visage la sueur qui en découle. Venez, seigneur.

LORENZO. — Ah ! Dieu de bonté ! quel moment !

SCORONCONCOLO,à part. — Son âme se dilate singulièrement. Quant à moi, je prendrai les devants.

LORENZO. — Attends ! Tire ces rideaux. Maintenant, donne-moi la clef de cette chambre.

SCORONCONCOLO. — Pourvu que les voisins n'aient rien entendu !

 

LORENZO. — Ne te souviens-tu pas qu'ils sont habitués à notre tapage ? Viens, partons.(Ils sortent.)

Commentaire composé

Introduction : 

 

Lorenzaccio est un drame romantique écrit par Alfred de Musset, paru en 1834. Cette oeuvre relate l’histoire de la ville de Florence qui est gouverné par Le Duc, un tyran que Lorenzo veut tuer pour libérer la ville. L’extrait étudié est la scène XI de l’acte IV, c’est dans cette scène que Lorenzo tue Le Duc. Ainsi nous nous demanderons en quoi cette scène est le récit d’un meurtre. Pour cela nous verrons d’abord la représentation de la mort sur scène puis nous montrerons comment le crime mène Lorenzo à l’extase.

 

I. La représentation de la mort sur scène 

 

On a un début de texte avec quelques indices spatio-temporels: “la nuit”, “chambre”. La nuit est pour les romantiques un lieu protecteur où l’on peut se cacher. De plus, la chambre évoque l’intimité et donc la sécurité.

 

La chambre du Duc possède deux symbolisations, c’est d’abord sa chambre nuptiale : “Eh bien, mignon, qu'est-ce que tu fais donc ?” mais aussi son futur tombeau:” il fait vraiment froid”. Cette périphrase évoque la mort de façon romantique.

 

On a une organisation de la part de Lorenzo non négligeable, il a tout planifié: d’abord il prend l’arme du Duc pour ne pas qu’il se débatte : “Je roule votre baudrier autour de votre épée, et je la mets sous votre chevet”, on a ensuite les chevaux qui sont préparés pour s’enfuir : “pourquoi donc as-tu fait demander des chevaux”.

Le personnage de Lorenzo apparaît donc comme un héros romantique.

 

La rapidité de la mort du Duc est très décevante, elle est décrite en une didascalie : “(Il le frappe.)”, sa mort se conclut en quelque répliques.

 

 

II. Un crime menant à l’extase

 

On remarque dans ce texte la présence de plusieurs registres : on a d’abord le registre comique entre Lorenzo et Le Duc: “ils sont habitués à notre tapage”. De plus, on a le registre lyrique lorsque Lorenzo tombe en extase au moment où il tue le Duc : “O nature magnifique, ô éternel repos !”, c’est donc un personnage romantique puisqu’il se laisse submerger par ses émotions. Puis on a un registre tragique pour la mort du Duc : “Je garderai jusqu'à la mort cette bague sanglante”

 

Après avoir tué le Duc, le personnage de Lorenzo se met à parler de façon poétique car c’est un romantique donc il projette ses émotions sur le paysage, c’est ce que l’on appelle le paysage état d’âme : “Que le vent du soir est doux et embaumé ! Comme les fleurs des prairies s'entrouvrent ! O nature magnifique, ô éternel repos !”

 

On a une sorte de comparaison avec une nuit de noces ensanglantée puisque le Duc a mordu Lorenzo au doigt : “il m'a mordu au doigt. Je garderai jusqu'à la mort cette bague sanglante”. La morsure est ici équivalente à une bague que le Duc aurait offert à Lorenzo : “Je garderai jusqu'à la mort cette bague sanglante, inestimable diamant.” Ils sont donc liés jusqu’à la mort.

 

 

Conclusion: 

 

 

C’est une scène de meurtre que Lorenzo prépare depuis quatre actes, mais la rapidité de celui-ci est  décevante. C’est la scène où le personnage de Lorenzo peut enfin libérer ses émotions. 


Écrire commentaire

Commentaires: 0