Commentaire composé sur La condition humaine de Malraux chapitre 1 incipit

Commentaire composé sur La condition humaine de Malraux chapitre 1 incipit

Photo by Andre Benz on Unsplash
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Texte

LA CONDITION HUMAINE : 1 INCIPIT

Minuit et demi.

 

Tchen tenterait-il de lever la moustiquaire ? Frapperait-il au travers ? L'angoisse lui tordait l'estomac ; il connaissait sa propre fermeté, mais n'était capable en cet instant que d'y songer avec hébétude, fasciné par ce tas de mousseline blanche qui tombait du plafond sur un corps moins visible qu'une ombre, et d'où sortait seulement ce pied à demi incliné par le sommeil, vivant quand même - de la chair d'homme. La seule lumière venait du building voisin : un grand rectangle d'électricité pâle, coupé par les barreaux de la fenêtre dont l'un rayait le lit juste au-dessous du pied comme pour en accentuer le volume et la vie. Quatre ou cinq klaxons grincèrent à la fois. Découvert ? Combattre, combattre des ennemis qui se défendent, des ennemis éveillés !

 

La vague de vacarme retomba : quelque embarras de voitures (il y avait encore des embarras de voitures, là-bas, dans le monde des hommes...). Il se retrouva en face de la tache molle de la mousseline et du rectangle de lumière, immobiles dans cette nuit où le temps n'existait plus. Il se répétait que cet homme devait mourir. Bêtement : car il savait qu'il le tuerait. Pris ou non, exécuté ou non, peu importait. Rien n'existait que ce pied, cet homme qu'il devait frapper sans qu'il se défendît, - car, s'il se défendait, il appellerait.

 

Les paupières battantes, Tchen découvrait en lui, jusqu'à la nausée, non le combattant qu'il attendait, mais un sacrificateur. Et pas seulement aux dieux qu'il avait choisis : sous son sacrifice à la révolution, grouillait un monde de profondeurs auprès de quoi cette nuit écrasée d'angoisse n'était que clarté. « Assassiner n'est pas seulement tuer... » Dans ses poches, ses mains hésitantes tenaient, la droite un rasoir fermé, la gauche un court poignard. Il les enfonçait le plus possible, comme si la nuit n'eût pas suffi à cacher ses gestes. Le rasoir était plus sûr, mais Tchen sentait qu'il ne pourrait jamais s'en servir ; le poignard lui répugnait moins. Il lâcha le rasoir dont le dos pénétrait dans ses doigts crispés ; le poignard était nu dans sa poche, sans gaine. Il le fit passer dans sa main droite, la gauche retombant sur la laine de son chandail et y restant collée. Il éleva légèrement le bras droit, stupéfait du silence qui continuait à l'entourer, comme si son geste eût dû déclencher quelque chute. Mais non, il ne se passait rien : c'était toujours à lui d'agir.

Commentaire composé

André Malraux est un auteur du XXé siècle, qui a écrit La condition humaine, parue en 1933. Cette oeuvre relate les aventures de Tchen qui appartient à un groupe de révolutionnaire communiste en Chine. L’extrait à analyser est l’incipit du livre. Ainsi nous nous demanderons quelles visions du héros nous donne ce texte. Pour cela nous verrons d’abord Un héros en pleine action puis un personnage face à la mort.

 

 

I Un héros en pleine action (dans sa tête)

 

“Tchen tenterait-il de lever la moustiquaire ? Frapperait-il au travers ?”: On a ici un passage “in medias-res” avec beaucoup de détails”. Grâce au discours indirect libre, le narrateur nous indique que Tchen n’a toujours pas décidé comment il allait s’y prendre pour tuer l’homme qui dort devant lui. Il devrait passer à l’action mais reste paralysé par sa réflexion.

 

“Minuit et demi”: On a un début de texte avec des repères spatio-temporels qui montrent que la scène se passe à l’apogée de la nuit. On peut également remarquer une connotation avec l’heure du meurtre.

 

“par ce tas de mousseline blanche qui tombait du plafond”,”La seule lumière venait du building voisin “: La mousseline blanche et la lumière de l'extérieur créent un contraste avec la chambre qui est plongée dans le noir.

 

“là-bas, dans le monde des hommes...).”:  Deux mondes sont confrontés, on a d’un côté le monde des hommes lumineux et bruyant et de l’autre celui de Tchen, sombre et silencieux.

 

“coupé par les barreaux de la fenêtre dont l'un rayait le lit juste au-dessous du pied”: Les barreaux de la fenêtre reflétés sur le lit nous donne l’impression d’être dans un endroit clos comme une prison.

 

“la moustiquaire”: Elle représente ici une frontière qui sépare Tchen et le futur assassinat de l’homme.


 

 

II Un personnage face à la mort

 

“ce pied à demi incliné par le sommeil”: L’homme que Tchen veut tuer est réduit à un pied, l’auteur déshumanise le personnage de la victime

 

L’auteur accroît la sensation d’angoisse en utilisant une focalisation interne. Il nous plonge dans les pensées de Tchen. L’angoisse se fait d’ailleur remarquer sur Tchen:

”doigts crispés”, “L'angoisse lui tordait l'estomac”

 

“Quatre ou cinq klaxons grincèrent à la fois. Découvert ? Combattre, combattre des ennemis qui se défendent, des ennemis éveillés !”: Ces phrases qui semblent être les pensées de Tchen montrent qu’il préférerait devoir tuer homme éveillé.

On sait que Tchen est venu dans un but bien précis qui est celui de tuer l’homme endormi: ” cet homme devait mourir.”. La mort de celui-ci est importante pour l’avancée de la révolution. Sauf que Tchen est horrifié de devoir tuer un homme qui est en plus endormi: “jusqu'à la nausée,”

 

Le fait que l’homme soit endormi empire justement les choses pour Tchen, puisque si il le tue, il agira avec lâcheté : “« Assassiner n'est pas seulement tuer... »”.

 

 

Ainsi nous avons vu que grâce au discours indirect libre et à la focalisation interne, le narrateur présent Tchen comme un anti-héros paralysé par la peur et la réflexion.


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