Commentaire composé sur Germinal - Emile Zola - Septième partie - chapitre 3

Commentaire composé sur Germinal - Emile Zola - Septième partie - chapitre 3

Photo by Andrei Lazarev on Unsplash
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Texte

Pendant une heure, le Voreux resta ainsi, entamé, comme bombardé par une armée de barbares. On ne criait plus, le cercle élargi des spectateurs regardait. Sous les poutres en tas du criblage, on distinguait les culbuteurs fracassés, les trémies crevées et tordues. Mais c'était surtout à la recette que les débris s'accumulaient, au milieu de la pluie des briques, parmi des pans de murs entiers tombés en gravats. La charpente de fer qui portait les molettes avait fléchi, enfoncée à moitié dans la fosse ; une cage était restée pendue, un bout de câble arraché flottait ; puis, il y avait une bouillie de berlines, de dalles de fonte, d'échelles. Par un hasard, la lampisterie demeurée intacte montrait à gauche les rangées claires de ses petites lampes. Et, au fond de sa chambre éventrée, on apercevait la machine, assise carrément sur son massif de maçonnerie : les cuivres luisaient, les gros membres d'acier avaient un air de muscles indestructibles, l'énorme bielle, repliée en l'air, ressemblait au puissant genou d'un géant, couché et tranquille dans sa force.

 

    M. Hennebeau, au bout de cette heure de répit, sentit l'espoir renaître. Le mouvement des terrains devait être terminé, on aurait la chance de sauver la machine et le reste des bâtiments. Mais il défendait toujours qu'on s'approchât, il voulait patienter une demi- heure encore. L'attente devint insupportable, l'espérance redoublait l'angoisse, tous les cœurs battaient. Une nuée sombre, grandie à l'horizon, hâtait le crépuscule, une tombée de jour sinistre sur cette épave des tempêtes de la terre. Depuis sept heures, on était là, sans remuer, sans manger.

 

    Et, brusquement, comme les ingénieurs s'avançaient avec prudence, une suprême convulsion du sol les mit en fuite. Des détonations souterraines éclataient, toute une artillerie monstrueuse canonnant le gouffre. A la surface, les dernières constructions se culbutaient, s'écrasaient. D'abord, une sorte de tourbillon emporta les débris du criblage et de la salle de recette. Le bâtiment des chaudières creva ensuite, disparut. Puis, ce fut la tourelle carrée où râlait la pompe d'épuisement, qui tomba sur la face, ainsi qu'un homme fauché par un boulet. Et l'on vit alors une effrayante chose, on vit la machine, disloquée sur son massif, les membres écartelés, lutter contre la mort : elle marcha, elle détendit sa bielle, son genou de géante, comme pour se lever ; mais elle expirait, broyée, engloutie. Seule, la haute cheminée de trente mètres restait debout, secouée, pareille à un mât dans l'ouragan. On croyait qu'elle allait s'émietter et voler en poudre, lorsque, tout d'un coup, elle s'enfonça d'un bloc, bue par la terre, fondue ainsi qu'un cierge colossal ; et rien ne dépassait, pas même la pointe du paratonnerre. C'était fini, la bête mauvaise, accroupie dans ce creux, gorgée de chair humaine, ne soufflait plus de son haleine grosse et longue. Tout entier, le Voreux venait de couler à l'abîme. 

 

 

    Germinal - Emile Zola - Septième partie - chapitre 3

Commentaire composé

I. Une mise en scène dramatique

a) La description de l’horreur

Le passage devient de plus en plus dramatique, la scène de plus en plus dangereuse. Zola utilise des métaphores pour décrire l’horreur de la scène d’une façon très impressive :  “au milieu de la pluie des briques”, “une cage était restée pendue, un bout de câble arraché flottait”, “puis, il y avait une bouillie de berlines, de dalles de fonte, d'échelles.” Zola utilise de l’ironie pour renforcer l’horreur de la scène : “Le mouvement des terrains devait être terminé, on aurait la chance de sauver la machine et le reste des bâtiments”. Ici M Hennebeau et d’autres hommes pensent peut-être avoir la “chance” de récupérer la machine et les bâtiments ce qui est est très ironique car des centaines d’ouvriers viennent juste de mourir à cause de celle-ci, alors que l'attention du lecteur est focalisé sur le bien être de la machine. Vers la fin du texte la machine représente l’horreur qu’ont vécue les mineurs: “elle marcha, elle détendit sa bielle, son genou de géante, comme pour se lever ; mais elle expirait, broyée, engloutie.” Ce passage est très émouvant car cela montre l’homme qui essaye de s’agripper à la vie  mais qui finit “englouti” dans l'obscurité de la mine mais aussi de la mort.

 

b) Le côté théâtral 

Les termes utilisés pour la mise en scène de cet accident font penser à un spectacle, ce qui est choquant car on s’extasie devant la machine alors que des mineurs sont en train de mourir : “On ne criait plus, le cercle élargi des spectateurs regardait.” Les ouvriers sont impatients et angoisses de savoir s'ils pourront sauver la machine ou non: “l'espérance redoublait l'angoisse” dans le dernier paragraphe Zola représente une scène de bataille dans laquelle les matériaux se font massacrer : “Le bâtiment des chaudières creva ensuite, disparut.”, “Puis, ce fut la tourelle carrée où râlait la pompe d'épuisement, qui tomba sur la face, ainsi qu'un homme fauché par un boulet.”: Ce passage montre que l’homme n’a pas d’importance par rapport à la machine ce qui symbolise le fait que pour Zola, certains hommes ne donnent de l’importance qu’à ce qui est matériel et sans vie comme l’argent.

 

c) Le vocabulaire technique 

Zola crée une scène réaliste grâce à tout le vocabulaire technique utilisé pour la description, ce qui est caractéristique de l’écriture naturaliste. Ainsi le lecteur croit vivre la scène :  “Sous les poutres en tas du criblage, on distinguait les culbuteurs fracassés, les trémies crevées et tordues” La précision des détails renforce le caractère réaliste de ce passage et montre la passion de Zola pour la technique industrielle.

 

 

II. Une scène épique et fantastique

a) Un combat épique

Zola introduit le passage avec le champ lexical de la guerre pour décrire l’explosion d’une machine : “Pendant une heure, le Voreux resta ainsi, entamé, comme bombardé par une armée de barbares.”, “  M. Hennebeau, au bout de cette heure de répit, sentit l'espoir renaître.” “Et, brusquement, comme les ingénieurs s'avançaient avec prudence, une suprême convulsion du sol les mit en fuite”ce passage laisse penser que le “combat” entre les ingénieurs et la machine recommence, les combats sont cette fois menés par l’artillerie et par des explosions : “Des détonations souterraines éclataient, toute une artillerie monstrueuse canonnant le gouffre.” La prochaine phrase laisse penser que la situation est dramatique pour ceux qui sont contre la machine car :”A la surface, les dernières constructions se culbutaient, s'écrasaient.” Cela montre qu’il n’y à plus d’espoirs car les bâtiments symbolisent les soldats du camps opposé à la machine.

 

b) La personnification de la machine

La machine est personnifiée, ce qui lui donne un caractère humain :  “Et, au fond de sa chambre éventrée, on apercevait la machine, assise carrément sur son massif de maçonnerie”.

“Puis, ce fut la tourelle carrée où râlait la pompe d'épuisement, qui tomba sur la face” La machine représente les mineurs qui luttent contre la mort : “Et l'on vit alors une effrayante chose, on vit la machine, disloquée sur son massif, les membres écartelés, lutter contre la mort”

 

c) La métamorphose fantastique

 

Au fur et à mesure que la machine se détruit, celle-ci est décrite comme une créature fantastique qui devient de plus en plus monstrueuse :  “l'énorme bielle, repliée en l'air, ressemblait au puissant genou d'un géant, couché et tranquille dans sa force.” La fin du texte est marquée par la mort symbolique du monstre qui est la machine : “C'était fini, la bête mauvaise, accroupie dans ce creux, gorgée de chair humaine, ne soufflait plus de son haleine grosse et longue. Tout entier, le Voreux venait de couler à l'abîme.” Cela marque la fin de la lutte pour la vie de la machine mais surtout des mineurs qui ont étés massacrés par la société. Ce texte prend alors une dimension mythologique car la mine broie les ouvriers comme les monstres des tragédies antiques.


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