Lecture analytique de Gustave FLAUBERT, L'Education sentimentale, la rencontre avec Louise

Lecture analytique de Gustave FLAUBERT, L'Education sentimentale, la rencontre avec Louise

Photo by roya ann miller on Unsplash
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Texte

Après un séjour à Paris, un jeune homme, Frédéric, environ 28 ans, retrouve Louise, une jeune provinciale, de douze ans sa cadette. 

 

Ils se connaissent depuis longtemps et les familles les considèrent comme "fiancés". 

En moins d'un an, il s'était fait dans la jeune fille une transformation extraordinaire qui étonnait Frédéric. 

Après une minute de silence, il ajouta : 

 

Nous devrions nous tutoyer, comme autrefois ; voulez-vous ? 

 

Non. 

 

Pourquoi ? 

 

Parce que ! 

 

Il insistait. Elle répondit, en baissant la tête : 

 

Je n'ose pas ! 

 

Ils étaient arrivés au bout du jardin, sur la grève du Livon. Frédéric, par gaminerie, se mit à faire des ricochets avec un caillou. 

 

Elle lui ordonna de s'asseoir. Il obéit ; puis, en regardant la chute d'eau : 

 

C'est comme le Niagara ! 

 

Il vint à parler des contrées lointaines et de grands voyages. L'idée d'en faire la charmait. Elle n'aurait eu peur de rien, ni des tempêtes, ni des lions. 

 

Assis, l'un près de l'autre, ils ramassaient devant eux des poignées de sable, puis les faisaient couler de leurs mains tout en causant ; -et le vent chaud qui arrivait des plaines leur apportait par bouffées des senteurs de lavande, avec le parfum du goudron s'échappant d'une barque, derrière l'écluse. 

 

Le soleil frappait la cascade ; les blocs verdâtres du petit mur où l'eau coulait apparaissaient comme sous une gaze d'argent se déroulant toujours. 

 

Une longue barre d'écume rejaillissait au pied en cadence. Cela formait ensuite des bouillonnements, des tourbillons, mille courants opposés, et qui finissaient par se confondre en une seule nappe limpide. 

 

Louise murmura qu'elle enviait l'existence des poissons. 

 

Ça doit être si doux de se rouler là-dedans, à son aise, de se sentir caressé partout. 

 

Et elle frémissait, avec des mouvements d'une câlinerie sensuelle. 

 

 

 

Gustave FLAUBERT, L'Education sentimentale (1869). 

Lecture analytique

C'est une scène de séduction très sensuelle. Le couple fait preuve d'une certaine puérilité, en se livrant à des jeux enfantins. Louise est timide c'est qui lui donne encore plus de charme aux yeux de Frédéric qui est troublé et fait des ricochets pour cacher son embarras. Le ridicule et l'exagération des rêves qu'ils évoquent montre à quel point Flaubert se moque du romantisme qu'il tourne en ridicule : « elle n’aurait eu peur de rien, ni des tempêtes, ni des lions ». La phrase :  « Ça doit être si doux de se rouler là-dedans, à son aise, de se sentir caressé partout. » est à double sens et montre la grande sensualité de la jeune fille. La « minute de silence » observée par Frédéric montre l'ironie du narrateur qui se moque gentiment de son personnage immédiatement tombé sous le charme de Louise. Le cadre bucolique et la chaleur participent à créer ce climat de sensualité. Les sensations agréables et les parfums nombreux mettent tous leurs sens en éveil. Les phrases : « Le soleil frappait la cascade ; les blocs verdâtres du petit mur où l'eau coulait apparaissaient comme sous une gaze d'argent se déroulant toujours. Une longue barre d'écume rejaillissait au pied en cadence. Cela formait ensuite des bouillonnements, des tourbillons, mille courants opposés, et qui finissaient par se confondre en une seule nappe limpide. » font une description de l’acte sexuel à peine voilée.


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