Lecture analytique de Gustave FLAUBERT, L'Education sentimentale, chapitre 5, la rencontre avec Louise

Lecture analytique de Gustave FLAUBERT, L'Education sentimentale, chapitre 5, la rencontre avec Louise

Photo by roya ann miller on Unsplash
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Texte

Après un séjour à Paris, un jeune homme, Frédéric, environ 28 ans, retrouve Louise, une jeune provinciale, de douze ans sa cadette. 

 

Ils se connaissent depuis longtemps et les familles les considèrent comme "fiancés". 

 

En moins d'un an, il s'était fait dans la jeune fille une transformation extraordinaire qui étonnait Frédéric. 

Après une minute de silence, il ajouta : 

 

Nous devrions nous tutoyer, comme autrefois ; voulez-vous ? 

 

Non. 

 

Pourquoi ? 

 

Parce que ! 

 

Il insistait. Elle répondit, en baissant la tête : 

 

Je n'ose pas ! 

 

Ils étaient arrivés au bout du jardin, sur la grève du Livon. Frédéric, par gaminerie, se mit à faire des ricochets avec un caillou. 

 

Elle lui ordonna de s'asseoir. Il obéit ; puis, en regardant la chute d'eau : 

 

C'est comme le Niagara ! 

 

Il vint à parler des contrées lointaines et de grands voyages. L'idée d'en faire la charmait. Elle n'aurait eu peur de rien, ni des tempêtes, ni des lions. 

 

Assis, l'un près de l'autre, ils ramassaient devant eux des poignées de sable, puis les faisaient couler de leurs mains tout en causant ; -et le vent chaud qui arrivait des plaines leur apportait par bouffées des senteurs de lavande, avec le parfum du goudron s'échappant d'une barque, derrière l'écluse. 

 

Le soleil frappait la cascade ; les blocs verdâtres du petit mur où l'eau coulait apparaissaient comme sous une gaze d'argent se déroulant toujours. 

 

Une longue barre d'écume rejaillissait au pied en cadence. Cela formait ensuite des bouillonnements, des tourbillons, mille courants opposés, et qui finissaient par se confondre en une seule nappe limpide. 

 

Louise murmura qu'elle enviait l'existence des poissons. 

 

Ça doit être si doux de se rouler là-dedans, à son aise, de se sentir caressé partout. 

 

Et elle frémissait, avec des mouvements d'une câlinerie sensuelle. 

 

 

 

Gustave FLAUBERT, L'Education sentimentale (1869). 


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