Lecture analytique sur La chanson de Roland de Turold, La mort de Roland

Lecture analytique sur La chanson de Roland de Turold, La mort de Roland

Photo by Henry Hustava on Unsplash
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Texte

La mort de Roland

 

 

    134

Le comte Roland, avec peine et souffrance,

A grande douleur sonne son olifant.

Le sang jaillit, clair, par la bouche :

De son cerveau la tempe se rompt.

Du cor qu'il tient le son porte très loin

Charles l'entend au passage des cols,

Naimes l'entendit, et les Français l'écoutent.

Le roi déclare : "J'entends le cor de Roland !

Il ne l'aurait jamais sonné s'il n'avait pas eu à se battre."

Ganelon répond : "Pas du tout, il n'y a pas de bataille ! 

Vous êtes bien vieux, votre chef est fleuri et blanc ;

Par de tels mots, vous ressemblez à un enfant.

Vous connaissez fort bien le grand orgueil de Roland ; 

On est surpris que Dieu le tolère si longtemps.

Déjà il prit Noples sans votre ordre :

Les Sarrasins de la ville firent une sortie,

Livrèrent bataille au bon vassal Roland

Il fit laver alors son épieu avec de l'eau

Pour que leur sang répandu ne se vît pas.

Pour un seul lièvre, il sonne le cor à longueur de journée. 

En ce moment, il fait de l'effet devant ses pairs. 

Personne au monde n'oserait engager le combat avec lui. 

Chevauchez donc ! Pourquoi vous arrêter ?

Elle est bien loin devant nous, la Terre des Aïeux."

    135

Le comte Roland a la bouche sanglante ;

De son cerveau la tempe est rompue.

Avec douleur et peine il sonne l'olifant. 

Charles l'entendit, et ses Français l'écoutent.

Le roi déclare : "Ce cor a longue haleine !"

"Un chevalier y met toutes ses forces, répond le duc Naimes. 

A mon avis, il est en train de se battre,

Et celui-là l'a trahi qui vous demande de ne rien y faire. 

Armez-vous donc, poussez votre cri de guerre,

Et secourez vos nobles et proches vassaux ;

Vous entendez bien que Roland se lamente !"

    136

L'empereur a fait sonner ses cors,

Les Francs descendent de cheval et s'arment 

D'épées dorées, de hauberts et de heaumes ;

Leurs écus sont beaux, leurs épieux grands et forts, 

Leurs gonfanons blancs, vermeils et bleus.

Tous les barons de l'armée montent sur leurs destriers, 

Piquent fort des deux en traversant les cols. 

II n'est pas un qui ne dise à l'autre : 

"Si nous pouvions revoir Roland avant sa mort, 

Nous frapperions avec lui de grands coups." 

Mais à quoi bon ? Ils ont trop tardé.

 

 

Turold, La chanson de Roland

Lecture analytique

Le récit épique de la chanson de Roland narre les victoires de l’empereur Charlemagne trois siècles après ses campagnes militaires. Dans ce passage on voit la trahison de Ganelon qui essaye de faire croire à Charlemagne que Roland n'a pas besoin d’aide. En effet Roland a sonné du corps au prix de sa vie puisqu'il souffle si fort qu'il s'en fait éclater la cervelle. Évidemment les exagérations sont typiques de la chanson de geste, et servent à souligner la valeur et le courage des héros. Ganelon le traître ose mentir à Charlemagne et tente de le faire passer pour un vieux sénile : « Vous êtes bien vieux, votre chef est fleuri et blanc ; Par de tels mots, vous ressemblez à un enfant. » ce qui est un crime de haute trahison. L'empereur veut courir au secours de Roland et Olivier mais se heurte à la résistance du félon. Ganelon renchérit en prétextant que Roland est trop orgueilleux pour demander de l’aide, et n'hésite pas à jurer en prenant Dieu à parti : « Vous connaissez fort bien le grand orgueil de Roland ; On est surpris que Dieu le tolère si longtemps. » Ganelon le traître commet donc plusieurs péché mortels.

 

Par opposition au traître Ganelon, Roland le héros fait figure de saint car il se sacrifie par sa mort courageuse. Le narrateur insiste fortement sur les détails sanglants de sa blessure : « Le comte Roland a la bouche sanglante ; De son cerveau la tempe est rompue. » Le registre épique s’appuie également sur la description des armes rutilantes des soldats de Charlemagne qui sont présentées comme des instruments de la justice avec un vocabulaire très mélioratif. Le duc Naimes démasque le traître Ganelon mais l'armée de Charlemagne arrivera trop tard pour les sauver.


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Commentaires: 1
  • #1

    Paul Gosselin (lundi, 08 octobre 2018 16:49)

    Bonjour,

    Je veux juste signaler la mise en ligne d'un classique assez légendaire de la littérature française soit le poème épique du 11e siècle, La Chanson de Roland (en format Ebook-PDF GRATUIT). Caprice de l'éditeur, la mise en page rappelle le 16e siècle. Si le texte original rédigé dans le français ancien serait illisible pour tous sauf une poignée d'érudits sur chaque continent, ce Ebook s'appuie sur une traduction en français moderne. On le retrouve au catalogue des Ebooks du site Samizdat, ici:

    http://www.samizdat.qc.ca/Ebooks/

    Bonne lecture!