Commentaire composé sur la Maxime 504 de La Rochefoucauld sur la mort

Commentaire composé sur la Maxime 504 de La Rochefoucauld sur la mort

Photo by Fineas Gavre on Unsplash
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Texte

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La nécessité de mourir faisait toute la constance des philosophes. Ils croyaient qu'il fallait aller de bonne grâce où l'on ne saurait s'empêcher d'aller; et, ne pouvant éterniser leur vie, il n'y avait rien qu'ils ne fissent pour éterniser leur réputation, et sauver du naufrage ce qui n'en peut être garanti. Contentons-nous pour faire bonne mine de ne nous pas dire à nous-mêmes tout ce que nous en pensons, et espérons plus de notre tempérament que de ces faibles raisonnements qui nous font croire que nous pouvons approcher de la mort avec indifférence. La gloire de mourir avec fermeté, l'espérance d'être regretté, le désir de laisser une belle réputation, l'assurance d'être affranchi des misères de la vie, et de ne dépendre plus des caprices de la fortune, sont des remèdes qu'on ne doit pas rejeter. Mais on ne doit pas croire aussi qu'ils soient infaillibles. Ils font pour nous assurer ce qu'une simple haie fait souvent à la guerre pour assurer ceux qui doivent approcher d'un lieu d'où l'on tire. Quand on en est éloigné, on s'imagine qu'elle peut mettre à couvert; mais quand on en est proche, on trouve que c'est un faible secours. C'est nous flatter, de croire que la mort nous paraisse de près ce que nous en avons jugé de loin, et que nos sentiments, qui ne sont que faiblesse, soient d'une trempe assez forte pour ne point souffrir d'atteinte par la plus rude de toutes les épreuves. C'est aussi mal connaître les effets de l'amour-propre, que de penser qu'il puisse nous aider à compter pour rien ce qui le doit nécessairement détruire, et la raison, dans laquelle on croit trouver tant de ressources, est trop faible en cette rencontre pour nous persuader ce que nous voulons. C'est elle au contraire qui nous trahit le plus souvent, et qui, au lieu de nous inspirer le mépris de la mort, sert à nous découvrir ce qu'elle a d'affreux et de terrible. Tout ce qu'elle peut faire pour nous est de nous conseiller d'en détourner les yeux pour les arrêter sur d'autres objets. Caton et Brutus en choisirent d'illustres. Un laquais se contenta il y a quelque temps de danser sur l'échafaud où il allait être roué. Ainsi, bien que les motifs soient différents, ils produisent les mêmes effets.

Commentaire composé

Les Maximes de La Rochefoucauld

 

504 « La mort » 

(De « La nécessité de mourir » à « les mêmes effets »)

 

 

Puisque la mort est liée à la condition humaine, il faut comprendre la place que La Rochefoucauld donne à la mort et la place qu’il se donne en tant que moraliste face à la mort.

La Rochefoucauld passe de la théorie à la pratique.

 

Puisqu’on ne peut éviter la mort, on invente des ruses pour la mépriser, mais plus on méprise ce qu’on ne connaît pas, plus on a peur de le connaître à cause de l’imagination.

La Rochefoucauld dit qu’il ne faut pas se cacher que la mort c’est le plus grand de tous les maux. Son remède c’est de prendre tous les remèdes en sachant qu’ils ne sont que des remèdes et qu’on va quand même mourir. 

 

Notre problème face à la mort c’est qu’elle détruit l’amour-propre, et que l’amour-propre est le fond de tout.

 

La raison ne fait que nous renvoyer notre horreur au lieu de proposer des secours.

 

Si on pose qu’il y a des lois qui nous dépassent, si on les connaît, on n’a qu’à les suivre et c’est très sécurisant.

 

 

L’image de la haie est emblématique de la démarche de La Rochefoucauld : il oppose une représentation à une autre et dénonce ainsi la disproportion entre la faiblesse de nos secours et la réalité effective de la mort. En refusant les raisonnements aveugles La Rochefoucauld nous invite à un aveuglement raisonné.


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