Commentaire composé sur Les Maximes 15 à 21 de La Rochefoucauld, La clémence

Commentaire composé sur Les Maximes 15 à 21 de La Rochefoucauld, La clémence

Photo by Candice Seplow on Unsplash
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Texte

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La clémence des princes n'est souvent qu'une politique pour gagner l'affection des peuples. 
  
 

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Cette clémence dont on fait une vertu se pratique tantôt par vanité, quelquefois par paresse, souvent par crainte, et presque toujours par tous les trois ensemble. 
  
 

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La modération des personnes heureuses vient du calme que la bonne fortune donne à leur humeur. 
  
 

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La modération est une crainte de tomber dans l'envie et dans le mépris que méritent ceux qui s'enivrent de leur bonheur; c'est une vaine ostentation de la force de notre esprit; et enfin la modération des hommes dans leur plus haute élévation est un désir de paraître plus grands que leur fortune. 
  
 

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Nous avons tous assez de force pour supporter les maux d'autrui. 
  
 

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La constance des sages n'est que l'art de renfermer leur agitation dans le coeur. 
  
 

--- 21 --- 
  
 

Ceux qu'on condamne au supplice affectent quelquefois une constance et un mépris de la mort qui n'est en effet que la crainte de l'envisager. De sorte qu'on peut dire que cette constance et ce mépris sont à leur esprit ce que le bandeau est à leurs yeux. 

Commentaire composé

Les Maximes de La Rochefoucauld

 

15 à 21 « La clémence »

 

Introduction

La Rochefoucauld prend ici pour cible 3 de ses vertus. La vertu est une force, donc un courage, qui se manifeste par un effort poussé jusqu’à l’héroïsme pour résister à l’entraînement des passions et s’élever au dessus du commun des mortels et du sort.

La clémence c’est le pardon que pouvaient s’octroyer les grands grâce à leur statut, mais seul Dieu pardonne, donc le pardon peut être fautif et il faut trouver autre chose pour le remplacer.

La clémence consiste à effacer la petitesse de la faute par la grandeur de la punition.

 

  1. Une technique d’ébranlement

Les phrases au présent gnomique posent un état.

 

M 15 « La clémence des princes n’est souvent qu’une politique pour gagner l’affection des peuples » : la négation restrictive rabaisse la clémence au rang de simple stratagème malhonnête et déloyal. Le « ne…que » est déceptif.

 

Dans les M 15-16 il y a un processus de décomposition « La clémence des princes n’est souvent qu’une politique pour gagner l’affection des peuples » / « Cette clémence dont on fit une vertu se pratique tantôt par vanité, quelquefois par paresse, souvent par crainte, et presque toujours par tous les trois ensemble. ».

 

Mais c’est le contraire dans les M 17-18 où il définit les gens concernés : « La modération des personnes heureuses vient du calme que la bonne fortune donne à leur humeur. » / « La modération est une crainte de tomber dans l'envie et dans le mépris que méritent ceux qui s'enivrent de leur bonheur; c'est une vaine ostentation de la force de notre esprit; et enfin la modération des hommes dans leur plus haute élévation est un désir de paraître plus grands que leur fortune. » Pour déposséder l’homme de sa responsabilité, La Rochefoucauld fait référence aux humeurs et à la fortune, c’est un moyen de ne pas s’attirer la colère du lecteur.

Dans les M 20-21 il fait un approfondissement de son raisonnement logique : « La constance des sages n'est que l'art de renfermer leur agitation dans le coeur. » / « Ceux qu'on condamne au supplice affectent quelquefois une constance et un mépris de la mort qui n'est en effet que la crainte de l'envisager. De sorte qu'on peut dire que cette constance et ce mépris sont à leur esprit ce que le bandeau est à leurs yeux. ». On passe de l’art de renfermer leur agitation dans le cœur à une conduite qui ne serait que la craint d’envisager cette peur qui donne l’idée de la métaphore du bandeau par analogie.

La M 19 crée une rupture de fond et de forme « Nous avons tous assez de force pour supporter les maux d’autrui » la nature de l’homme c’est d’être indifférent aux malheurs des autres, s’il plaint ses amis c’est parce que lui-même ne souffre pas, donc cela ne nécessite pas d’avoir de la force.

Cette maxime paraît indépendante.

 

De la diversification on arrive au dévoilement. La technique de démythification de la clémence c’est le procédé de gonflement-dégonflement. 

 

  1. Quelle vision de l’homme ?

Il se dégage l’idée d’un homme sous influence.

La clémence est réduite à une politique, alors que pour Sénèque et Corneille c’est une vertu morale.

 

La faiblesse est pour La Rochefoucauld doublée de la paresse.

La paresse renvoie aux humeurs (trafics physiologiques du corps) l’homme n’est pas responsable et on ne peut corriger l’homme que sur ce dont il est responsable.

Et la crainte renvoie à la faiblesse.

La vanité renvoie à l’amour-propre et ça on peut alors le corriger.

La modération requiert une réelle maîtrise.

On arrive à un écart maximal entre la mesure et la démesure à cause de la vanité.

 

Bonne fortune et humeurs sont les deux déterminismes qui régissent le comportement humain pour La Rochefoucauld. Il pose la question de la responsabilité de l’homme.

On trouve trois fois le mot craint : ce n’est pas toujours une crainte négative si elle entraîne du positif.

 

 

La clémence et la modération se résument à un désir de paraître La Rochefoucauld est impitoyable, surtout dans la M 19 « Nous avons tous assez de force pour supporter les maux d’autrui ».


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