Commentaire composé sur les Maximes 232 à 233 de La Rochefoucauld sur les afflictions

Commentaire composé sur les Maximes 232 à 233 de La Rochefoucauld sur les afflictions

Photo by Milada Vigerova on Unsplash
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Texte

--- 232 --- 
  
 

Quelque prétexte que nous donnions à nos afflictions, ce n'est souvent que l'intérêt et la vanité qui les causent. 

 

--- 233 --- 
  
 

Il y a dans les afflictions diverses sortes d'hypocrisie. Dans l'une, sous prétexte de pleurer la perte d'une personne qui nous est chère, nous nous pleurons nous-mêmes; nous regrettons la bonne opinion qu'il avait de nous; nous pleurons la diminution de notre bien, de notre plaisir, de notre considération. Ainsi les morts ont l'honneur des larmes qui ne coulent que pour les vivants. Je dis que c'est une espèce d'hypocrisie, à cause que dans ces sortes d'afflictions on se trompe soi-même. Il y a une autre hypocrisie qui n'est pas si innocente, parce qu'elle impose à tout le monde: c'est l'affliction de certaines personnes qui aspirent à la gloire d'une belle et immortelle douleur. Après que le temps qui consume tout a fait cesser celle qu'elles avaient en effet, elles ne laissent pas d'opiniâtrer leurs pleurs, leurs plaintes, et leurs soupirs; elles prennent un personnage lugubre, et travaillent à persuader par toutes leurs actions que leur déplaisir ne finira qu'avec leur vie. Cette triste et fatigante vanité se trouve d'ordinaire dans les femmes ambitieuses. Comme leur sexe leur ferme tous les chemins qui mènent à la gloire, elles s'efforcent de se rendre célèbres par la montre d'une inconsolable affliction. Il y a encore une autre espèce de larmes qui n'ont que de petites sources qui coulent et se tarissent facilement: on pleure pour avoir la réputation d'être tendre, on pleure pour être plaint, on pleure pour être pleuré; enfin on pleure pour éviter la honte de ne pleurer pas. 

Commentaire composé

Les Maximes de La Rochefoucauld

 

232 à 233 « Les afflictions »

 

 

 

Au 17ème siècle affliction = toute peine morale.

Fatigante = pénible pour soi et pour les autres.

 

On a l’impression qu’à la fin de la M 232 tout est dit : Quelque prétexte que nous donnions à nos afflictions, ce n'est souvent que l'intérêt et la vanité qui les causent. Mais La Rochefoucauld reprend cette idée et la développe dans la longue M 233.

 

Ici l’hypocrisie c’est de se tromper soi-même.

 

Le moraliste éclaire un mécanisme même si lui- même en est l’objet.

 

Les pour de la dernière phrase donnent un mouvement qui met en relief notre machiavélisme : on pleure pour avoir la réputation d'être tendre, on pleure pour être plaint, on pleure pour être pleuré ; enfin on pleure pour éviter la honte de ne pleurer pas. 

Le pour nous rend responsables, comme le elles s’efforcent de qui implique un travail.

 

Le jeu social fait postuler qu’il faut des larmes : pour éviter la honte de ne pleurer pas

Ou on n’est pas affligé parce qu’on n’a pas à l’être, ou on est indifférent. L’indifférence de La Rochefoucauld est une question qu’on peut se poser. Est-ce que pour lui la honte c’est d’être indifférent ou d’être hypocrite ?

C’est la société qui force les indifférents à être hypocrites, mais qu’est-ce qui est pire que l’indifférence ?

Qu’on pleure ou pas on est fautif.

Le moraliste dit qu’il n’y a pas de compassion.

 

La vraie douleur existe pourtant. Mais à partir du moment où les douleurs ne sont pas éternelles, ça veut dire que même les sentiments les plus forts sont mortels.

 

 

La Rochefoucauld montre que quand on n’a pas la valeur morale on prend l’esthétique.


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