Heredia, La Dogaresse, texte et commentaire composé

Heredia, La Dogaresse, texte et commentaire composé

Poème

La dogaresse

 

 

Le palais est de marbre où, le long des portiques,

Conversent des seigneurs que peignit Titien, 

Et les colliers massifs au poids du marc ancien

Rehaussent la splendeur des rouges dalmatiques.

 

Ils regardent au fond des lagunes antiques,

De leurs yeux où reluit l'orgueil patricien,

Sous le pavillon clair du ciel vénitien 

Étinceler l'azur des mers Adriatiques.

 

Et tandis que l'essaim brillant des Cavaliers 

Traîne la pourpre et l'or par les blancs escaliers

Joyeusement baignés d'une lumière bleue,

 

Indolente et superbe, une Dame, à l'écart,

Se tournant à demi dans un flot de brocart,

Sourit au négrillon qui lui porte la queue.

 

 

José-Maria de Heredia, Les Trophées, 1893

 

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