Le thème de l’amour dans Le Songe d'une nuit d'été de Shakespeare

Le thème de l’amour dans Le Songe d'une nuit d'été de Shakespeare

Photo by freestocks.org on Unsplash
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Dans la pièce de William Shakespeare intitulée Le Songe d'une nuit d'été, le thème de l'amour est intimement lié à celui de la folie. Dans le théâtre de Shakespeare, la folie tient une place prépondérante et le fou est celui qui dit toujours la vérité. Dans Le Songe d'une nuit d'été, l'amour est ainsi présenté comme la cause mais aussi le remède à tous les problèmes. L'amour passionnel fait souffrir dans la pièce de Shakespeare qui lui attribue des pouvoir magiques dont le peuple des fées est une allégorie. L'amour est ce qui transcende la réalité humaine et la rend à la fois douloureuse et supportable, car sans amour, quel serait le moteur de la vie ? Les récits enchâssés et le théâtre dans le théâtre dans Le Songe d'une nuit d'été montrent grâce au procédé de la mise en abîme que quelle que soit sa position sociale (aristocratie, noblesse, petit peuple des acteurs, dieux ou lutins féériques), on a besoin de l'amour pour donner un sens à sa vie. Toutefois, l'amour peut se révéler une prison dont on n'a pas réellement envie de s'extraire ; c'est le cas pour Héléna qui ne renonce pas à sa passion pour Démétrius qui la maltraite et qu'elle supplie pourtant de continuer à la traiter comme un chien ! Cette image de l'amour-prison à la fois redouté et follement désiré sera reprise par Stendhal dans La Chartreuse de Parme lorsque Fabrice décrit sa prison comme un hôtel de luxe car ses perceptions sont altérées par son amour romantique et la proximité de celle qu'il aime. La forêt apparaît dans Le songe d’une nuit d’été comme le lieu où les personnages se perdent pour mieux se retrouver, au sens propre comme au figuré. La pièce de Shakespeare donne une vision baroque de l’amour, toujours en mouvement, où les fantasmes pervers appartenant à la nuit d’été, le royaume des songes, sont rachetés par d’heureux mariages diurnes décidés par Thésée à l'acte IV scène 1 : «  Car dans le temple, tout à l'heure, en même temps que nous, ces couples seront unis pour l'éternité».

 

Dès l’acte I scène 1 du Songe d’une nuit d’été, l’amour est assimilé à une malediction par Égée :« Cet homme a ensorcelé le cœur de mon enfant », un sortilège qui vient contrarier la volonté et l’orgueil démesuré des hommes : « Pour vous, votre père doit être comme un dieu ». Lysandre précise que « dans les contes ou dans l’Histoire, l’amour n’a jamais eu un cours facile ». De plus, l’amour pousse les hommes à l’idolâtrie : « il divague, idolâtrant les yeux d’Hermia », et à l’inconstance (thème baroque) :  « Parce que, dans son choix, il se leurre souvent [...] ainsi le jeune garçon amour se parjure partout ». Dans l’acte II scène 1, le thème de l’infidélité est transposé chez les dieux avec la querelle conjugale entre Titania et Obéron : « votre belliqueuse amante, à Thesée doit être mariée ». Du côté des mortels, Héléna décrit Démétrius comme un « aimant au cœur dur », filant la métaphore du métal qui attire et blesse à la fois, et dans cette guerre hommes et femmes ne se battent pas à armes égales : « Nous ne pouvons pas nous battre par amour, comme les hommes : nous devons être courtisées, et ne sommes pas faites pour courtiser ». L’acte II scène 2 développe le thème du désir, d’abord chez Lysandre dont Hermia peine à repousser les avances pressantes émaillées de lieux communs amoureux qui amènent le lecteur à douter de sa sincérité : « Amen, je dis amen à cette belle prière, et que ma vie finisse avec ma fidélité ». Ensuite avec l’utilisation du nectar qui déplace l’amour de Lysandre vers Héléna, ce qui donne lieu à une parodie d’amour courtois : « Et toi, tout mon être, Consacre ton amour et ton pouvoir entier à honorer Hélène et à être son chevalier ». L’acte III scène 1 donne à Titania un fantasme zoophile avec la métamorphose de Bottom en âne, animal étant réputé avoir le plus grand phallus : « la lune, il me semble, regarde d’un œil humide ; et quand elle pleure, pleure la moindre petite fleur, se lamentant sur quelques chasteté violée. » Shakespeare utilise la litote pour masquer un érotisme sauvage et dérangeant. À l’acte III scène 2, L’amour devient un jeu de dupes ou Helena pense être abusée par Lysandre tombé amoureux d’elle par magie : « Vous poussez trop loin votre perfidie. Quand la vérité tue la vérité, c’est une guerre à la fois diabolique sacrée ! ». L’amitié qui liait Héléna et Hermia est également remise en cause : « Et vous voulez déchirer notre amour ancienne, vous joindre à des hommes pour narguer votre pauvre amie ? ». Cet acte III scène 2 voit également le retournement de Lysandre contre Hermia qu’il rejette avec une grande violence : « ton amour ? Va-t’en, Moricaude basanée, va-t’en ! Va-t’en, médecine exécrée, oh ! Potion abhorrée, loin d’ici ! »


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