MONTAIGNE : ESSAIS (I, 23) : DE LA COUTUME, texte et commentaire composé

MONTAIGNE : ESSAIS (I, 23) : DE LA COUTUME, texte et commentaire composé

Texte

MONTAIGNE : ESSAIS (I, 23) : DE LA COUTUME : "LES LOIS DE LA CONSCIENCE" (...) "LA BÊTISE ORDINAIRE DE SON JUGEMENT"

Les lois de la conscience que nous disons naître de nature, naissent de la coutume ; chacun ayant en vénération interne les opinions et moeurs approuvées et reçues autour de lui, ne s'en peut défendre sans remords, ni s'y appliquer sans applaudissement.

Quand ceux de Crète voulaient au temps passé maudire quelqu'un, ils priaient les dieux de l'engager en quelque mauvaise coutume. Mais le principal effet de sa puissance, c'est de nous saisir et empiéter de telle sorte, qu'à peine soit-il en nous de nous ravoir de sa prise et de rentrer en nous, pour discourir et raisonner de ses ordonnances. De vrai, parce que nous les humons avec le lait de notre naissance, et que le visage du monde se présente en cet état à notre première vue, il semble que nous soyons nés à la condition de suivre ce train. Et les communes imaginations, que nous trouvons en crédit autour de nous et infuses en notre âme par la semence de nos pères, il semble que ce soient les générales et naturelles. Par où il advient que ce qui est hors des gonds de coutume, on le croit hors des gonds de raison ; Dieu sait combien déraisonnablement, le plus souvent. Si, comme nous, qui nous étudions, avons appris de faire, chacun qui entendit une juste sentence regardait incontinent par où elle lui appartient en son propre, chacun trouverait que celle-ci n'est pas tant un bon mot, qu'un bon coup de fouet à la bêtise ordinaire de son jugement.

 

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