Commentaire composé sur Molière, Le Malade imaginaire, acte II scène 8

Commentaire composé sur Molière, Le Malade imaginaire, acte II scène 8

Photo by Melan Cholia on Unsplash
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Texte

LOUISON, ARGAN.

LOUISON.- Qu’est-ce que vous voulez, mon papa, ma belle-maman m’a dit que vous me demandez.

ARGAN.- Oui, venez çà. Avancez là. Tournez-vous. Levez les yeux. Regardez-moi. Eh !

LOUISON.- Quoi, mon papa ?

ARGAN.- Là...

LOUISON.- Quoi ?

ARGAN.- N’avez-vous rien à me dire ?

LOUISON.- Je vous dirai, si vous voulez, pour vous désennuyer, le conte de Peau d’âne, ou bien la fable du Corbeau et du renard, qu’on m’a apprise depuis peu.

ARGAN.- Ce n’est pas là ce que je demande.

LOUISON.- Quoi donc ?

ARGAN.- Ah ! rusée, vous savez bien ce que je veux dire.

LOUISON.- Pardonnez-moi, mon papa.

ARGAN.- Est-ce là comme vous m’obéissez ?

LOUISON.- Quoi ?

ARGAN.- Ne vous ai-je pas recommandé de me venir dire d’abord tout ce que vous voyez ?

LOUISON.- Oui, mon papa.

ARGAN.- L’avez-vous fait ?

LOUISON.- Oui, mon papa. Je vous suis venue dire tout ce que j’ai vu.

ARGAN.- Et n’avez-vous rien vu aujourd’hui ?

LOUISON.- Non, mon papa.

ARGAN.- Non ?

LOUISON.- Non, mon papa.

ARGAN.- Assurément ?

LOUISON.- Assurément.

ARGAN.- Oh çà, je m’en vais vous faire voir quelque chose, moi.

Il va prendre une poignée de verges.

LOUISON.- Ah ! mon papa.

ARGAN.- Ah, ah, petite masque, vous ne me dites pas que vous avez vu un homme dans la chambre de votre sœur ?

LOUISON.- Mon papa.

ARGAN.- Voici qui vous apprendra à mentir.

LOUISON se jette à genoux.- Ah ! mon papa, je vous demande pardon. C’est que ma sœur m’avait dit de ne pas vous le dire ; mais je m’en vais vous dire tout.

ARGAN.- Il faut premièrement que vous ayez le fouet pour avoir menti. Puis après nous verrons au reste.

LOUISON.- Pardon, mon papa.

ARGAN.- Non, non.

LOUISON.- Mon pauvre papa, ne me donnez pas le fouet.

ARGAN.- Vous l’aurez.

LOUISON.- Au nom de Dieu, mon papa, que je ne l’aie pas.

ARGAN,  la prenant pour la fouetter.- Allons, allons.

LOUISON.- Ah ! mon papa, vous m’avez blessée. Attendez, je suis morte.

Elle contrefait la morte.

ARGAN.- Holà. Qu’est-ce là ? Louison, Louison. Ah ! mon Dieu ! Louison. Ah ! ma fille ! Ah ! malheureux, ma pauvre fille est morte. Qu’ai-je fait, misérable ? Ah ! chiennes de verges. La peste soit des verges ! Ah ! ma pauvre fille ; ma pauvre petite Louison.

LOUISON.- Là, là, mon papa, ne pleurez point tant, je ne suis pas morte tout à fait.

ARGAN.- Voyez-vous la petite rusée ? Oh çà, çà, je vous pardonne pour cette fois-ci, pourvu que vous me disiez bien tout.

LOUISON.- Ho, oui, mon papa.

ARGAN.- Prenez-y bien garde au moins, car voilà un petit doigt qui sait tout, qui me dira si vous mentez.

LOUISON.- Mais, mon papa, ne dites pas à ma sœur que je vous l’ai dit.

Commentaire composé

Argan n’a aucune autorité sur Louison qui lui tient tête et répond à côté de ses questions ou avec des stichomythies vides de sens.

 

Louison convoque l'imaginaire du conte et de la fable parce qu'elle va raconter des histoires à son père. Les références ce sont soigneusement choisi puisque Peau d'Ane doit échapper à son père par la ruse et que dans la fable « Le corbeau et le renard », le renard raconte des histoires au corbeau pour détourner son attention. On peut donc dire que Louison est rusée comme un renard malgré son apparente candeur.

 

Cette scène est un jeu de dupes : Louison fait la morte et Argan fait semblant de la croire pour mieux la démasquer et parvenir à ses fins. Molière critique au passage l'éducation des filles qui doivent être entièrement soumises à leur père.

Le faux dialogue et le jeu de masques rendent la scène comique. Nous sommes encore ici face à une scène de théâtre dans le théâtre puisque chacun joue un rôle pour l'autre personnage.


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