Andromaque de Racine, acte IV, scène 3, texte et commentaire composé

Commentaire composé sur Andromaque de Racine, acte IV, scène 3

Photo by Quinten de Graaf on Unsplash
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Texte

Racine, Andromaque, acte IV, scène 3

 

HERMIONE

Ne vous suffit-il pas que je l'ai condamné ?

Ne vous suffit-il pas que ma gloire offensée

Demande une victime à moi seule adressée ;

Qu'Hermione est le prix d'un tyran opprimé ;

Que je le hais ; enfin, Seigneur, que je l'aimai ?

Je ne m'en cache point : l'ingrat m'avait su plaire,

Soit qu'ainsi l'ordonnât mon amour ou mon père,

N'importe ; mais enfin réglez-vous là-dessus.

Malgré mes voeux, Seigneur, honteusement déçus,

Malgré la juste horreur que son crime me donne,

Tant qu'il vivra, craignez que je ne lui pardonne.

Doutez jusqu'à sa mort d'un courroux incertain :

S'il ne meurt aujourd'hui, je puis l'aimer demain.

 

ORESTE

Hé bien ! Il faut le perdre, et prévenir sa grâce ;

Il faut... Mais cependant que faut-il que je fasse ?

Comment puis-je sitôt servir votre courroux ?

Quel chemin jusqu'à lui peut conduire mes coups ?

A peine suis-je encore arrivé dans l'Epire,

Vous voulez par mes mains renverser un empire ;

Vous voulez qu'un roi meure, et pour son châtiment

Vous ne donnez qu'un jour, qu'une heure, qu'un moment.

Aux yeux de tout son peuple il faut que je l'opprime !

Laissez-moi vers l'autel conduire ma victime,

Je ne m'en défends plus ; et je ne veux qu'aller

Reconnaître la place où je dois l'immoler.

Cette nuit je vous sers, cette nuit je l'attaque.

 

HERMIONE

Mais cependant, ce jour, il épouse Andromaque.

Dans le temple déjà le trône est élevé ;

Ma honte est confirmée, et son crime achevé.

Enfin qu'attendez-vous ? Il vous offre sa tête :

Sans gardes, sans défense, il marche à cette fête ;

Autour du fils d'Hector il les fait tous ranger ;

Il s'abandonne au bras qui me voudra venger.

Voulez-vous malgré lui prendre soin de sa vie ?

Armez, avec vos Grecs, tous ceux qui m'ont suivie ;

Soulevez vos amis : tous les miens sont à vous.

Il me trahit, vous trompe, et nous méprise tous.

Mais quoi ? déjà leur haine est égale à la mienne :

Elle épargne à regret l'époux d'une Troyenne.

Parlez : mon ennemi ne vous peut échapper,

Ou plutôt il ne faut que les laisser frapper.

Conduisez ou suivez une fureur si belle ;

Revenez tout couvert du sang de l'infidèle ;

Allez : en cet état soyez sûr de mon coeur.

 

ORESTE

Mais, Madame, songez...

 

HERMIONE

          Ah ! C'en est trop, Seigneur.

Tant de raisonnements offensent ma colère.

J'ai voulu vous donner les moyens de me plaire,

Rendre Oreste content ; mais enfin je vois bien

Qu'il veut toujours se plaindre et ne mériter rien.

Partez : allez ailleurs vanter votre constance,

Et me laissez ici le soin de ma vengeance.

De mes lâches bontés mon courage est confus,

Et c'est trop en un jour essuyer de refus.

Je m'en vais seule au temple, où leur hymen s'apprête,

Où vous n'osez aller mériter ma conquête.

La, de mon ennemi je saurai m'approcher :

Je percerai le coeur que je n'ai pu toucher ;

Et mes sanglantes mains, sur moi-même tournées,

Aussitôt, malgré lui, joindront nos destinées ;

Et, tout ingrat qu'il est, il me sera plus doux

 

De mourir avec lui que de vivre avec vous.


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