Commentaire composé sur Molière, L’école des femmes, acte V, scène 4

Commentaire composé sur Molière, L’école des femmes, acte V, scène 4

Photo by Roksolana Zasiadko on Unsplash
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Texte

Molière, L’école des femmes, acte V, scène 4

Agnès, Arnolphe

 

AGNÈS

 

Pourquoi me criez-vous ?

 

ARNOLPHE

 

J’ai grand tort en effet.

 

AGNÈS

 

Je n’entends point de mal dans tout ce que j’ai fait.

 

ARNOLPHE

 

Suivre un galant n’est pas une action infâme ?

 

AGNÈS

 

C’est un homme qui dit qu’il me veut pour sa femme ;

1510 

J’ai suivi vos leçons, et vous m’avez prêché

Qu’il se faut marier pour ôter le péché.

 

ARNOLPHE

 

Oui, mais pour femme moi je prétendais vous prendre,

Et je vous l’avais fait, me semble, assez entendre.

 

AGNÈS

 

Oui, mais à vous parler franchement entre nous,

1515 

Il est plus pour cela, selon mon goût, que vous ;

Chez vous le mariage est fâcheux et pénible,

Et vos discours en font une image terrible :

Mais las ! il le fait lui si rempli de plaisirs,

Que de se marier il donne des désirs.

 

ARNOLPHE

 

Ah, c’est que vous l’aimez, traîtresse.

 

AGNÈS

1520 

Oui je l’aime.

 

ARNOLPHE

 

Et vous avez le front de le dire à moi-même ?

 

AGNÈS

 

Et pourquoi s’il est vrai, ne le dirais-je pas ?

 

ARNOLPHE

 

Le deviez-vous aimer  ? impertinente.

 

AGNÈS

 

Hélas !

 

Est-ce que j’en puis mais ? Lui seul en est la cause,

1525 

Et je n’y songeais pas lorsque se fit la chose.

 

ARNOLPHE

 

Mais il fallait chasser cet amoureux désir.

 

AGNÈS

 

Le moyen de chasser ce qui fait du plaisir ?

 

ARNOLPHE

 

Et ne saviez-vous pas que c’était me déplaire ?

 

AGNÈS

 

Moi, point du tout, quel mal cela vous peut-il faire ?

 

ARNOLPHE

1530 

Il est vrai, j’ai sujet d’en être réjoui,

Vous ne m’aimez donc pas à ce compte ?

 

AGNÈS

 

Vous ?

 

ARNOLPHE

 

Oui.

 

AGNÈS

 

Hélas, non.

 

ARNOLPHE

 

Comment, non ?

 

AGNÈS

 

Voulez-vous que je mente ?

 

ARNOLPHE

 

Pourquoi ne m’aimer pas, Madame l’impudente ?

 

AGNÈS

 

Mon Dieu, ce n’est pas moi que vous devez blâmer ;

1535 

Que ne vous êtes-vous comme lui fait aimer ?

Je ne vous en ai pas empêché, que je pense.

 

ARNOLPHE

 

Je m’y suis efforcé de toute ma puissance ;

Mais les soins que j’ai pris, je les ai perdus tous.

 

AGNÈS

 

Vraiment il en sait donc là-dessus plus que vous ;

1540 

Car à se faire aimer il n’a point eu de peine.

 

ARNOLPHE

 

Voyez comme raisonne et répond la vilaine.

Peste, une précieuse en dirait-elle plus ?

Ah ! je l’ai mal connue, ou ma foi là-dessus

Une sotte en sait plus que le plus habile homme ;

1545 

Puisque en raisonnement votre esprit se consomme,

La belle raisonneuse, est-ce qu’un si long temps

Je vous aurai pour lui nourrie à mes dépens ?

 

AGNÈS

 

Non, il vous rendra tout jusques au dernier double.

 

ARNOLPHE

 

Elle a de certains mots où mon dépit redouble,

1550 

Me rendra-t-il, coquine, avec tout son pouvoir

Les obligations que vous pouvez m’avoir ?

 

AGNÈS

 

 

Je ne vous en ai pas de si grandes qu’on pense.

 


Pour maîtriser les figures de style je vous recommande de lire ce livre


Commentaire composé

I Une scène de conflit

 

Arnolphe et Agnès se disputent suite au choix d’Agnès concernant son mariage. Il n’y a pas d’insultes, ou de menaces dans leurs échanges, en effet ils emploient tous deux un langage soutenu, mais leur échanges et pourtant très violent et les emmènent dans une situation d’incommunicabilité. 

ARNOLPHE

Et vous avez le front de le dire à moi-même ?

AGNÈS

Et pourquoi s’il est vrai, ne le dirais-je pas ?

ARNOLPHE

Le deviez-vous aimer  ? impertinente.

Agnès et Arnolphe n’arrivent pas à communiquer ensemble, chacun condamne l’autre.

Agnès étant persuadée de faire le bon choix en se mariant se rend compte qu’Arnolphe l’a manipulée pendant toute son enfance car il ne l’a éduquée que pour lui-même.

L’aspect comique de la pièce tient au fait qu’Arnolphe se donne du mal tout au long de l’éducation d’Agnès pour se marier avec elle, mais tout son plan se retourne maintenant  contre lui.

AGNÈS

C’est un homme qui dit qu’il me veut pour sa femme ;

J’ai suivi vos leçons, et vous m’avez prêché

Qu’il se faut marier pour ôter le péché.

ARNOLPHE

Oui, mais pour femme moi je prétendais vous prendre,

Et je vous l’avais fait, me semble, assez entendre.

Arnolphe prônait le mariage, espérant qu’Agnès le choisirait comme mari, mais elle décide d’épouser un autre homme.

 

II La métamorphose d’Agnès

 

Arnolphe affirme son pouvoir sur Agnès en la traitant comme une petite enfant : l’impudente, impertinente, la vilaine. C’est donc à partir de là qu’Agnès se rebelle, nous assistons à une crise d’adolescence : “ Mon dieu, ce n’est pas moi que vous devez blâmer,  que ne vous-êtes vous comme lui fait aimer ?” “Vraiment il en sait donc là-dessus plus que vous”.

Elle devient d’ailleurs plus indépendante, en disant qu’elle ne lui doit rien : “Je ne vous en ai pas de si grandes qu’on pense”.

III Arnolphe, entre l’amour et l’orgueil

Arnolphe est jaloux du prétendant d’Agnès, il lui fait donc une crise, en l’appelant comme si elle lui appartenait : coquine, traîtresse. Mais malgré cela, son désir envers elle persiste toujours : “Oui, mais pour femme moi je prétendait vous prendre, et vous, l’avez fait, assez entendre”. Arnolphe est désireux d’obtenir ce qu’il s’était promis, la main d’Agnès : “Ah, c’est que vous l’aimez, traîtresse.” Arnolphe ne considère pas Agnès comme la femme qu’il aimerait épouser mais comme un objet qu’il a perfectionné à son image dans le but de s’en servir plus tard comme instrument de plaisir; en

 effet il se moque de ses ressentis et du bonheur qu’elle pourrait éprouver avec un autre, la raison de sa colère est juste le fait qu’on la lui prenne. 

Molière montre à travers ce texte que les hommes ne demandent pas forcément leur femme en mariages pour prendre soin d’elle mais uniquement pour satisfaire leurs propres désirs. 


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