Commentaire composé sur Britannicus de Racine acte I scène 1, exposition

Commentaire composé sur Britannicus de Racine acte I scène 1, exposition

Photo by Dario Veronesi on Unsplash
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Texte

Racine, Britannicus

Acte I Scène 1

Agrippine, Albine

ALBINE

Quoi ! tandis que Néron s'abandonne au sommeil,

Faut-il que vous veniez attendre son réveil ?

Qu'errant dans le palais, sans suite et sans escorte,

La mère de César veille seule à sa porte ?

Madame, retournez dans votre appartement. 

 

AGRIPPINE

Albine, il ne faut pas s'éloigner un moment.

Je veux l'attendre ici : les chagrins qu'il me cause

M'occuperont assez tout le temps qu'il repose.

Tout ce que j'ai prédit n'est que trop assuré :

Contre Britannicus Néron s'est déclaré.

L'impatient Néron cesse de se contraindre ;

Las de se faire aimer, il veut se faire craindre.

Britannicus le gêne, Albine, et chaque jour

Je sens que je deviens importune à mon tour. 

 

ALBINE

Quoi ! vous à qui Néron doit le jour qu'il respire,

Qui l'avez appelé de si loin à l'empire ?

Vous qui, déshéritant le fils de Claudius,

Avez nommé César l'heureux Domitius ?

Tout lui parle, Madame, en faveur d'Agrippine :

Il vous doit son amour. 

 

AGRIPPINE

          Il me le doit, Albine !

Tout, s'il est généreux, lui prescrit cette loi ;

Mais tout, s'il est ingrat, lui parle contre moi. 

 

ALBINE

S'il est ingrat, madame ? Ah ! toute sa conduite

Marque dans son devoir une âme trop instruite.

Depuis trois ans entiers, qu'a-t-il dit, qu'a-t-il fait

Qui ne promette à Rome un empereur parfait ?

Rome, depuis trois ans, par ses soins gouvernée,

Au temps de ses consuls croit être retournée ;

Il la gouverne en père. Enfin, Néron naissant

A toutes les vertus d'Auguste vieillissant. 

 

AGRIPPINE

Non, non, mon intérêt ne me rend point injuste :

Il commence, il est vrai par où finit Auguste ;

Mais crains que, l'avenir détruisant le passé,

Il ne finisse ainsi qu'Auguste a commencé.

Il se déguise en vain : je lis sur son visage

Des fiers Domitius l'humeur triste et sauvage ;

Il mêle avec l'orgueil qu'il a pris dans leur sang

La fierté des Nérons qu'il puisa dans mon flanc.

Toujours la tyrannie a d'heureuses prémices :

De Rome, pour un temps, Caius fut les délices ;

Mais, sa feinte bonté se tournant en fureur,

Les délices de Rome en devinrent l'horreur.

Que m'importe, après tout, que Néron, plus fidèle,

D'une longue vertu laisse enfin le modèle ?

Ai-je mis dans sa main le timon de l'Etat

Pour le conduire au gré du peuple et du sénat ?

Ah ! que de la patrie il soit, s'il veut, le père :

Mais qu'il songe un peu plus qu'Agrippine est sa mère.

De quel nom cependant pouvons-nous appeler

L'attentat que le jour vient de nous révéler ?

Il sait, car leur amour ne peut être ignorée,

Que de Britannicus Junie est adorée :

Et ce même Néron, que la vertu conduit,

Fait enlever Junie au milieu de la nuit !

Que veut-il ? Est-ce haine, est-ce amour qui l'inspire ?

Cherche-t-il seulement le plaisir de leur nuire ;

Ou plutôt n'est-ce point que sa malignité

Punit sur eux l'appui que je leur ai prêté ? 


Pour bien comprendre le tragique je vous recommande de lire ce livre


Commentaire composé

I Une exposition originale

 

Cette scène d’exposition est originale car Néron, le personnage principal n’est pas présent sur scène mais nous le découvrons à travers les paroles des autres personnages. En effet au cours d’un échange avec sa servante, Agrippine, mère de Néron, présente son fils comme un personnage détestable et dirigeant par la terreur : “Las de se faire aimer, il veut se faire craindre.” Sa mère nous apprend également qu’il a enlevé Junie, fiancée de Britannicus; mais la raison de cet enlèvement reste inconnue : “Que veut-il ? Est-ce haine, est-ce amour qui l'inspire ? Cherche-t-il seulement le plaisir de leur nuire ; Ou plutôt n'est-ce point que sa malignité Punit sur eux l'appui que je leur ai prêté ?”. L’atmosphère de cette scène d’exposition est d’emblée oppressante, on sent qu’il va y avoir des complots puisque les personnages ne sont pas vraiment libres de leur parole, Albine est hypocrite : “Il la gouverne en père” là où Agrippine est franche : “Non, non, mon intérêt ne me rend point injuste”. 

 

 

II Le pouvoir au coeur des enjeux

 

 

 Agrippine dresse un portrait effrayant de Néron, en effet : “Il mêle avec l'orgueil qu'il a pris dans leur sang La fierté des Nérons qu'il puisa dans mon flanc.” Il y a donc une malédiction tragique qui pèse sur la famille Néron. Agrippine regrette donc de l’avoir mis au pouvoir : “Mais, sa feinte bonté se tournant en fureur Les délices de Rome en devinrent l'horreur”. Agrippine étant patriote se rend compte que Britannicus vaudrait mieux que son fils au pouvoir, et qu’il serait d’ailleurs prêt à l’éliminer pour conserver son trône : “Je sens que je deviens importune à mon tour”. Agrippine condamne les agissements de Néron qui a enlevé Junie pour affaiblir Britannicus : “De quel nom cependant pouvons-nous appeler ? L'attentat que le jour vient de nous révéler ?” afin de sauver Rome Agrippine doit conspirer contre son fils, et venir en aide à Britannicus, qui serait un bien meilleur empereur. 

 


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