Commentaire composé sur La Princesse de Clèves de Madame de La Fayette, La première rencontre entre Mme de Clèves et M. de Nemours au bal

Commentaire composé sur La Princesse de Clèves de Madame de La Fayette, La première rencontre entre Mme de Clèves et M. de Nemours au bal

Photo by Anne Edgar on Unsplash
Photo by Anne Edgar on Unsplash

Texte

MADAME DE LA FAYETTE : LA PRINCESSE DE CLEVES : LA SCENE DE LA PREMIERE RENCONTRE ENTRE MADAME DE CLEVES ET LE DUC DE NEMOURS

 

« Elle passa tout le jour des fiançailles chez elle à se parer, pour se trouver le soir au bal et au festin royal qui se faisait au Louvre. Lorsqu'elle arriva, l'on admira sa beauté et sa parure ; le bal commença et, comme elle dansait avec Monsieur de Guise, il se fit un assez grand bruit vers la porte de la salle, comme de quelqu'un qui entrait, et à qui on faisait place. Madame de Clèves acheva de danser et, pendant qu'elle cherchait des yeux quelqu'un qu'elle avait dessein de prendre, le Roi lui cria de prendre celui qui arrivait. Elle se tourna et vit un homme qu'elle crut d'abord ne pouvoir être que Monsieur de Nemours, qui passait par-dessus quelques sièges pour arriver où l'on dansait. Ce prince était fait d'une sorte qu'il parut difficile de n'être pas surprise de le voir quand on ne l'avait jamais vu, surtout ce soir-là, où le soin qu'il avait pris de se parer augmentait encore l'air brillant qui était dans sa personne ; mais il était difficile aussi de voir Madame de Clèves pour la première fois sans avoir un grand étonnement. Monsieur de Nemours fut tellement surpris de sa beauté que, lorsqu'il fut proche d'elle, et qu'elle lui fit la révérence, il ne put s'empêcher de donner des marques de son admiration. Quand ils commencèrent à danser, il s'éleva dans la salle un murmure de louanges. Le Roi et les Reines se souvinrent qu'ils ne s'étaient jamais vu, et trouvèrent quelque chose de singulier de les voir danser ensemble sans se connaître. Ils les appelèrent quand ils eurent fini, sans leur laisser le loisir de parler à personne, et leur demandèrent s'ils n'avaient pas bien envie de savoir qui ils étaient, et s'ils ne s'en doutaient point.

- Pour moi, Madame, dit Monsieur de Nemours, je n'ai pas d'incertitude ; mais comme Madame de Clèves n'a pas les mêmes raisons pour deviner qui je suis que celles que j'ai pour la reconnaître, je voudrais que votre Majesté eût la bonté de lui apprendre mon nom.

- Je crois, dit Madame La Dauphine, qu'elle le sait aussi bien que vous savez le sien.

- Je vous assure, Madame, reprit Madame de Clèves qui paraissait un peu embarrassée, que je ne devine pas si bien que vous pensez.

Vous devinez fort bien, répondit Madame la Dauphine ; et il y a même quelque chose d'obligeant pour Monsieur de Nemours à ne vouloir pas avouer que vous le connaissez déjà sans l'avoir jamais vu. »


Si vous étudiez La Princesse de Clèves de Madame de La Fayette en oeuvre intégrale je vous recommande ce livre


Commentaire composé

I La mise en scène d'un coup de foudre

L'arrivée de Monsieur de Nemours au bal est mise en valeur par la description du bruit près de la porte : « il se fit un assez grand bruit vers la porte de la salle, comme de quelqu'un qui entrait, et à qui on faisait place ». Les autres invités lui font de la place donc le lecteur comprend que c'est un un personnage important. Il est ensuite décrit comme éblouissant, d’une beauté exceptionnelle relevée par l'élégance de sa tenue de bal : « Ce prince était fait d'une sorte qu'il parut difficile de n'être pas surprise de le voir quand on ne l'avait jamais vu, surtout ce soir-là, où le soin qu'il avait pris de se parer augmentait encore l'air brillant qui était dans sa personne ». L'action à proprement parler étant un possible en raison des conventions sociales, cette scène de rencontre est entièrement structurée par les jeux de regards. Tout d'abord par les regards des invités du bal qui sont éblouis en premier par la beauté de la princesse de Clèves, puis par celle de monsieur de Nemours. Puis par les regards croisés des deux protagonistes qui ressentent un véritable coup de foudre : « Monsieur de Nemours fut tellement surpris de sa beauté que, lorsqu'il fut proche d'elle, et qu'elle lui fit la révérence, il ne put s'empêcher de donner des marques de son admiration ». Cette rencontre est véritablement mise en scène par le roi qui les oblige à danser ensemble : « le Roi lui cria de prendre celui qui arrivait », et par la reine dauphine qui les oblige à se présenter l’un à l’autre : « Ils les appelèrent quand ils eurent fini, sans leur laisser le loisir de parler à personne, et leur demandèrent s'ils n'avaient pas bien envie de savoir qui ils étaient, et s'ils ne s'en doutaient point ». Les sentiments se lisent dans les regards plus que dans les paroles, même si monsieur de Nemours déclare son amour à Madame de Clèves dans une litote : «Pour moi […] je n'ai plus d'incertitude ».

 

II Amour et jeu social

La rencontre se fait dans le cadre féerique d'un bal. Les costumes, les parures et la lumière offre un décor propice au coup de foudre : « Elle passa tout le jour des fiançailles chez elle à se parer, pour se trouver le soir au bal et au festin royal qui se faisait au Louvre ». Le rois et les reines dirigent les danseurs comme des pions sur un échiquier : « le Roi lui cria de prendre celui qui arrivait ». L'intervention de la reine dauphine met la princesse dans l'embarras : « Je vous assure, Madame, reprit Madame de Clèves qui paraissait un peu embarrassée, que je ne devine pas si bien que vous pensez », parce qu'elle dit implicitement que la princesse est séduite par le duc de Nemours parce que sa réputation de très bel homme le précède : « Vous devinez fort bien, répondit Madame la Dauphine ; et il y a même quelque chose d'obligeant pour Monsieur de Nemours à ne vouloir pas avouer que vous le connaissez déjà sans l'avoir jamais vu. »


Écrire commentaire

Commentaires: 0