Commentaire composé du poème Le crapaud de Victor Hugo

Commentaire composé du poème Le crapaud de Victor Hugo

Photo by Drew Brown on Unsplash
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Texte

Victor HUGO

1802 - 1885

Le crapaud (La légende des siècles)

Que savons-nous ? qui donc connaît le fond des choses ?

Le couchant rayonnait dans les nuages roses ;

C'était la fin d'un jour d'orage, et l'occident

Changeait l'ondée en flamme en son brasier ardent ; 

Près d'une ornière, au bord d'une flaque de pluie,

Un crapaud regardait le ciel, bête éblouie ;

Grave, il songeait ; l'horreur contemplait la splendeur.

(Oh ! pourquoi la souffrance et pourquoi la laideur ? 

Hélas ! le bas-empire est couvert d'Augustules,

Les Césars de forfaits, les crapauds de pustules,

Comme le pré de fleurs et le ciel de soleils !) 

Les feuilles s'empourpraient dans les arbres vermeils ;

L'eau miroitait, mêlée à l'herbe, dans l'ornière ;

Le soir se déployait ainsi qu'une bannière ;

L'oiseau baissait la voix dans le jour affaibli ;

Tout s'apaisait, dans l'air, sur l'onde ; et, plein d'oubli,

Le crapaud, sans effroi, sans honte, sans colère,

Doux, regardait la grande auréole solaire ; 

Peut-être le maudit se sentait-il béni,

Pas de bête qui n'ait un reflet d'infini ;

Pas de prunelle abjecte et vile que ne touche

L'éclair d'en haut, parfois tendre et parfois farouche ;

Pas de monstre chétif, louche, impur, chassieux,

Qui n'ait l'immensité des astres dans les yeux. 

Un homme qui passait vit la hideuse bête,

Et, frémissant, lui mit son talon sur la tête ;

C'était un prêtre ayant un livre qu'il lisait ;

Puis une femme, avec une fleur au corset,

Vint et lui creva l'œil du bout de son ombrelle ;

Et le prêtre était vieux, et la femme était belle. 

Vinrent quatre écoliers, sereins comme le ciel.

– J'étais enfant, j'étais petit, j'étais cruel ; –

Tout homme sur la terre, où l'âme erre asservie,

Peut commencer ainsi le récit de sa vie. 

On a le jeu, l'ivresse et l'aube dans les yeux,

On a sa mère, on est des écoliers joyeux,

De petits hommes gais, respirant l'atmosphère

À pleins poumons, aimés, libres, contents ; que faire

Sinon de torturer quelque être malheureux ? 

Le crapaud se traînait au fond du chemin creux.

C'était l'heure où des champs les profondeurs s'azurent ;

Fauve, il cherchait la nuit ; les enfants l'aperçurent

Et crièrent : « Tuons ce vilain animal,

Et, puisqu'il est si laid, faisons-lui bien du mal ! » 

Et chacun d'eux, riant, – l'enfant rit quand il tue, –

Se mit à le piquer d'une branche pointue,

Élargissant le trou de l'œil crevé, blessant

Les blessures, ravis, applaudis du passant ;

Car les passants riaient ; et l'ombre sépulcrale

Couvrait ce noir martyr qui n'a pas même un râle,

Et le sang, sang affreux, de toutes parts coulait

Sur ce pauvre être ayant pour crime d'être laid ; 

Il fuyait ; il avait une patte arrachée ;

Un enfant le frappait d'une pelle ébréchée ;

Et chaque coup faisait écumer ce proscrit

Qui, même quand le jour sur sa tête sourit,

Même sous le grand ciel, rampe au fond d'une cave ; 

Et les enfants disaient : « Est-il méchant ! il bave ! »

Son front saignait ; son œil pendait ; dans le genêt

Et la ronce, effroyable à voir, il cheminait ;

On eût dit qu'il sortait de quelque affreuse serre ;

Oh ! la sombre action, empirer la misère !

Ajouter de l'horreur à la difformité ! 

Disloqué, de cailloux en cailloux cahoté,

Il respirait toujours ; sans abri, sans asile,

Il rampait ; on eût dit que la mort, difficile,

Le trouvait si hideux qu'elle le refusait ; 

Les enfants le voulaient saisir dans un lacet,

Mais il leur échappa, glissant le long des haies ;

L'ornière était béante, il y traîna ses plaies

Et s'y plongea, sanglant, brisé, le crâne ouvert,

Sentant quelque fraîcheur dans ce cloaque vert,

Lavant la cruauté de l'homme en cette boue ; 

Et les enfants, avec le printemps sur la joue,

Blonds, charmants, ne s'étaient jamais tant divertis ;

Tous parlaient à la fois et les grands aux petits

Criaient : «Viens voir! dis donc, Adolphe, dis donc, Pierre,

Allons pour l'achever prendre une grosse pierre ! » 

Tous ensemble, sur l'être au hasard exécré,

Ils fixaient leurs regards, et le désespéré

Regardait s'incliner sur lui ces fronts horribles.

– Hélas ! ayons des buts, mais n'ayons pas de cibles ;

Quand nous visons un point de l'horizon humain,

Ayons la vie, et non la mort, dans notre main. – 

Tous les yeux poursuivaient le crapaud dans la vase ;

C'était de la fureur et c'était de l'extase ;

Un des enfants revint, apportant un pavé,

Pesant, mais pour le mal aisément soulevé,

Et dit : « Nous allons voir comment cela va faire. » 

Or, en ce même instant, juste à ce point de terre,

Le hasard amenait un chariot très lourd

Traîné par un vieux âne éclopé, maigre et sourd ;

Cet âne harassé, boiteux et lamentable,

Après un jour de marche approchait de l'étable ; 

Il roulait la charrette et portait un panier ;

Chaque pas qu'il faisait semblait l'avant-dernier ;

Cette bête marchait, battue, exténuée ;

Les coups l'enveloppaient ainsi qu'une nuée ;

Il avait dans ses yeux voilés d'une vapeur

Cette stupidité qui peut-être est stupeur ; 

Et l'ornière était creuse, et si pleine de boue

Et d'un versant si dur que chaque tour de roue

Était comme un lugubre et rauque arrachement ;

Et l'âne allait geignant et l'ânier blasphémant ;

La route descendait et poussait la bourrique ;

L'âne songeait, passif, sous le fouet, sous la trique,

Dans une profondeur où l'homme ne va pas.

 

Les enfants entendant cette roue et ce pas,

Se tournèrent bruyants et virent la charrette :

« Ne mets pas le pavé sur le crapaud. Arrête ! »

Crièrent-ils. « Vois-tu, la voiture descend

Et va passer dessus, c'est bien plus amusant. »

 

Tous regardaient. Soudain, avançant dans l'ornière

Où le monstre attendait sa torture dernière,

L'âne vit le crapaud, et, triste, – hélas ! penché

Sur un plus triste, – lourd, rompu, morne, écorché,

Il sembla le flairer avec sa tête basse ;

Ce forçat, ce damné, ce patient, fit grâce ; 

Il rassembla sa force éteinte, et, roidissant

Sa chaîne et son licou sur ses muscles en sang,

Résistant à l'ânier qui lui criait : Avance !

Maîtrisant du fardeau l'affreuse connivence,

Avec sa lassitude acceptant le combat,

Tirant le chariot et soulevant le bât,

Hagard, il détourna la roue inexorable,

Laissant derrière lui vivre ce misérable ;

Puis, sous un coup de fouet, il reprit son chemin.

 

Alors, lâchant la pierre échappée à sa main,

Un des enfants – celui qui conte cette histoire, –

Sous la voûte infinie à la fois bleue et noire,

Entendit une voix qui lui disait : Sois bon !

 

Bonté de l'idiot ! diamant du charbon !

Sainte énigme ! lumière auguste des ténèbres !

Les célestes n'ont rien de plus que les funèbres

Si les funèbres, groupe aveugle et châtié,

Songent, et, n'ayant pas la joie, ont la pitié. 

Ô spectacle sacré ! l'ombre secourant l'ombre,

L'âme obscure venant en aide à l'âme sombre,

Le stupide, attendri, sur l'affreux se penchant,

Le damné bon faisant rêver l'élu méchant !

L'animal avançant lorsque l'homme recule ! 

Dans la sérénité du pâle crépuscule,

La brute par moments pense et sent qu'elle est sœur

De la mystérieuse et profonde douceur ;

Il suffit qu'un éclair de grâce brille en elle

Pour qu'elle soit égale à l'étoile éternelle ; 

Le baudet qui, rentrant le soir, surchargé, las,

Mourant, sentant saigner ses pauvres sabots plats,

Fait quelques pas de plus, s'écarte et se dérange

Pour ne pas écraser un crapaud dans la fange,

Cet âne abject, souillé, meurtri sous le bâton,

Est plus saint que Socrate et plus grand que Platon. 

Tu cherches, philosophe ? Ô penseur, tu médites ?

Veux-tu trouver le vrai sous nos brumes maudites ?

Crois, pleure, abîme-toi dans l'insondable amour !

Quiconque est bon voit clair dans l'obscur carrefour ; 

Quiconque est bon habite un coin du ciel. Ô sage,

La bonté, qui du monde éclaire le visage,

La bonté, ce regard du matin ingénu,

La bonté, pur rayon qui chauffe l'inconnu,

Instinct qui, dans la nuit et dans la souffrance, aime,

Est le trait d'union ineffable et suprême

Qui joint, dans l'ombre, hélas ! si lugubre souvent,

 

Le grand innocent, l'âne, à Dieu le grand savant.

 


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Commentaire composé

I le romantisme : champ lexical de l’horreur, de la pitié, opposition entre l’ombre et la lumière

Le crapaud est un poème romantique, ce qu’on peut voir grâce au champ lexical de l’horreur: “l’horreur” , “lui mit son talon sur la tête” , “lui creva l’oeil” et “sang”. Ce champ lexical contribue aussi à susciter la pitié, car l’auteur veut que le lecteur aie de la pitié pour le crapaud qui se fait torturer sans raison et par jeu. Il y a une opposition entre l’ombre et la lumière, ce qui représente l’opposition entre le bien et le mal, donc dans ce poème, l’opposition entre les hommes et les animaux. Il y a une inversion des codes dans ce poème, car l’auteur utilise la lumière pour décrire les enfants cruels qui sont ainsi encore plus mis en valeur car on s’attendrait à de la douceur de leur part, “et les enfants, avec le printemps sur la joue, blonds” et il utilise l’ombre pour décrire les animaux martyrs, “l’ombre sépulcrale couvrait ce noir martyr qui n’a pas même un râle” ce qui est donc ironique, car la lumière est censée représenter le bien, tandis que l’ombre est censée représenter le mal. Mais dans ce cas la, ce sont les enfants qui font le mal, alors que les animaux représentent le bien, surtout avec l'âne qui se sacrifie pour ne pas tuer la crapaud, “laissant derrière lui vivre ce misérable; puis, sous un coup de fouet, il reprit son chemin”. 

 

II un texte qui dénonce la cruauté de l’homme, méchant dès l’enfance et cruel par plaisir. L’homme est comparé à la nature qui elle est bienveillante parce qu’elle est simple et pas corrompue.

Dans ce poème, il y a une comparaison entre les enfants et l'âne, donc entre l’homme et la nature. Hugo veut nous montrer que l’homme est cruel et méchant sans raison, “Tuons ce vilain animal, et puisqu’il est si laid, faisons-lui bien du mal!” tandis que la nature ne l’est pas. On peut voir cela quand les enfants torturent le crapaud, “une enfant le frappait d’une pelle ébréchée” puis quand l'âne se sacrifie pour laisser vivre le crapaud, “laissant derrière lui vivre ce misérable; puis, sous un coup de fouet, il reprit son chemin”. Hugo a choisi l'âne exprès, car ces animaux ont la réputation d'être bêtes, tandis que les hommes sont censés être plus raisonnable, mais ici on voit bien que ce n’est pas une question d'être raisonnable ou intelligent, c’est une question d'être bon dans son coeur et de ne pas être cruel envers les autres. 

 

III un poème mystique : l’homme ne devient bon que lorsqu’il est rempli du Saint-Esprit. Donc c’est Dieu seul qui peut amender la nature mauvaise de l’homme.

Dans ce poème, on peut voir que Hugo parle de la relation entre l’homme et Dieu, et que Dieu seul peut amender la nature mauvaise de l’homme. Cela est mis en évidence dans les deux derniers paragraphes qui montrent que quand l’homme parle et communique avec le Saint-Esprit, l’homme devient bon, “alors, lâchant la pierre échappée à sa main, [...] entendit une voix qui lui disait: Sois bon!” Dans le dernier paragraphe, il y a des champs lexicaux du ciel et de la religion, pour montrer que si l’homme est bon et s’il ne commet pas de crime, il pourra aller au paradis. Pour le champ lexical du ciel, on peut relever les mots, “célestes” , “étoile” et “ciel”. Pour le champ lexical de la religion, on peut relever les mots, “ténèbres” , “l'âme” , “funèbres”. Les deux derniers vers montrent bien que si l’on fait un bon geste, si l’on se sacrifie comme l'âne l’a fait pour le crapaud, cela nous rapproche de Dieu, “Qui joint, dans l’ombre, hélas! si lugubre souvent, le grand ignorant, l'âne, a Dieu, le grand savant.” 

 

Ce poème de Victor Hugo, intitulé “Le Crapaud” et un poème romantique qui dénonce tout d’abord la cruauté de l’homme qui est méchant dès l’enfance et cruel par plaisir. Puis, l’auteur nous parle de la relation entre Dieu et l’Homme pour montrer que Dieu seul peut amender la nature mauvaise de l’homme. 

 

 


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