Commentaire composé sur Guy de Maupassant - Pierre et Jean - Extrait du chapitre V, La plage de Trouville

Commentaire composé sur Guy de Maupassant - Pierre et Jean - Extrait du chapitre V, La plage de Trouville

Photo by fauve othon on Unsplash
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Texte

 Il allait maintenant, frôlant les groupes, tournant autour, saisi par des pensées nouvelles. Toutes ces toilettes multicolores qui couvraient le sable comme un bouquet, ces étoffes jolies, ces ombrelles voyantes, la grâce factice des tailles emprisonnées, toutes ces inventions ingénieuses de la mode depuis la chaussure mignonne jusqu'au chapeau extravagant, la séduction du geste, de la voix et du sourire, la coquetterie enfin étalée sur cette plage lui apparaissaient soudain comme une immense floraison de la perversité féminine. Toutes ces femmes parées voulaient plaire, séduire, et tenter quelqu'un.

    Elles s'étaient faites belles pour les hommes, pour tous les hommes, excepté pour l'époux qu'elles n'avaient plus besoin de conquérir. Elles s'étaient faites belles pour l'amant d'aujourd'hui et l'amant de demain, pour l'inconnu rencontré, remarqué, attendu peut-être.

    Et ces hommes, assis près d'elles, les yeux dans les yeux, parlant la bouche près de la bouche, les appelaient et les désiraient, les chassaient comme un gibier souple et fuyant, bien qu'il semblât si proche et si facile. Cette vaste plage n'était donc qu'une halle d'amour où les unes se vendaient, les autres se donnaient, celles-ci marchandaient leurs caresses et celles-là se promettaient seulement. Toutes ces femmes ne pensaient qu'à la même chose, offrir et faire désirer leur chair déjà donnée, déjà vendue, déjà promise à d'autres hommes.

    Et il songea que sur la terre entière c'était toujours la même chose. 

 

Guy de Maupassant - Pierre et Jean - Extrait du chapitre V, La plage de Trouville

Commentaire composé

Au XIX siècle un nouveau mouvement littéraire apparaît : le naturalisme. Dans ce mouvement plusieurs auteurs se démarquent tels E. Zola ou J. K. Huysmans et également G. De Maupassant. Ce dernier a écrit Pierre et Jean, qui raconte l'histoire de deux frère dont l'un va recevoir un énorme héritage du meilleur ami de ses parents. Dans le passage étudié, Pierre vient juste de découvrir que Jean était en fait le fruit de la liaison entre sa mère et ce fameux meilleur ami. 

Comment dans cet extrait de roman naturaliste Maupassant donne-t-il une image négative des femmes ? 

Nous étudierons d'abord la description naturaliste puis nous verrons que Pierre a une vision péjorative des femmes. 

 

I Une description naturaliste

 

Tout d'abord on observe que le narrateur donne beaucoup de détails sur le comportements des femmes, sur leurs vêtements : “ces ombrelles voyantes, la grâce factice des tailles emprisonnées”, “depuis la chaussure mignonne jusqu'au chapeau extravagant”. Le personnage se rend sur la plage mais ne contemple pas la mer ou les animaux marins, il regarde les gens avec insistance tel un voyeur. Les femmes connaissent les hommes donc elles essaient de déployer tout un arsenal de couleur pour attirer l'attention de ces derniers. Le narrateur omniscient nous fait adopter le point de vue de Pierre. Donc comme Pierre vient d’apprendre l'infidélité de sa mère, la description des femmes est orientée négativement. 

 

II Une vision péjorative des femmes

 

La description des femme, faites par Pierre, nous donne l'impression d'être dans une boutique à cause du champ lexical du commerce et de la ponctuation qui donne un effet d’accumulation, comme sur l’étale d’un marché : “où les unes se vendaient, les autres se donnaient, celles-ci marchandaient leurs caresses”. Ensuite la coquetterie des femmes est présentée ici comme un piège pour les hommes : “ Toutes ces toilettes multicolores qui couvraient le sable comme un bouquet”. Le personnage de Pierre est tellement blessé de savoir que sa propre mère qu’il estime la meilleure des femmes a été infidèle, qu’il en vient à voir toutes les femmes comme des prostituées : “Toutes ces femmes ne pensaient qu'à la même chose, offrir et faire désirer leur chair déjà donnée, déjà vendue, déjà promise à d'autres hommes. Et il songea que sur la terre entière c'était toujours la même chose”. Les femmes sont présentées comme des marchandises avariées dont la chair est corrompue dès qu’elles ont connu l’amour. Ce point de vue est très masculin, voire machiste car si certaines femmes trompent leurs maris c’est parce qu’au siècle de Maupassant les mariages sont arrangés et que les femmes ne peuvent vivre une vie entière sans amour. Ce texte porte donc en filigrane un message féministe, comme Une Vie ou encore Madame Bovary de Flaubert.

 

Ainsi ce texte fait une description des femmes, en suivant le regard de Pierre. Le texte nous rappelle que le XIXème siècle est vraiment un siècle où rien n'est permis aux femmes qui doivent se cantonner à une vie sans joie et sans amour. 

Quelles vont être les relations entre Pierre et sa mère suite à cette découverte ? 


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