Commentaire composé sur Balzac, Eugénie Grandet, Eugénie tombe amoureuse

Photo by Amy Shamblen on Unsplash
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Commentaire composé sur Balzac, Eugénie Grandet, Eugénie tombe amoureuse

Texte

Eugénie, à qui le type d’une perfection semblable, soit dans la mise, soit dans la personne, était entièrement inconnu, crut voir en son cousin une créature descendue de quelque région séraphique. Elle respirait avec délices les parfums exhalés par cette chevelure si brillante, si gracieusement bouclée. Elle aurait voulu pouvoir toucher la peau blanche de ces jolis gants fins. Elle enviait les petites mains de Charles, son teint, la fraîcheur et la délicatesse de ses traits. Enfin, si toutefois cette image peut résumer les impressions que le jeune élégant produisit sur une ignorante fille sans cesse occupée à rapetasser des bas, à ravauder la garde-robe de son père, et dont la vie s’était écoulée sous ces crasseux lambris sans voir dans cette rue silencieuse plus d’un passant par heure, la vue de son cousin fit sourdre en son cœur les émotions de fine volupté que causent à un jeune homme les fantastiques figures de femmes dessinées par Westall dans les Keepsake anglais et gravées par les Finden d’un burin si habile, qu’on a peur, en soufflant sur le vélin, de faire envoler ces apparitions célestes. Charles tira de sa poche un mouchoir brodé par la grande dame qui voyageait en Écosse. Envoyant ce joli ouvrage fait avec amour pendant les heures perdues pour l’amour, Eugénie regarda son cousin pour savoir s’il allait bien réellement s’en servir. Les manières de Charles, ses gestes, la façon dont il prenait son lorgnon, son impertinence affectée, son mépris pour le coffret qui venait de faire tant de plaisir à la riche héritière et qu’il trouvait évidemment ou sans valeur ou ridicule ; enfin, tout ce qui choquait les Cruchot et les des Grassins lui plaisait si fort qu’avant de s’endormir elle dut rêver longtemps à ce phénix des cousins.

 

Balzac, Eugénie Grandet

Commentaire composé

Le thème de la rencontre amoureuse est essentiel dans le roman réaliste du 19ème siècle. Dans ce texte, ce thème est développé à travers les personnages d’Eugénie et de Charles, mais contrairement à ce qui nous est proposé habituellement, c’est la jeune fille qui tombe amoureuse, et cet amour n’est pas réciproque. A la lecture de ce texte, nous nous demanderons comment dans cette scène de coup de foudre réaliste, le narrateur porte un jugement sur ses personnages. Afin de répondre à cette question, nous évoquerons le portrait d’un amour naissant, avant d’analyser le jugement du narrateur. 

 

 

I Le portrait d’un amour naissant

a) Eugénie tombe amoureuse

 

Dès le début du texte, on remarque qu’Eugénie idéalise Charles, et va jusqu’à y voirun ange : “crut voir en son cousin une créature descendue de quelque région séraphique”. De plus, “respirait avec délices les parfums exhalés par cette chevelure si brillante, si gracieusement bouclée” nous montre que la femme est obsédée par son cousin, et va donc jusqu’à remarquer les plus petits détails, qu’elle idéalise. “Elle aurait voulu pouvoir toucher la peau blanche de ces jolis gants fins. Elle enviait les petites mains de Charles, son teint, la fraîcheur et la délicatesse de ses traits” nous prouve qu’elle le désire. “la vue de son cousin fit sourdre en son cœur les émotions de fine volupté”: cet amour est progressif, c’est-à-dire que plus elle le voit, plus elle tombe amoureuse. “ce joli ouvrage fait avec amour pendant les heures perdues pour l’amour”: elle idéalise tellement l’amour qu’elle va jusqu’à gaspiller du temps pour lui. “elle dut rêver longtemps à ce phénix des cousins”: puisqu’elle ne peut vivre cet amour dans la vraie vie, elle se réfugie dans ses rêves. 

 

b) Mais cet amour n’est pas réciproque

 

Charles ne ressent pas la même chose qu’Eugénie, et sa réaction en dit gros sur ce qu’il pense d’elle: “Les manières de Charles, ses gestes, la façon dont il prenait son lorgnon, son impertinence affectée, son mépris pour le coffret qui venait de faire tant de plaisir à la riche héritière et qu’il trouvait évidemment ou sans valeur ou ridicule”. Il est méprisant et sans coeur devant une jeune fille attendrissante et amoureuse.

 

II Le jugement du narrateur

a) Eugénie, une jeune fille attendrissante

 

Eugénie est présentée avec ironie comme “une ignorante fille”. Le narrateur nous montre un personnage prisonnier de sa condition sociale : “sans cesse occupée à rapetasser des bas, à ravauder la garde-robe de son père, et dont la vie s’était écoulée sous ces crasseux lambris sans voir dans cette rue silencieuse plus d’un passant par heure”. Au 19ème siècle, les filles sont comme prisonnières et ne connaissaient pas le monde extérieur, elles sont gardées précieusement à l’abri des regards et des tentations. C’est la raison pour laquelle Eugénie tombe amoureuse du premier venu, et se comporte d’une manière que le narrateur juge ridicule : “elle dut rêver longtemps à ce phénix des cousins”. Elle idéalise son cousin mais a quand même un petit doute par rapport aux sentiments qu’il lui porte : “Eugénie regarda son cousin pour savoir s’il allait bien réellement s’en servir”. 

 

Elle a bien eu raison de se méfier car, au final, Charles n’est qu’un dandy prétentieux.

 

b) Charles, un dandy prétentieux

 

Le narrateur, ironiquement, décrit Charles comme un  “jeune élégant”. Après qu’Eugénie lui ait offert son cadeau, il le méprise et montre que ce cadeau n’a aucune valeur pour lui: “Les manières de Charles, ses gestes, la façon dont il prenait son lorgnon, son impertinence affectée, son mépris pour le coffret qui venait de faire tant de plaisir à la riche héritière et qu’il trouvait évidemment ou sans valeur ou ridicule”. Ce comportement prétentieux qui montre que le personnage a une trop haute opinion de lui même et souligné par l’usage des adjectifs qualificatifs dépréciatifs “affectée”, “ridicule”. Le jugement négatif du narrateur se ressent dans la phrase ironique où il compare Charles à une oeuvre d’art : “les fantastiques figures de femmes dessinées par Westall dans les Keepsake anglais et gravées par les Finden”.

 

Au cours de ce texte, le narrateur nous a décrit deux portraits très différents. Tout d’abord, celui d’Eugénie, une jeune femme tellement amoureuse qu’elle ferait tout pour Charles. Quant à ce personnage de Dandy, le narrateur nous le décrit ironiquement et d’une manière extrêmement péjorative. 

 

 

 

Pour conclure, on a pu voir au cours de ce texte, deux personnages totalement différents. D’un côté Eugénie, qui nous est présentée comme une jeune fille représentative de son milieu social, et d’un autre côté, Charles, assuré de sa prestance dans cette société patriarcale qui donne les pleins pouvoirs aux hommes aux dépens des femmes.

 


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