Commentaire composé sur Molière, Le Misanthrope, acte I scène 1, la tirade d'Alceste

Commentaire composé sur Molière, Le Misanthrope, acte I scène 1, la tirade d'Alceste

Photo by Peter Lewicki on Unsplash
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Texte de la scène d'exposition, vers 115 à 144

PHILINTE

 

Tous les pauvres mortels, sans nulle exception,

Seront enveloppés dans cette aversion ?

Encor, en est-il bien, dans le siècle où nous sommes...

 

ALCESTE

 

Non, elle est générale, et je hais tous les hommes :

Les uns, parce qu'ils sont méchants, et malfaisants ;

Et les autres, pour être aux méchants, complaisants,

Et n'avoir pas, pour eux, ces haines vigoureuses

Que doit donner le vice aux âmes vertueuses.

De cette complaisance, on voit l'injuste excès,

Pour le franc scélérat avec qui j'ai procès ;

Au travers de son masque, on voit à plein le traître,

Partout, il est connu pour tout ce qu'il peut être ;

Et ses roulements d'yeux, et son ton radouci,

N'imposent qu'à des gens qui ne sont point d'ici.

On sait que ce pied plat, digne qu'on le confonde,

Par de sales emplois, s'est poussé dans le monde :

Et, que, par eux, son sort, de splendeur revêtu,

Fait gronder le mérite, et rougir la vertu.

Quelques titres honteux qu'en tous lieux on lui donne,

Son misérable honneur ne voit, pour lui, personne :

Nommez-le fourbe, infâme, et scélérat maudit,

Tout le monde en convient, et nul n'y contredit.

Cependant, sa grimace est, partout, bienvenue,

On l'accueille, on lui rit ; partout, il s'insinue ;

Et s'il est, par la brigue, un rang à disputer,

Sur le plus honnête homme, on le voit l'emporter.

Têtebleu, ce me sont de mortelles blessures,

De voir qu'avec le vice on garde des mesures ;

Et, parfois, il me prend des mouvements soudains,

De fuir, dans un désert, l'approche des humains.

Commentaire composé

Comment peut-on exprimer la colère par une forme maîtrisée ?

I L’expression de la colère

Tout d’abord, Alceste exprime sa haine envers le genre humain : “ je hais tous les hommes” Il en dépeint leurs défauts ainsi que l’hypocrisie des hommes, à travers une longue tirade s’apparentant à un flot de paroles ininterrompu. Les phrases sont longues, et il y a de nombreuses allitérations : l’allitération en [z] : “Les uns, parce qu'ils sont méchants, et malfaisants” qui, désagréable à entendre, renvoie à la haine et à la colère que ressent le personnage. L’allitération en [r] : “Et les autres, pour être aux méchants, complaisants”, “par eux, son sort, de splendeur revêtu” évoquant la difficulté et les obstacles, de plus, nous pouvons entendre une allitération en [s] qui exprime la souffrance du personnage. L’allitération en [m] : “Et les autres, pour être aux méchants, complaisants” renvoie à la notion de mordre, qui renforce la haine d’Alceste envers les hypocrites. Ainsi on remarque que la colère du personnage est rendue sous la forme d’une argumentation structurée.

 

II La dénonciation morale

A travers sa longue tirade, le personnage d’Alceste exprime sa haine envers les hommes, qui selon lui sont des personnes malfaisantes : “Les uns, parce qu'ils sont méchants, et malfaisants ; Et les autres, pour être aux méchants, complaisants” de plus, la répétition du mot méchant renforce la malfaisance des hommes. Alceste dépeint le portrait hypocrite des hommes : “Au travers de son masque, on voit à plein le traître”. Dans son discours, Alceste généralise les hommes et les perçoit tous comme des êtres mesquins : “Non, elle est générale, et je hais tous les hommes” de plus, le personnage a une vision péjorative de la société, et pense que les personnes mal intentionnées remporte toujours face aux gentils : “Sur le plus honnête homme, on le voit l'emporter.” Le personnage parfois dépassé par son aversion, émet l’idée de vivre seul pour être éloigné de la société qui lui semble nocive : “Et, parfois, il me prend des mouvements soudains, De fuir, dans un désert, l'approche des humains.” La malhonnêteté des hommes est également condamnée : “Tout le monde en convient, et nul n'y contredit. Cependant, sa grimace est, partout, bienvenue, On l'accueille, on lui rit ; partout, il s'insinue.” Les hommes arrivent à leurs fins sans l’avoir mérité et de façon malhonnête “Fait gronder le mérite, et rougir la vertu.” De plus, nous pouvons remarquer ici une allitération en [r] qui évoque la difficulté, et la rage du personnage envers la société hypocrite de son époque, en particulier dans le cercle des courtisans. La haine d’Alceste le surpasse et paraît même comme une blessure physique : “Têtebleu, ce me sont de mortelles blessures, De voir qu'avec le vice on garde des mesures.” et évoque ici, une nouvelle fois, la mesquinerie des hommes qui réussissent à travers des actes malhonnêtes. A la fin de la tirade, l’essoufflement du personnage se ressent à travers le rythme ternaire : “Et, parfois, il me prend des mouvements soudains, De fuir, dans un désert, l'approche des humains” ce qui montre la lassitude et l’épuisement qu’éprouve le personnage envers la société et les rapports humains.


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