Commentaire composé sur Corneille, Médée, acte V, scène 2

Commentaire composé sur Corneille, Médée, acte V, scène 2

Photo by Andrey Zvyagintsev on Unsplash
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Texte

Pierre Corneille (1606- 1684), Médée, acte V, scène 2, 1635

 

Est-ce assez, ma vengeance, est-ce assez de deux morts ? 

Consulte avec loisir tes plus ardents transports.

Des bras de mon perfide arracher une femme,

Est-ce pour assouvir les fureurs de mon âme ?

Que n’a-t-elle déjà des enfants de Jason,

Sur qui plus pleinement venger sa trahison !

Suppléons-y des miens ; immolons avec joie

Ceux qu’à me dire adieu Créuse me renvoie :

Nature, je le puis sans violer ta loi ;

Ils viennent de sa part, et ne sont plus à moi.

Mais ils sont innocents ; aussi l’était mon frère ;

Ils sont trop criminels d’avoir Jason pour père ;

Il faut que leur trépas redouble son tourment ;

Il faut qu’il souffre en père aussi bien qu’en amant. 

Mais quoi ! j’ai beau contre eux animer mon audace, 

La pitié la combat, et se met en sa place :

Puis, cédant tout à coup la place à ma fureur,

J’adore les projets qui me faisaient horreur :

De l’amour aussitôt je passe à la colère,

Des sentiments de femme aux tendresses de mère. 

Cessez dorénavant, pensers irrésolus,

D’épargner des enfants que je ne verrai plus.

Chers fruits de mon amour, si je vous ai fait naître,

Ce n’est pas seulement pour caresser un traître :

Il me prive de vous, et je l’en vais priver.

Mais ma pitié renaît, et revient me braver ;

Je n’exécute rien, et mon âme éperdue

Entre deux passions demeure suspendue.

N’en délibérons plus, mon bras en résoudra.

Je vous perds, mes enfants ; mais Jason vous perdra ; 

Il ne vous verra plus... Créon sort tout en rage ;

Allons à son trépas joindre ce triste ouvrage.

Commentaire composé

I) Un monologue délibératif

a) Les différentes étapes du monologue et la logique de Médée

- Tuer les enfants de Jason et Créuse s'ils en avaient.

- Tuer ses propres enfants comme Jason et Créuse n’en n’ont pas.

- Elle considère que ses enfants ne sont plus à elle car Jason les a emmenés chez Créuse.

- L’innocence de ses enfants ne l'arrête pas puisqu’elle a tué son frère, pour se marier avec Jason.

- Jason est selon Médée un traître, et l'hérédité fait des enfants des traîtres aussi, donc ils méritent la mort.

- Médée n’arrive pas à faire souffrir Jason en le rendant jaloux alors elle veut le priver de ses enfants qui sont les personnes qu’il aime le plus. 

- Médée a pitié de ses enfants plus qu’elle ne les aime.

- Médée commence à se décider, elle veut tuer ses enfants car elle sait qu’elle ne les verra plus, car ils sont sous l'autorité de Jason.

- Comme les enfants sont trop câlins avec leur père, ils sont eux même des traîtres par rapport à leur mère. 

 

b) L’aveuglement et la fureur de Médée

Médée alterne entre de différentes émotions ayant le même but, faire le malheur de Jason. Le dramaturge fait alterner les sentiments de Médée. Plusieurs variations de rythme miment les changements d’humeurs et d'idées de Médée et soulignent la confusion de son esprit.  

Plusieurs champs lexicaux expriment la fureur de Médée comme celui de la violence (souffre, venger, immolons, arracher, fureurs, criminels, trépas, colère).

Médée se convainc elle-même du fait qu’elle a le droit de tuer ses enfants, que ce n’est pas contre nature : “Nature, je le puis sans violer ta loi”. 

 

 

II) Le dilemme

a) Les contradictions

Médée essaye de raisonner par étapes en suivant une logique qui est en fait dictée par sa folie : “Nature, je le puis sans violer ta loi [...] Ils sont trop criminels d’avoir Jason pour père”.

Médée ne sait plus quoi penser, à chaque fois qu’elle se questionne elle aboutit à une décision presque aussitôt remise en cause à son tour : “La pitié la combat, et se met en sa place : Puis, cédant tout à coup la place à ma fureur, J’adore les projets qui me faisaient horreur”.

 

 

b) Le doute

Le rythme binaire avec les césures à l’hémistiche soulignent le doute : “Mais ma pitié renaît, et revient me braver”. En pensant à ses enfants, de fortes émotions submergent Médée, et la font douter de ses décisions : “Des sentiments de femme aux tendresses de mère. Cessez dorénavant, pensers irrésolus”. 

 

 

III) Une résolution tragique

a) Une résolution épouvantable

Malgré tous les changements d'émotions, les décisions prises, les questions posées, Médée finit par décider d’assassiner ses enfants. Elle veut tuer ses enfants rapidement, afin de ne plus remettre en cause sa décision tragique: “Je vous perds, mes enfants ; mais Jason vous perdra ; Il ne vous verra plus…”

Médée privilégie sa vie amoureuse par rapport à sa vie de mère. Les enfants qu’elle a mis au monde ne sont pour elle qu’un instrument de sa vengeance.

 

 

b) L’imminence du meurtre

Le rythme ternaire montre l’empressement de Médée de mettre son plan à exécution  : “Je vous perds, mes enfants ; mais Jason vous perdra”

Médée prend la décision de tuer ses enfants très rapidement. Elle est dominée par ses passions. Elle est prête à tuer ses propres enfants juste pour voir le malheur de son mari infidèle. Elle est emportée par la folie, et ne peut plus se contrôler.

 

 

Conclusion :

Dans son monologue, Médée exprime beaucoup le doute et n’est jamais sûre de ses raisonnements. Mais emportée par son excès sentimental, furieuse après Jason, elle décide de tuer ses enfants, bonheurs de son mari. Ainsi chez ce personnage, la passion l’emporte sur la raison.

 

 


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