Commentaire composé sur Oraison funèbre d’Henriette-Anne d’Angleterre, duchesse d’Orléans, Jacques Bénigne Bossuet

Commentaire composé sur Oraison funèbre d’Henriette-Anne d’Angleterre, duchesse d’Orléans, Jacques Bénigne Bossuet

Photo by Thomas Millot on Unsplash
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Texte

Considérez, Messieurs, ces grandes puissances que nous regardons de si bas ; pendant que nous tremblons sous leur main, Dieu les frappe pour nous avertir. Leur élévation en est la cause ; et il les épargne si peu qu'il ne craint pas de les sacrifier à l'instruction du reste des hommes. Chrétiens, ne murmurez pas si Madame a été choisie pour nous donner une telle instruction : il n'y a rien ici de rude pour elle, puisque, comme vous le verrez dans la suite, Dieu la sauve par le même coup qui nous instruit. Nous devrions être assez convaincus de notre néant : mais s'il faut des coups de surprise à nos cœurs enchantés de l'amour du monde, celui-ci est assez grand et assez terrible. Ô nuit désastreuse ! ô nuit effroyable, où retentit tout à coup comme un éclat de tonnerre cette étonnante nouvelle : Madame se meurt ! Madame est morte ! Qui de nous ne se sentit frappé à ce coup, comme si quelque tragique accident avait désolé sa famille ? Au premier bruit d'un mal si étrange, on accourut à Saint-Cloud de toutes parts ; on trouve tout consterné, excepté le cœur de cette Princesse ; partout on entend des cris ; partout on voit la douleur et le désespoir, et l'image de la mort. Le roi, la reine, Monsieur, toute la Cour, tout le peuple, tout est abattu, tout est désespéré ; et il me semble que je vois l'accomplissement de cette parole du prophète : "Le roi pleurera, le prince sera désolé et les mains tomberont au peuple de douleur et d'étonnement." Mais et les princes et les peuples gémissaient en vain ; en vain monsieur, en vain le roi même tenait madame serrée par de si étroits embrassements. Alors ils pouvaient dire l'un et l'autre, avec saint Ambroise : Stringebam brachia, sed jam amiseram quam tenebam : « je serrais les bras ; mais j'avais déjà perdu ce que je tenais ». La princesse leur échappait parmi des embrassements si tendres, et la mort plus puissante nous l' enlevait entre ces royales mains. Quoi donc ! Elle devait périr si tôt ! Dans la plupart des hommes les changements se font peu à peu, et la mort les prépare ordinairement à son dernier coup. Madame cependant a passé du matin au soir, ainsi que l'herbe des champs. Le matin, elle fleurissait ; avec quelles grâces, vous le savez : le soir, nous la vîmes séchée ; et ces fortes expressions, par lesquelles l'écriture sainte exagère l'inconstance des choses humaines, devaient être pour cette princesse si précises et si littérales. 

Commentaire composé

Comment la mort est-elle évoquée dans cet éloge funèbre ?

 

I) Un discours religieux

 

Dans cette oraison funèbre, Bossuet s’appuie sur le livre biblique de l’Ecclésiaste. Au début de son discours, il veut nous convaincre que la duchesse d’Orléans est morte car Dieu l’a choisie pour fortifier la foi de ceux qui lui survivent. Le trépas est quelque chose de positif pour elle car la vraie vie commence après la mort: “ il n'y a rien ici de rude pour elle, puisque, comme vous le verrez dans la suite, Dieu la sauve”. 

 

II) La dramatisation de la mort

 

La mort est dramatisée grâce à plusieurs procédés. Tout d’abord, le registre dominant est le registre tragique: “ Ô nuit désastreuse ! ô nuit effroyable”, “Madame se meurt ! Madame est morte !”, “partout on entend des cris ; partout on voit la douleur et le désespoir, et l'image de la mort”, “tout est abattu, tout est désespéré”, “gémissaient ”, “ la mort plus puissante nous l' enlevait entre ces royales mains”. Mais la dramatisation se fait aussi grâce à une métaphore: “ainsi que l'herbe des champs”. Mais aussi grâce à plusieurs euphémismes: “Madame cependant a passé du matin au soir”, “Le matin, elle fleurissait”, “le soir, nous la vîmes séchée”. Ainsi, le temps est compressé, avec pour objectif de montrer que la mort arrive subitement.

 

 

III) Un éloge funèbre

 

 

Dans ce texte, l’éloge funèbre a rassemblé toutes les catégories de personnes : “Le roi, la reine, Monsieur, toute la Cour, tout le peuple, tout est abattu, tout est désespéré”. Le champ lexical de la tristesse montre que cet éloge funèbre est bien sincère: “tout est désespéré”, “gémissaient en vain”. Mais il faut que les personnes qui sont à l’éloge sachent que la mort est trop puissante et qu’ils l’acceptent dignement. 

 


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