Commentaire composé sur Marceline Desbordes-Valmore, Les séparés

Commentaire composé sur Marceline Desbordes-Valmore, Les séparés

Photo by Annie Spratt on Unsplash
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Texte

Marceline Desbordes-Valmore, Les séparés

 

N'écris pas. Je suis triste, et je voudrais m'éteindre.

Les beaux étés sans toi, c'est la nuit sans flambeau.

J'ai refermé mes bras qui ne peuvent t'atteindre,

Et frapper à mon coeur, c'est frapper au tombeau.

N'écris pas !

 

N'écris pas. N'apprenons qu'à mourir à nous-mêmes.

Ne demande qu'à Dieu... qu'à toi, si je t'aimais !

Au fond de ton absence écouter que tu m'aimes,

C'est entendre le ciel sans y monter jamais.

N'écris pas !

 

N'écris pas. Je te crains ; j'ai peur de ma mémoire ;

Elle a gardé ta voix qui m'appelle souvent.

Ne montre pas l'eau vive à qui ne peut la boire.

Une chère écriture est un portrait vivant.

N'écris pas !

 

N'écris pas ces doux mots que je n'ose plus lire :

Il semble que ta voix les répand sur mon coeur ;

Que je les vois brûler à travers ton sourire ;

Il semble qu'un baiser les empreint sur mon coeur.

 

N'écris pas !

 

Commentaire composé

Comment la poésie est-elle l’expression de l’amour et de la souffrance ?

 

I) Une chanson lyrique

 

Ce poème est composé de quatre quintils formés de quatre alexandrins accompagnés d’un vers court de 3 syllabes qui marque un refrain de trois syllabes: “N’écris pas !” (aux vers 5, 10, 15 et 20). Grâce au point d’exclamation et à l’emploi de l’impératif, ce vers-refrain donne l’impression d’un cri, d’une supplication. 

Omniprésence pronoms personnels de la première personne: huit fois comme sujet (v.1-3-7-11-16-18) puis trois fois en tant que COD (v.1-8-12). Les pronoms personnels sujets sont toujours suivis d’une expression de souffrance, comme, par exemple, “je voudrais m’éteindre” au vers 1; “je te crains” au vers 12; et “je n’ose plus” au vers 16. Le lyrisme se traduit naturellement par l’emploi de la première personne puisque c’est “je” qui souffre 

CL peur: “je te crains”, “j’ai peur” (v. 11) puis “je n’ose plus” (v. 16). Peur => CL tristesse allant jusqu’à l’envie de mourir: “triste” et “m’éteindre” (v.1), “le nuit sans flambeau” (v.2), “tombeau” (v.4) et enfin, “mourir” (v.6)

 

 

II) L’expression de l’amour

 

Construction parallèle vers 17 et 19: “Il semble que ta voix les répand sur mon coeur” et “Il semble qu’un baiser les empreint sur mon coeur”. Tout ce que fait l’autre la touche, elle est possédée par cet amour, possession soulignée par les deux verbes “répand” et “empreint”

Sensualité => deux sens principalement sollicités: l’ouïe et la vue. L’ouïe est présente au vers 8: “écouter”, au vers 9: “entendre”, aux vers 12 et 17: “ta voix”. La vue, quant-à-elle, est exprimée au vers 2 par l’expression “nuit sans flambeau” (pas de possibilité de voir sans lui), “une chère écriture” au vers 14, puis “lire” au vers 16, et enfin, le verbe “voir” est exprimé au vers 18. On peut aussi penser que le verbe “t’atteindre” au vers 3 fait aussi appel au toucher, qui est, lui aussi, un sens  

 

 

III) L’expression de la souffrance

 

Elle exprime son refus de recevoir une lettre par l’emploi de l’expression “N’écris pas”: c’est de l’impératif présent utilisé avec la négation pour exprimer un ordre négatif, une défense. L'assonance en [i]  sonne comme un cri. Ce refus est exprimé huit fois. 

Au vers 11, le rythme haché dans l’expression “N'écris pas. Je te crains ; j'ai peur de ma mémoire” mime les sanglots de la poétesse

On peut remarquer la souffrance avec l’expression d’un vocabulaire négatif: le champ lexical de la tristesse (“triste” et “m’éteindre” au vers 1, “nuit sans flambeau” au vers 2 et “frapper au tombeau” au vers 4). 

 

Ce poème est élégiaque puisque la poétesse regrette son bonheur passé.

 


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