Commentaire composé sur Les voiles de Lamartine

Commentaire composé sur Les voiles de Lamartine

Photo by Austin Neill on Unsplash
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Texte

Quand j'étais jeune et fier et que j'ouvrais mes ailes, 

Les ailes de mon âme à tous les vents des mers, 

Les voiles emportaient ma pensée avec elles, 

Et mes rêves flottaient sur tous les flots amers.

Je voyais dans ce vague où l'horizon se noie 

Surgir tout verdoyants de pampre et de jasmin 

Des continents de vie et des îles de joie 

Où la gloire et l'amour m'appelaient de la main.

J'enviais chaque nef qui blanchissait l'écume, 

Heureuse d'aspirer au rivage inconnu,

Et maintenant, assis au bord du cap qui fume, 

J'ai traversé ces flots et j'en suis revenu.

Et j'aime encor ces mers autrefois tant aimées, 

Non plus comme le champ de mes rêves chéris, 

Mais comme un champ de mort où mes ailes semées 

De moi-même partout me montrent les débris.

Cet écueil me brisa, ce bord surgit funeste, 

Ma fortune sombra dans ce calme trompeur ;

La foudre ici sur moi tomba de l'arc céleste 

Et chacun de ces flots roule un peu de mon coeur.

Commentaire composé

Lamartine est une des figures marquantes du romantisme français. En effet la publication de son premier recueil les Méditations poétiques en 1820 constitue un événement littéraire. Le public s'arrache le livre, enthousiasmé par cette poésie qui touche l'homme en laissant parler le cœur. Tout au long de sa carrière Lamartine continue à publier de la poésie, à laquelle viendront s'ajouter des œuvres en prose. Comme son contemporain Victor Hugo, le poète mène une carrière politique qu'il interrompt en 1848 après sa défaite face à Louis Napoléon Bonaparte. Le poème étudié a été publié après la disparition de Lamartine.  Il est toutefois daté de 1844 année des 54 ans du poète.  Le texte se compose de 5 quatrains d’Alexandrins disposer en rimes croisées. Son titre « les voiles », annonce le thème du voyage maritime. Nous nous demanderons ce que veut nous dire le poète lorsqu’il nous parle de voyage maritime.

 

I)  Un désir de voyage.

1) Un voyage maritime

 

-Thème apparaît dès le titre, c’est une synecdoque pour désigner le bateau + lexique de la mer dans le poème

-Intertextualité entre ce poème et l'Odyssée  d'Homère

-Le poète est présenté comme un bateau et un oiseau==l’image « ouvrir les ailes» = ouvrir les voiles.

-Effet de relance vers 1-2 répétition du mot « ailes » == départ enthousiaste, mis en valeur par les allitérations en [m] et [r].

 

2) Un voyage épique

 

-Soif de l’inconnu, désir d’ailleurs : « j’ouvrais », « je voyais »

-L’espace paraît infini==répétition du mot « mer » et « flots »==de plus ils sont au pluriel=forme d’hyperbole « tous les vents tous les mers », « tous les flots », donnent l’impression d’un voyage infini

-héroïsme de la part du personnage, adj « fier » souligne sa bravoure

-mise en avant du « je » par le poète=au début des vers 5-9-12

-Idée de conquête est exprimée : « gloire et amour » sont personnifiés a l’aide du verbe « m’appelaient »

-images littéraires qui relèvent de l’épopée :le mot « nef »+ « blanchissait l’écume » = voyage onirique= du rêve ++Vocab de l’imaginaire : « flottait », « ma pensée », « le chant de mes rêves chéris »

-L’imparfait contribue au caractère onirique de l’évocation=ne fixe pas de limite=donne un caractère flou. Lieux imaginés par le poète=exotiques et fertiles : « les îles », « jasmin »

 

II) La déception du poète :

1)   L’âge de la maturité

 

-En 1844, poète a 54 ans, il est à l’automne de sa vie, l' âge des bilans—Le texte est structuré en 2 parties : 10 premiers vers sont consacrés à la jeunesse et les 10 autres consacrés au présent du poète.

-Rupture très nette entre les deux parties : « et maintenant » + avec le changement de temps, du passe compose au passé simple et le présent. ==met le passe a distance +permet de dresser un bilan.

 

2) La fin du voyage

 

-poème donne l’impression d’un but atteint : « l'île lointaine » v.7 a maintenant été atteinte car le poète se trouve à Ischia et il est immobile : « assis » v.11

-Le mot « cap » au singulier désigne un rétrécissement de l’espace==contraste énorme avec « les mers » dans les 10 premiers vers.

-Le poète ne repartira pas== ses « ailes semées » montre son incapacité de voyager.

 

3) Le temps de la mélancolie/des désillusions

 

-les ailes semées renvoient au mythe d’Icare==cela nous dit la difficulté du voyage suggère depuis la première strophe : « flots amers »

 

-deuxième partie du poème suggère l’idée d’un naufrage, d’une tempête : « champ de mort », « débris », « ailes semées » + mention de la « foudre ». A la fin du poème, le poète semble fragilisé.

--le « je » est remplace par me, ex v.17==position de faiblesse

-allitération en [m] v15-16 montre un ressassement, le poème n’avance plus, le poète= regard désabusé sur son passé

-Le « cap qui fume » représente les illusions du poète parties en fumées

- on peut comprendre à l’oreille le « champ de mort » comme un chant de mort car ce poème est une élégie= une plainte douloureuse.

 

III) Le voyage est une métaphore de l’existence

 

-Dans ce poème= 2 métaphores filées : d’abord celle de l’existence humaine comme un voyage maritime. -mais aussi celle de l’oiseau qui vole mis en place dès les deux premiers vers.

-le poète est représenté par le « nef », les « voiles » et donc aussi les « ailes »

-le monde est représenté par la mer et par l’arc céleste

-La vie est représentée par le voyage.

-aléas de l’existence représentés par les écueils et « la foudre »

-le poème prend également le thème des âges de la vie avec la jeunesse dans les 10 premiers vers et de la maturité et de la fin du voyage et donc de la vie a la fin du poème.

-Ce texte= également une méditation sur la vie humaine= métaphore des ailes évoque le poète qui vole et qui finit par se les brûler

-Il y a également la personnification de la nature comme miroir des états d' mes du poète : d’abord enthousiaste il évoque des continents de vie et des îles de joie alors que dans la deuxième moitié==paysage s’accorde avec la mélancolie du poète : « cap qui fume », « bord funeste », « écueils »

 

 

 

Conclusion : Lamartine représente dans son poème son voyage existentiel en tant qu’humain, il reflète sur sa vie, la condition humaine comme dans le « voyage de Florian » qui exprime le voyage de la vie. 

 


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