Commentaire composé sur Robert Desnos, Non, l’amour n’est pas mort

Commentaire composé sur Robert Desnos, Non, l’amour n’est pas mort

Photo by Ali Yahya on Unsplash
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Poème

Non, l’amour n’est pas mort en ce cœur et ces yeux et cette bouche

qui proclamait ses funérailles commencées.

Écoutez, j’en ai assez du pittoresque et des couleurs et du charme.

J’aime l’amour, sa tendresse et sa cruauté.

Mon amour n’a qu’un seul nom, qu’une seule forme.

Tout passe. Des bouches se collent à cette bouche.

Mon amour n’a qu’un nom, qu’une seule forme.

Et si quelque jour tu t’en souviens

Ô toi, forme et nom de mon amour,

Un jour sur la mer entre l’Amérique et l’Europe,

À l’heure où le rayon final du soleil se réverbère sur la surface ondulée des vagues,

ou bien une nuit d’orage sous un arbre dans la campagne,

ou dans une rapide automobile,

Un matin de printemps boulevard Malesherbes,

Un jour de pluie,

À l’aube avant de te coucher,

Dis-toi, je l’ordonne à ton fantôme familier, que je fus seul à t’aimer davantage

et qu’il est dommage que tu ne l’aies pas connu.

Dis-toi qu’il ne faut pas regretter les choses : Ronsard avant moi

et Baudelaire ont chanté le regret des vieilles et des mortes

qui méprisèrent le plus pur amour.

Toi quand tu seras morte

Tu seras belle et toujours désirable.

Je serai mort déjà, enclos tout entier en ton corps immortel, en ton image étonnante

présente à jamais parmi les merveilles perpétuelles de la vie et de l’éternité,

mais si je vis

Ta voix et son accent, ton regard et ses rayons,

L’odeur de toi et celle de tes cheveux et beaucoup d’autres choses encore vivront en moi,

Et moi qui ne suis ni Ronsard ni Baudelaire,

Moi qui suis Robert Desnos et qui pour t’avoir connue et aimée,

Les vaux bien ;

Moi qui suis Robert Desnos, pour t’aimer

Et qui ne veux pas attacher d’autre réputation à ma mémoire sur la terre méprisable.

Commentaire composé

De quelle manière ce poème est-il un éloge à la femme aimée ?

 

I) Un poème lyrique

 

Ce poème est lyrique car on remarque une abondance de pronoms personnels de première personne et de deuxième personne: “j’en ai assez”, “tu t’en souviens”. Cet échange de pronoms crée un dialogue rendant le poème vivant et intime. On remarque l’utilisation du champ lexical de la nature: “la mer” et  “vagues” 

 évoquent les émotions dans lesquelles on se noie, “soleil” est une métaphore de la femme qui est rayonnante aux yeux de l’auteur, “nuit d’orage” et “jour de pluie” représentent la tempête émotionnelle que le poète ressent parce que la femme l’a quitté. Dans ce poème, la nature reflète des émotions du poète et est donc perçue de manière négative. 

 

II) La célébration de la femme aimée

 

Dans ce poème, Desnos met en avant les qualités physiques de la femme au vers 1 avec “en ce coeur et ces yeux et cette bouche” où il évoque ces trois parties du corps sans les décrire; “tu seras belle et toujours désirable” ce qui implique que l’immortalité est intrinsèque à la femme et n’est pas dûe au fait que le poète la célèbre (contrairement à ce que disait Ronsard qui proposait d’offrir à sa belle l’immortalité poétique en échange d’une nuit d’amour) ; “ton regard et ses rayons” où il décrit le regard de la femme aimée comme brillant, étincelant; “l’odeur de toi et celle de tes cheveux” où il fait appel à la sensualité. De plus, on remarque aussi une divinisation, prouvée grâce à “fantôme familier”, “Quand tu seras morte, tu seras belle et toujours désirable”, “ton corps immortel” (où il explique que, comme les dieux, elle ne mourra jamais), “ton image étonnante présente à jamais parmi les merveilles perpétuelles de la vie et de l’éternité” (où il explique que son image restera à jamais parmi les merveilles de la vie). L’être aimé prend donc une dimension surréaliste, elle devient une sorte de déesse : “Ô toi, forme et nom de mon amour”. 

 

III) Un poème traditionnel et moderne

 

 

Ce poème surréaliste est à la fois traditionnel et moderne car les vers sont libres, ce qui rend l’énonciation plus naturelle ; il est basé sur l’oralité, ce qui le rend plus vivant ; le poète s’exprime dans un langage courant, le poème peut donc être compris par une majorité de personnes, ce qui lui donne une dimension universelle ; Desnos se compare à Ronsard et à Baudelaire qui sont des poètes classiques qui s’expriment essentiellement à travers des sonnets. De plus, la double énonciation dans ce poème, renforce sa modernité : il commence par s’adresser au lecteur “Ecoutez” ; avant de dialoguer avec la femme aimée “je fus seul à t’aimer davantage”. 

 


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