Commentaire sur L’abbé Prévost, Manon Lescaut, La scène de rencontre

Commentaire sur L’abbé Prévost, Manon Lescaut, La scène de rencontre

Photo by Melan Cholia on Unsplash
Photo by Melan Cholia on Unsplash

Problématique : En quoi cette rencontre est-elle annonciatrice d’une suite tragique ?

 

1) Le coup de foudre

 

Dans cet extrait, Prévost pose les bases, les circonstances de cette rencontre amoureuse. Il commence par donner le cadre temporel : “La veille même de celui que je devais quitter cette ville”. Il pose aussi le cadre spatial : “la cour d’un hôtel à Amiens”, avec le toponyme “Amiens” et les compléments circonstanciels de lieu “jusqu’à l’hôtellerie” et “dans la cour”. Cette rencontre semble orchestrée par le destin qui va, désormais s’acharner sur Des Grieux. Le coup de foudre est annoncé par l’auteur par plusieurs procédés. D’abord par le champ lexical du regard: “nous vîmes”, “elle me parut”, “regardé”. Puis par la présence du connecteur d’opposition “mais”, qui souligne le caractère exceptionnel de la rencontre. De plus, l’auteur se concentre sur Manon Lescaut, comme nous le montre le parallélisme antithétique: “Il en sortit quelques femmes” qui s’oppose à “il en resta une”. Enfin, on remarque le champ lexical de l’amour: “enflammé”, “l’amour”, “mes désirs”, “mes sentiments”. L’instant-même du coup de foudre se situe à la moitié de l’extrait et est marqué par la phrase: “Je me trouvai enflammé tout d’un coup jusqu’au transport”. L’expression “tout d’un coup” marque la soudaineté. La métaphore du feu “enflammé” et l’hyperbole “transport” prouvent l’intensité du sentiment ressenti.

 

2) Le personnage de Des Grieux

 

Des Grieux est le narrateur de cette rencontre, comme le montre l’emploi de la première personne: “je”. Il fait donc son auto-description en se présentant comme un jeune homme: “encore moins âgée que moi”. Il évoque deux qualités: la sagesse et la retenue; qui ont l’air reconnues de tous, comme le souligne l’hyperbole: “tout le monde admirait”. En amour, il reconnaît son inexpérience soulignée par l’hyperbole : “excessivement timide” et les négations “n’avait jamais pensé” et “ne regarder une fille avec tant d’attention”. Mais cette inexpérience est tout de suite vaincue par la passion: il ne se pose aucune question, ne se livre à aucune réflexion. La périphrase hyperbolique “je m’avançais vers la maîtresse de mon coeur” désignant Manon, prouve la possession morale (“de mon coeur”) et connote la possession physique avec le mot “maîtresse”. Cette passion va faire agir Des Grieux. On remarque le verbe d’action “je m’avançai”, qui prouve que la rencontre est à l’initiative du jeune homme. Il va ensuite parler à Manon: “elle reçut mes politesses”, “demandais”, “je lui parlais d’une manière”, “elle me répondit”. Tout ceci souligne le caractère exceptionnel de l'événement car c’est à l’opposé de l’adjectif “timide” et de l’expression “facile à déconcerter”. Mais son amour pour Manon est dès le début contrarié par la raison de sa présence à Amiens: “elle y était envoyée par ses parents pour être religieuse”. L’emploi de l’hyperbole “coup mortel”, montre la réaction excessive de Des Grieux. La prolepse, à la fin de l’extrait, marquée par “dans la suite” suivie du mot “malheur”, indique que cet amour va connaître de nombreux obstacles et nous met sur le chemin d’une fin tragique annoncée par l’adjectif “mortel”. 

 

3) Le personnage de Manon Lescaut

 

 

Le nom de la jeune fille n’est pas donné dans ce passage, ce qui la rend mystérieuse. On note toutefois une progression dans sa présentation: elle est désignée au départ par l’article indéfini “une” puis par le pronom “elle” et la périphrase “la maîtresse de mon coeur”. Manon n’est pas décrite physiquement: seul l’adjectif “charmante”, accompagné de l’intensif “si” donne un caractère hyperbolique à l’apparition de Manon. Ce choix de l’auteur laisse au lecteur le soin d’imaginer Manon. Ce qui frappe d’abord Des Grieux dans l’apparence de Manon est sa jeunesse, qui est relevée deux fois : “fort jeune” et “moins âgée que moi”. Sa situation sociale est celle d’une jeune fille issue de la petite bourgeoisie comme le connotent les termes “le coche”, et “l’hôtellerie” qui montrent que la jeune fille n’a pas de voiture particulière ni d’hôtel particulier. Enfin, le fait qu’elle soit obligée de prendre le voile est courant dans cette catégorie sociale. Son portrait moral est beaucoup plus détaillé. Malgré sa jeunesse, Manon connaît les hommes et leurs compliments, comme le montre la négation “sans paraître embarassée” et le superlatif “elle était bien plus expérimentée que moi”. Des Grieux montre donc que l’expérience amoureuse de Manon est déjà bien avancée, avec l’euphémisme “son penchant au plaisir qui s’était déjà déclaré”. La maturité sexuelle de Manon contraste donc avec la naïveté de Des Grieux, ce qui intrigue le lecteur. Cette liaison ne va pas être de tout repos, comme le prouve dans la prolepse l’emploi du verbe “causer”. 

 

Écrire commentaire

Commentaires: 0