Commentaire composé sur L’abbé Prévost, Manon Lescaut, Partie II, Les retrouvailles entre Des Grieux et son père

Commentaire composé sur L’abbé Prévost, Manon Lescaut, Partie II, Les retrouvailles entre Des Grieux et son père

Photo by Jaredd Craig on Unsplash
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Texte

Comme je demeurais debout, les yeux baissés et la tête découverte : « Asseyez-vous, monsieur, me dit-il gravement, asseyez-vous. Grâces au scandale de votre libertinage et de vos friponneries, j’ai découvert le lieu de votre demeure. C’est l’avantage d’un mérite tel que le vôtre de ne pouvoir demeurer caché : vous allez à la renommée par un chemin infaillible. J’espère que le terme sera bientôt la Grève, et que vous aurez effectivement la gloire d’y être exposé à l’admiration de tout le monde. »

Je ne répondis rien. Il continua : « Qu’un père est malheureux lorsque après avoir aimé tendrement un fils, et n’avoir rien épargné pour en faire un honnête homme, il n’y trouve à la fin qu’un fripon qui le déshonore ! On se console d'un malheur de fortune : le temps l’efface, et le chagrin diminue ; mais quel remède contre un mal qui augmente tous les jours, tel que les désordres d’un fils vicieux qui a perdu tout sentiment d'honneur ! Tu ne dis rien, malheureux ! ajouta-t-il ; voyez cette modestie contrefaite et cet air de douceur hypocrite : ne le prendrait-on pas pour le plus honnête homme de sa race ? »

Quoique je fusse obligé de reconnaître que je méritais une partie de ces outrages, il me parut néanmoins que c’était les porter à l’excès. Je crus qu'il m'était permis d’expliquer naturellement ma pensée.

« Je vous assure, monsieur, lui dis-je, que la modestie où vous me voyez devant vous n’est nullement affectée : c’est la situation naturelle d’un fils bien né qui respecte infiniment son père, et surtout un père irrité. Je ne prétends pas non plus passer pour l’homme le plus réglé de notre race. Je me connais digne de vos reproches ; mais je vous conjure d’y mettre un peu plus de bonté, et de ne pas me traiter comme le plus infâme de tous les hommes : je ne mérite pas des noms si durs. C’est l’amour, vous le savez, qui a causé toutes mes fautes. Fatale passion ! hélas ! n’en connaissez-vous pas la force ? et se peut-il que votre sang, qui est la source du mien, n’ait jamais ressenti les mêmes ardeurs ? L’amour m’a rendu trop tendre, trop passionné, trop fidèle, et peut-être trop complaisant pour les désirs d’une maîtresse toute charmante ; voilà mes crimes. En voyez-vous là quelqu’un qui vous déshonore ? Allons, mon père, ajoutai-je tendrement, un peu de pitié pour un fils qui a toujours été plein de respect et d’affection pour vous, qui n’a pas renoncé, comme vous pensez, à l’honneur et au devoir, et qui est mille fois plus à plaindre que vous ne sauriez vous l’imaginer. » Je laissai tomber quelques larmes en finissant ces paroles.

Commentaire composé

Des Grieux correspond-il à l’image traditionnelle du héros ?

 

I) Des Grieux ne correspond pas à l’image traditionnelle du héros

 

Des Grieux ne correspond, à première vue, pas à l’image traditionnelle du héros. En effet c’est un homme dépourvu d’honneur qui commet des actes criminels sans s’en rendre compte. Tout d’abord nous comprenons que Des Grieux est devenu un brigand, proxénète à travers le discours du père : “Grâces au scandale de votre libertinage et de vos friponneries,” Il dit aussi : “d’un fils vicieux qui a perdu tout sentiment d'honneur” pour renforcer le fait que derrière ses actes criminels qu’il commet il n’y a pas de raison valable pour les commettre, en effet c’est un noble qui se comporte comme un brigand qui a besoin d’argent pour se nourrir et survivre. De plus il semble cacher sa culpabilité derrière sa naïveté : “voyez cette modestie contrefaite et cet air de douceur hypocrite”.

En plus de se déshonorer lui-même par ses actions il déshonore sa famille, il ternit leur image : “qu’un fripon qui le déshonore” sans avoir de remords tandis que c’est sa famille qui va en souffrir. De plus il commet tous ces actes déshonorants sans s’en rendre compte : “il me parut néanmoins que c’était les porter à l’excès” ce qui est pire car il ne se rend même pas compte du mal qu’il commet.

Finalement Des Grieux ne correspond pas à l’image traditionnelle du héros car il cherche à ce que l’on ait pitié de lui en se présentant comme victime : “un peu de pitié”, “mille fois plus à plaindre”. De plus il n’assume pas ses propres fautes, il les rejettes sur “l’amour” et “fatales passions” pour renforcer le fait que c’est une victime. Nous savons aussi qu’il n’est pas courageux d’ou le fait qu’il ait prefere etre prêtre que militaire et aussi qu’il ne sache pas tenir tête à son maîtresse : “L’amour m’a rendu trop tendre, trop passionné, trop fidèle, et peut-être trop complaisant pour les désirs d’une maîtresse toute charmante”.  À la fin de son discours il laisse “tomber quelques larmes” ce qui accentue son manque d'héroïsme dans le passage.

 

 

II) Mais c’est un personnage typique du roman d’apprentissage

 

Des Grieux est un personnage typique des romans d’apprentissage comme Candide de Voltaire, c’est à cause de sa naïveté qu’il commet des erreurs, cependant à la fin il apprend de celles-ci et cela constitue une morale pour le lecteur qui lui même va apprendre des erreurs du héros.  Cependant, à la différence de Candide, Des Grieux ne vas pas apprendre de ses erreurs, il va s’enfoncer de plus en plus dans le vice et il ne s’en sortira pas. Peut être que c’est une manière pour l’auteur de transmettre une image pessimiste de l’homme qui n’est pas capable de corriger ses torts et de se rendre compte de ceux-ci. Ou est-ce une manière encore plus sûre et efficace pour que le lecteur lui ne commette pas les erreurs du héros. Dans le passage c’est le personnage du père qui incarne la raison pour le personnage Des Grieux et pour le lecteur qui pourra se rallier à lui: “Qu’un père est malheureux lorsque après avoir aimé tendrement un fils, et n’avoir rien épargné pour en faire un honnête homme, il n’y trouve à la fin qu’un fripon qui le déshonore !” cette citation touche particulièrement le lecteur car elle accentue tous les sacrifices que le père a fait pour son fils ainsi que tout ce qu’il lui a donné, entre autre son amour pour que celui-ci finisse par le déshonorer et l’insulter sans s’en rendre compte ce qui est un manque de compassion pour le père.

 

 


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