Commentaire composé sur l'incipit de L'écume des jours de Boris Vian

Commentaire composé sur l'incipit de L'écume des jours de Boris Vian

Image par Tomáš Lhotský de Pixabay
Image par Tomáš Lhotský de Pixabay

Texte

Colin terminait sa toilette. Il s'était enveloppé, au sortir du bain, d'une ample serviette de tissu bouclé dont seuls ses jambes et son torse dépassaient. Il prit à l'étagère de verre, le vaporisateur et pulvérisa l'huile fluide et odorante sur ses cheveux clairs. Son peigne d'ambre divisa la masse soyeuse en longs filets orange pareils aux sillons que le gai laboureur trace à l'aide d'une fourchette dans de la confiture d'abricots. Colin reposa le peigne et, s'armant du coupe-ongles, tailla en biseau les coins de ses paupières mates, pour donner du mystère à son regard. Il devait recommencer souvent, car elles repoussaient vite. Il alluma la petite lampe du miroir grossissant et s'en rapprocha pour vérifier l'état de son épiderme. Quelques comédons saillaient aux alentours des ailes du nez. En se voyant si laids dans le miroir grossissant, ils rentrèrent prestement sous la peau et, satisfait, Colin éteignit la lampe. Il détacha la serviette qui lui ceignait les reins et passa l'un des coins entre ses doigts de pied pour absorber les dernières traces d'humidité. Dans la glace, on pouvait voir à qui il ressemblait, le blond qui joue le rôle de Slim dans Hollywood Canteen. Sa tête était ronde, ses oreilles petites, son nez droit, son teint doré. Il souriait souvent d'un sourire de bébé, et, à force, cela lui avait fait venir une fossette au menton. Il était assez grand, mince avec de longues jambes, et très gentil. Le nom de Colin lui convenait à peu près. Il parlait doucement aux filles et joyeusement aux garçons. Il était presque toujours de bonne humeur, le reste du temps il dormait.

    Il vida son bain en perçant un trou dans le fond de la baignoire. Le sol de la salle de bains, dallé de grès cérame jaune clair, était en pente et orientait l'eau vers un orifice situé juste au-dessus du bureau du locataire de l'étage inférieur. Depuis peu, sans prévenir Colin, celui-ci avait changé son bureau de place. Maintenant, l'eau tombait sur son garde-manger.

    Il glissa ses pieds dans des sandales de cuir de roussette et revêtit un élégant costume d'intérieur, pantalon de velours à côtes vert d'eau très profonde et veston de calmande noisette. Il accrocha la serviette au séchoir, posa le tapis de bain sur le bord de la baignoire et le saupoudra de gros sel afin qu'il dégorgeât toute l'eau contenue. Le tapis se mit à baver en faisant des grappes de petites bulles savonneuses.

    Il sortit de la salle de bains et se dirigea vers la cuisine, afin de surveiller les derniers préparatifs du repas.

 

L'Ecume des jours - Boris Vian

 

 

Commentaire composé

L’extrait étudié est un incipit du roman de Boris Vian. Il décrit une personne prénommée Colin faisant des action plus ou moins habituelles. Des événements étranges se produisent lors de ses actions. Nous nous demanderons comment Boris Vian introduit l’aspect fantastique dans son roman ? Tout d’abord nous commencerons par montrer que son univers est familier. Ensuite nous décrirons l’aspect parodique de cet incipit. Enfin, nous montrerons que ce monde est régi par d’étranges lois.

 

I. Un univers apparemment familier

 

Colin, au début de l’incipit, a une vie classique sans aucun événement particulier. Le protagoniste est vue lors de ses actions du quotidien. Il se lave, il mange, il se coiffe comme une personne dans la vie réelle : “Il s'était enveloppé, au sortir du bain, d'une ample serviette de tissu bouclé dont seuls ses jambes et son torse dépassaient.” Cependant, Boris Vian fait une fait une métaphore étrange lors de la description de Colin : “Son peigne d'ambre divisa la masse soyeuse en longs filets orange pareils aux sillons que le gai laboureur trace à l'aide d'une fourchette dans de la confiture d'abricots.” Colin est aussi riche pour décrire son univers et donc le rendre réaliste : “ Il glissa ses pieds dans des sandales de cuir de roussette et revêtit un élégant costume d'intérieur, pantalon de velours à côtes vert d'eau très profonde et veston de calmande noisette.” Grâce à cette comparaison on peut constater que le roman de Boris Vian n’est pas un roman classique. 

 

II. Une parodie

 

L'incipit devient alors une parodie car le narrateur continue la description de Colin en utilisant un vocabulaire peu adapté pour une description : “Colin reposa le peigne et, s'armant du coupe-ongles” et utilise un objet pour une utilisation inhabituelle : “tailla en biseau les coins de ses paupières mates, pour donner du mystère à son regard.” Il insiste même sur l’utilisation de cette objet pour montrer le faite que cet incipit est une parodie : “Il devait recommencer souvent, car elles repoussaient vite.”  Boris Vian continue la parodie de cette incipit en faisant une métaphore avec une référence de la vie réelle : “Dans la glace, on pouvait voir à qui il ressemblait, le blond qui joue le rôle de Slim dans Hollywood Canteen.”

 

III. Un monde régi par d'étranges lois (le fantastique)

 

Le narrateur personnifie les imperfections du visage de Colin pour introduire le fantastique dans son roman : “En se voyant si laids dans le miroir grossissant, ils rentrèrent prestement sous la peau et, satisfait”. Il montre aussi un comportement étrange de Colin pour insister sur le fait que le roman devient fantastique : “Il accrocha la serviette au séchoir, posa le tapis de bain sur le bord de la baignoire et le saupoudra de gros sel afin qu'il dégorgeât toute l'eau contenue.” Le narrateur introduit des événements improbables comme l’apparition d’un monstre dans la salle de bain de Colin : “Le tapis se mit à baver en faisant des grappes de petites bulles savonneuses.” Pour rendre cette scène encore plus étrange Boris Vian fait comprendre que Colin est habitué à voir des événements insolites en ne le faisant pas réagir face au tapis qui bave : “Il sortit de la salle de bains et se dirigea vers la cuisine, afin de surveiller les derniers préparatifs du repas.” 

 

 

Ainsi, le narrateur introduit du fantastique dans cet incipit en ajoutant des événements étranges au fil de la description de Colin tout en gardant un aspect réaliste. Boris Vian utilise des objets du quotidien à qui il donne vie pour introduire le fantastique.  

 

 


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