Lecture analytique de L’isolement d’Alphonse de Lamartine

Lecture analytique de L’isolement d’Alphonse de Lamartine

Image par Hans Braxmeier de Pixabay
Image par Hans Braxmeier de Pixabay

Poème

Souvent sur la montagne, à l’ombre du vieux chêne,

Au coucher du soleil, tristement je m’assieds ;

Je promène au hasard mes regards sur la plaine,

Dont le tableau changeant se déroule à mes pieds.

 

Ici, gronde le fleuve aux vagues écumantes ;

Il serpente, et s’enfonce en un lointain obscur ;

Là, le lac immobile étend ses eaux dormantes

Où l’étoile du soir se lève dans l’azur.

 

Au sommet de ces monts couronnés de bois sombres,

Le crépuscule encor jette un dernier rayon,

Et le char vaporeux de la reine des ombres

Monte, et blanchit déjà les bords de l’horizon.

 

Cependant, s’élançant de la flèche gothique,

Un son religieux se répand dans les airs,

Le voyageur s’arrête, et la cloche rustique

Aux derniers bruits du jour mêle de saints concerts.

 

Mais à ces doux tableaux mon âme indifférente

N’éprouve devant eux ni charme ni transports,

Je contemple la terre ainsi qu’une ombre errante :

Le soleil des vivants n’échauffe plus les morts.

 

De colline en colline en vain portant ma vue,

Du sud à l’aquilon, de l’aurore au couchant,

Je parcours tous les points de l’immense étendue,

Et je dis : « Nulle part le bonheur ne m’attend. »

 

Que me font ces vallons, ces palais, ces chaumières,

Vains objets dont pour moi le charme est envolé ?

Fleuves, rochers, forêts, solitudes si chères,

Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé.

 

Que le tour du soleil ou commence ou s’achève,

D’un oeil indifférent je le suis dans son cours ;

En un ciel sombre ou pur qu’il se couche ou se lève,

Qu’importe le soleil ? je n’attends rien des jours.

 

Quand je pourrais le suivre en sa vaste carrière,

Mes yeux verraient partout le vide et les déserts ;

Je ne désire rien de tout ce qu’il éclaire,

Je ne demande rien à l’immense univers.

 

Mais peut-être au-delà des bornes de sa sphère,

Lieux où le vrai soleil éclaire d’autres cieux,

Si je pouvais laisser ma dépouille à la terre,

Ce que j’ai tant rêvé paraîtrait à mes yeux !

 

Là, je m’enivrerais à la source où j’aspire ;

Là, je retrouverais et l’espoir et l’amour,

Et ce bien idéal que toute âme désire,

Et qui n’a pas de nom au terrestre séjour !

 

Que ne puis-je, porté sur le char de l’Aurore,

Vague objet de mes vœux, m’élancer jusqu’à toi !

Sur la terre d’exil pourquoi restè-je encore ?

Il n’est rien de commun entre la terre et moi.

 

Quand la feuille des bois tombe dans la prairie,

Le vent du soir s’élève et l’arrache aux vallons ;

Et moi, je suis semblable à la feuille flétrie :

Emportez-moi comme elle, orageux aquilons !

 

 

Alphonse de Lamartine, Méditations poétiques

 

Lecture analytique

Montrez en quoi ce poème s’inscrit dans le parcours “les mémoires d’une âme”.

 

 

Alphonse de Lamartine étant un auteur romantique montre qu’il se sent isolé en décrivant la nature. Il se réfugie sur une montagne, signe d’obstacle dans la vie, auprès d’un chêne, qui lui représente la sagesse. Ce paysage est représentatif des émotions du poète : c’est un paysage état d'âme. Le coucher du soleil montre que le poète ne se sent plus en vie, depuis la mort de sa raison de vivre et âme soeur, sa fiancée Julie Charles. Lamartine reste beaucoup de temps a cet endroit, il perd la raison et la notion du temps, bouleversé : “Je promène au hasard mes regards sur la plaine, Dont le tableau changeant se déroule à mes pieds.”

 

Les vers 5 à 8 sont hyperboliques, permettant au poète de donner un aspect dramatique. Il y a aussi un champ lexical correspondant à celui-ci : “gronde”, “serpente”, “enfonce”, “obscur”. L’eau est aussi un élément de la nature qui reflète les sentiments de Lamartine puisqu’il est dévasté par sa perte, et elle sombrera à l'intérieur de lui pour toujours. Le poète s'éloigne de la réalité, emporté par ses émotions et sa mélancolie, sachant qu’il ne retrouvera plus contact avec le bonheur. Le mot “serpente” est une référence biblique au mal, puisque le poète aspire à la mort tant sa mélancolie est forte. “Ici, gronde le fleuve aux vagues écumantes ; Il serpente, et s’enfonce en un lointain obscur”. Lamartine montre que sa vie est figée à travers la description d’un lac. Lamartine est partit dans une dimension onirique  puisqu’il fait pratiquement nuit et que le lac est endormi. Ce lac reflète le statut du poète, qui lui aussi est entre rêve et réalité, il voit des images, tel que sa fiancée, reflétée sur le lac endormi : “Là, le lac immobile étend ses eaux dormantes

Où l’étoile du soir se lève dans l’azur”. Cette dimension onirique montre encore une fois que Lamartine est un auteur romantique.

 

Les monts couronnés sont représentatifs de la vie de Lamartine. Le mont correspond au parcours qu’il a fait dans sa vie, espérant trouver le bonheur, voyant la lumière jusqu'à apercevoir que le mont est en fait couronne de bois sombre, et qu’il a atteint le désespoir. Cet description montre la tragédie qui a eu lieu dans la vie du poète. Lamartine utilise une deuxième fois la métaphore du coucher du soleil, pour parler de sa vie : “Le crépuscule encor jette un dernier rayon”. Cette description renvoie à la mythologie, l’utilisation de la reine des ombres, faisant référence à la déesse Hécate, montre qu’il est attiré par la mort. On voit que Lamartine se rapproche, recherche, et n’a pas peur de la mort. L’apparition de nuages bloquant l’horizon et tout espoir de vie montre cela : “Le char vaporeux de la reine des ombres Monte, et blanchit déjà les bords de l’horizon”.

 

Lamartine entame la strophe en utilisant le connecteur “Cependant”, pour montrer qu’il change de sujet. Les sons de l'église servent de rappel à Lamartine, qui se rapproche de la mort. Ils ont plusieurs représentations : ils font allusion aux sons de cloches lors d’un enterrement : “Cependant, s’élançant de la flèche gothique, Un son religieux se répand dans les airs”. Lamartine décrit ces sons comme de saints concerts : comme s’ils étaient adressés à lui, sur sa montagne au bord du chêne, il est le premier a les entendres. Ce saint concert fait références aux trompettes des anges, venant alerter la population que la fin est proche.

 

Lamartine se considère comme mort, et ce qui se passe sur Terre ne le concerne plus : “N’éprouve devant eux ni charme ni transports [...] Le soleil des vivants n’échauffe plus les morts”. Désespéré, il cherche une trace de bonheur aux quatres points cardinaux, parcourant toute la terre, pour au final perdre définitivement espoir et conclure “ « Nulle part le bonheur ne m’attend. »”.

 

Lamartine se détache peu à peu de la vie, il perd même le goût de certaines choses qu'il aimait et trouvait charmant avant le décès de sa fiancée : “Que me font ces vallons, ces palais, ces chaumières, Vains objets dont pour moi le charme est envolé ?” Le poète utilise à nouveau la nature pour éprouver ses sentiments. Le poète s'identifie avec ces éléments et se sent paisible et seul avec eux, comme il le souhaite. L’emploie du rocher, figure de l'immortalité, de la ruine, montre l'atrocité qu'à la mort dans les relations et dans l'humanité pour montrer la frustration que Lamartine a, en étant obligé de vivre malgré sa volonté de mort : “Fleuves, rochers, forêts, solitudes si chères”. Lamartine emploie une maxime, pour montrer que ce poème est universel et que la mort dans une relation est ce qu’il y a de plus destructeur de l'âme d’une personne. On retrouve d’ailleurs cette même destruction d'âme dans les poèmes de Les Contemplations de Victor Hugo.

 

Lamartine montre son indifférence face à la vie. Le temps n’est plus une notion avec valeur pour lui, il attend la mort. La vie l’a tellement détruit qu’il ne fait même plus appel à Dieu pour lui demander de l’aide. Il lui fait appel seulement pour lui demander la raison de son actuelle existence sur Terre : “En un ciel sombre ou pur qu’il se couche ou se lève, Qu’importe le soleil ? je n’attends rien des jours.”

Encore une fois, Lamartine montre son envie de quitter la vie, il ne porte plus de sentiments pour celle-ci après la mort de sa fiancée. La vie n’a plus rien à lui apporter. La prochaine étape de sa vie est la mort : “Je ne désire rien de tout ce qu’il éclaire, Je ne demande rien à l’immense univers”.

 

 

Lamartine montre son envie de trouver le vrai Soleil, qui est Dieu. Sa vision de lui confirmera sa mort, sa fin de vie sera un succès à ses yeux et sa volonté sera accomplie. 

 


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Commentaires: 1
  • #1

    pierre garnier de falletans (jeudi, 29 octobre 2020 11:52)

    Tres bien ecrit